Interview du ministre Tchécoslovaque Hromadka (220190)
Genève, 22janvier(APIC) De passage à Genève, le vice-premier ministre de
Tchécoslovaquie, Joseph Hromadka a fait part dans une interview accordée au
Service oecuménique de presse et d’information (SOEPI) de ses impressions
sur les événements qui bouleversent actuellement son pays et sur la place
qu’occupe depuis lors l’Eglise. Après avoir été président du Conseil oecuménique de Tchécoslovaquie, Joseph Hromadka est devenu en décembre dernier
vice-ministre de son pays, responsable de la Culture, de l’Education et des
Affaires religieuses. Il est bien connu à l’Alliance réformée mondiale,
puisqu’il est pasteur réformé.
Quel jugement portez-vous sur les événements et sur l’avenir de la Tchécoslovaquie, mais aussi quelle place occupe l’Eglise après ces bouleversements?
J. Hromadka: Tant de choses ont changé dans notre pays en quelques
jours. Les Tchécoslovaques disent que les changements survenus en Pologne
et en Hongrie ont pris quelques années, en République démocratique allemande quelques semaines et en Tchécoslovaquie quelques jours seulement. Je ferais aussi remarquer que ce fut une révolution véritablement authentique.
Sans fenêtres brisées ni voitures démolies sur la place Wenceslas, où se
sont réunies presque 300’000 personnes. J’ai eu l’honneur de parler à cette
énorme assemblée à Prague et c’était vraiment impressionnant de voir tant
de personnes engagées, prêtes à changer leur vie et leur attitude politique
envers l’Etat.
Et l’Eglise, dans tout cela?
J. Hromadka: La tâche s’avère très difficile pour l’Eglise catholique
romaine qui doit pourvoir aux postes vacants d’évêques dans les diocèses.
Aussi mon premier voyage m’a conduit à Rome, où j’ai soulevé le problème
avec Mgr Francesco Colasuonno, nonce apostolique avec charge spéciale pour
les pays de l’Est. En quelques jours, il a été décidé de nommer
trois nouveaux évêques dans trois diocèses de l’Eglise catholique romaine
en Tchécoslovaquie. Le pape a également pu me recevoir et nous avons discuté durant 20 minutes des problèmes et des relations entre l’Etat et
l’Eglise dans mon pays.
Envisagez-vous votre travail dans une perspective oecuménique?
J. Hromadka: Je suis entré en gouvernement avec l’appui de toutes les
Eglises protestantes tchécoslovaques, mais aussi avec le soutien de
l’Eglise catholique romaine et celui du cardinal Tomasek. Sans ces appuis,
je ne pouvais accepter cette mission nécessaire, mais néanmoins difficile.
Et les autres religions...?
J. Hromadka: Il existe en Tchécoslovaquie un Conseil oecuménique des
Eglises, composé de onze Eglises, parmi lesquelles l’Eglise catholique romaine qui représente la majorité des chrétiens du pays. Nous espérons
qu’entre les Eglises membres du Conseil et les catholiques romains vont
s’établir une compréhension et une collaboration meilleures. Nous assistons
à un nouveau commencement en Tchécoslovaquie et voudrions que tous ceux qui
désirent s’organiser à la base en aient la possibilité. Dans un Etat libre,
il doit y avoir une Eglise libre.
La relation entre l’Eglise et l’Etat dans la nouvelle Tchécoslovaquie
est-elle à redéfinir complètement?
J. Hromadka: Après discussion du problème avec les autres Eglises, nous
sommes parvenus à la conclusion que l’Eglise ne tient ni ne tombe en raison
de sa sécurité dans la société, et qu’elle ne vit pas de la bienfaisance.
Le problème de l’Eglise dans la société est le problème de son identité. Il
y a tant de jeunes qui viennent à nous en disant: "Parlez-nous du christianisme". Une nouvelle chance s’offre à toutes les Eglises, et pourtant ce
n’est pas une chance facile mais exigeante. Les Eglises devraient repenser
leur identité et leur mission dans une société libre. Or le gouvernement et
l’Etat voudraient leur offrir un espace libre pour cette mission.
Les 40 dernières années ont été une période de problèmes pour les Eglises et leurs collaborateurs. Est-il déjà possible de faire le point sur le
rôle que l’Eglise a joué dans votre pays durant cette époque?
J. Hromadka: Notre premier rôle est de nous préparer pour l’avenir et
nos nouvelles tâches. Nous devrions faire une bonne analyse de ces 40 ou 50
années passées, non seulement de la société, mais aussi de l’Eglise. Certains pensent que les responsables de l’Eglise n’ont pas toujours été enclins à soutenir ceux qui en ce temps critiquaient la société. Il me semble
pourtant parfois que nous devrions comprendre qu’il n’était pas facile de
faire quelque chose, parce qu’il fallait en même temps défendre l’espace de
la vie de l’Eglise dans une situation très délicate. Nous feront probablement cette évaluation et cette analyse du passé pour reconnaître les torts
de l’Eglise et aussi ses interventions positives dans cette situation difficile.
L’avenir...?
Je suis optimiste... Qu’est-ce que cela veut dire: que je voudrais le
meilleur, et le meilleur, pour moi, se trouve dans l’Evangile de JésusChrist. Dans cette optique, je suis optimiste. Je suis convaincu que
l’Evangile de Jésus-Christ est nécessaire à l’homme moderne dans une société moderne. Je voudrais que cela soit la préoccupation non seulement des
gens de mon pays, mais aussi de tous les peuples du monde. (apic/soepi/pr)