"Nous avons réaffirmé que l’Eglise, c’est nous tous"
A la fin du Synode sur les laics à Rome, Mgr Gabriel Bullet, délégué des
éveques suisses, a accordé une interview à l’agence APIC. Il fait le point
et se déclare satisfait. Il reconnait la participation active des laics au
Synode, mais aussi les difficultés de tenir compte de tous. Il se félicite
néanmoins qu’un consensus ait pu etre trouvé et que les propositions de
l’Eglise de Suisse aient été entendus.
APIC : Monseigneur, après le Synode, quelle est votre impression ?
Mgr Bullet : Mon impression est tout à fait positive. Ce Synode a permis
aux Eglises du monde entier de partager leurs préoccupations, communiquer
leurs soucis, particulièrement les Eglises persécutées, notamment en
Thécoslovaquie, les Eglises dans une situation politique difficile comme
celles d’Afrique du sud, d’Amérique du Nord ou du Liban. Ce Synode a réalisé une communion fraternelle très profonde entre les éveques et Jean Paul
II et cela est un point important.
N’y a-t-il pas de difficultés avec des Eglises qui ont un langage
différent ?
Il y a certainement là une difficulté, en ce sens que les situations et
les préoccupations sont très différentes. En ce qui concerne les laics,
puisqu’il s’agit du thème de ce Synode, la situation est différente en
Afrique, en Europe et en Amérique. La participation des laics aux processus
de décision en Eglise se pose différemment selon les situations concrètes.
Je pense que nous sommes arrivés à un certain consensus sur un certain
nombre d’orientations fondamentales. Aux Eglises locales à les appliquer.
En vous rendant à Rome, vous y apportiez les demandes des fidèles de
Suisse : quelles étaient-elles ? Retournant dans votre pays, avez-vous le
sentiment que ces demandes ont été satisfaites ?
Les souhaits exprimés à travers l’enquete faite auprès des laics en
préparation du Synode ont été entendues. Nous étions préoccupés parce que
l’on ne parlait plus du peuple de Dieu et nou craignions la distinction
pretres-laics, les premiers s’occupant de l’Eglise, les seconds du temporel. Cette crainte est dépassée. En témoigne le fait que le message final
du Synode s’adresse non pas aux laics uniquement, mais au peuple de Dieu
tout entier. Nous avons parlé de ce peuple de Dieu, de ce Corps du Christ
auquel nous appartenons tous. Nous avons surtout réaffirmé que l’Eglise,
c’est nous tous : l’Eglise, ce n’est pas le pape, ce ne sont pas les éveques, les pretres, c’est nous tous ensemble. Comme disait Paul VI à une
groupe de laics : "Vous etes l’Eglise". Ce point est fondamental.
Tous vos souhaits ont-ils été satisfaits ?
Peut-etre aurions-nous aimé sur tel ou tel point une expression plus
claire ou un approfondissement, mais nous devons tenir compte les une des
autres, etre attentifs aux autres Eglises et essayer d’établir d’abord d’un
consensus; je crois que nous y sommes arrivés.
Vous avez parlé du rythme de travail du Synode. C’est un problème qui a
aussi touché Mgr Danneels. Il semble qu’il y ait eu des difficultés avec la
méthode de travail. Quel est votre sentiment sur ce point ?
Je pense que le rythme de travail était un peu rapide. Certains éveques
ont dit qu’il était "diabolique". Je pense qu’il y a eu un problème : on
n’a pas laissé assez de temps à ceux qui devaient rédiger des synthèses
(synthèses des carrefours ou synthèse finale). D’ou le caractère un peu
touffu des propositions qui nous ont été présentées.
Certains disent que ces propositions sont un peu pauvres et qu’on a
perdu quelque chose en route...
Inévitablement on perd un certain nombre de choses, mais l’essentiel a
bien été gardé.
Et le problème de la femme ?
Le problème de la femme a été longuement abordé. Là encore je pense que
les sensibilités sont différentes : on aurait pu souhaiter pour le Canada
ou la Suisse un langage qui n’aurait pas convenu à l’Afrique. Il faut tenir
compte de tous lorsqu’on est rassemblé des quatre coins du monde.
Il y avait une nouveauté dans ce Synode : la présence des laics ? Quel a
a été l’apport de ces laics ?
Je pennse que leur apport a été considérable, si je considère que dans
notre carrefour nous avions une femme camerounaise remarquable. Certaines
des propositions faites par le carrefour pour etre présentées au Saint-Père
ont été rédigées par elle. C’est dire que les laics ont eu une grande liberté d’expression, de parole à l’intérieur du Synode.
Est-il possible déjà maintenant de dfinir un peu mieux la mission du
laic, qui était le thème de ce Synode ?
Je pense que puisque le laic est l’Eglise, il doit se préoccuper de la
vitalité de l’Eglise à l’intérieur et donc assumer un certain nombre de ministères - que l’on donne ou pas le nom de ministère, cela est secondaire et la mission de l’Eglise dans le monde, qui est d’annoncer Jésus-Christ,
et en annonçant Jésus-Christ de transformer le monde pour qu’il soit plus
humain, plus juste, plus fraternel.
Quel est votre message aux laics de Suisse ?
Je souhaite que les laics soient de plus en plus nombreux à prendre
conscience des responsabilités que leur donne leur bapteme dans l’Eglise et
dans le monde. (apic/jt/cor)