Interview de Mgr Balet (210989)
Rome, 21septembre(APIC) Mgr Gabriel Balet, évêque de Moundou au Tchad,
qui a disparu au cours de la catastrophe aérienne de mardi au Niger, était
présent à Rome pour le Synode des évêques sur le rôle des laïcs dans
l’Eglise en octobre 1987. Le correspondant de l’agence APIC l’avait rencontré lors de la conférence de presse tenue par les représentants suisses. Un
Synode, devait-il avouer, ce sont ses mots, auquel il était venu en apprenti, en tout jeune évêque. Et cet homme de terrain, peu habitué à porter la
soutane, s’était exprimé avec passion et clairvoyance de l’Eglise du Tchad
et de la richesse d’avoir rencontré lors de ce Synode d’autres Eglises
souffrantes.
"Je suis un apprenti, je suis un tout jeune évêque. Même si la barbe est
blanche, il n’y a que deux ans que je suis évêque du Tchad et je suis content tout d’abord que le Synode ait été retardé d’une année. Cela nous a
permis, au Tchad, de pouvoir en même temps travailler les résultats du précédent Synode sur la Réconciliation, qui est très importante, et de préparer avec les laïcs un peu partout dans le Tchad ce que nous pourrions apporter à ce Synode".
La rencontres des plus pauvres que soi
"Parce que nous savons que nous sommes une Eglise pauvre, mais en même
temps riche de la pauvreté évangélique. J’ai découvert durant ces premiers
jours au Synode que c’est bon de pouvoir rencontrer des plus pauvres que
soi. Des Eglises comme celle de la Bulgarie, de la Roumanie, des Ukrainiens, l’Eglise du Pakistan, des Libanais aussi qui passent par des crises
et des situations qui sont aussi terribles que celles que nous avons traversées nous-mêmes durant ces dernières années de guerre civile et de famine".
"Tout cela fait renaître en même temps la foi en moi, car c’est par cette participation à la croix du Christ que le monde est sauvé aujourd’hui.
C’est un thème qui revient assez souvent dans les interventions des évêques
au Synode. On dit : "Ce qui est d’abord commun à tous, à tous les fidèles
du Christ c’est cette participation comme membres vivants au Corps du
Christ, participation à la Rédemption du monde aujourd’hui. Le Christ
continue, à travers ses membres à sauver le monde".
"Pour moi, c’est un approfondissement de foi et une grande source
d’espérance. Parce que souvent on se dit à quoi bon travailler en effet
lorsque l’on voit les résultats. D’autre part, je suis venu avec beaucoup
d’appréhension à ce Synode. D’abord, il me fallait me déguiser, car au
Tchad, je suis en chemise et en pantalon, et ici tout d’un coup il me
fallait mettre ces oripeaux qui m’horripilent".
"J’ai également la chance de loger à la Garde suisse, mais chaque fois
que je passe pour me rendre au synode, il faut que les gardes suisses me
fassent des salutations, ce qui me fait rajeunir en somme de 500 ans. J’ai
parlé en fait avec certains d’entre eux et ils m’ont dit : "Vous savez cela
nous fait du bien, car on est toujours debout à la même place, alors quand
passe un évêque, on est content de pouvoir bouger un petit peu". On voit
que tout est relatif".
"Il y a aussi cette appréhension d’arriver dans une Eglise un peu vieille. Est-elle capable en fait cette Eglise d’aborder des sujets aussi brûlants que ceux qui se posent chez nous au Tchad ? Dans le diocèse de Moundou, il y a 200’000 baptisés, 35’000 catéchumènes. Nous étions en 1979, 65
prêtres au travail, actuellement nous sommes 40. Les communautés chrétiennes ont prospéré durant toutes ces années de guerre surtout là où nous les
prêtres et les religieuses nous n’avons pas pu aller parfois pendant deux
ou trois ans et ces commuanutés chrétiennes ont été prises alors en charge
par les laïcs qui avaient été formés eux-mêmes par les premiers missionnaires."
L’Eglise du Tchad est fondée sur les laïcs
"N’oublions pas que l’évangélisation du Tchad a commencé en 1930 et les
premiers missionnaires travaillaient déjà avec les laïcs par nécessité et
ensuite par principe parce que simplement dans le diocèse de Moundou il y a
douze langues différentes. Et comment un Père peut-il apprendre 12 langues?
On ne peut tout simplement pas atteindre les gens sans travailler avec les
laïcs. L’Eglise du Tchad est fondée sur ces laïcs qui dès le début ont accepté de collaborer avec les Pères".
"Le grand changement qui s’est opéré ces dernières années, c’est que,
grâce aux difficultés et aux impulsions données par le Concile Vatican II,
les laïcs ont commencé à comprendre qu’ils étaient responsables non plus
devant le père ou la religieuse qu’ils avaient chez eux, mais responsables
devant la communauté dont ils sont partie prenante. C’est donc à la communauté qu’ils doivent rendre compte soit de la pastorale, soit de leur participation aux projets de développement et à la vie liturgique".
"Les difficultés vécues durant la guerre ont fait surgir ainsi une profusion de groupements et de mouvements Les jeunes avaient surtout ce besoin
de se mettre ensemble pour affirmer leur identité chrétienne face à toutes
ces troupes islamiques arrivées du nord. Maintenant le problème est de savoir comment mettre ensemble toute cette énergie pour éviter une dispersion
des forces. Je ne pense pas que c’est à l’évêque de dire ce qu’il faut faire, mais ce que j’ai appris en écoutant les interventions du Synode, c’est
que c’est ensemble, évêques, prêtre et laïcs, que nous trouverons comment
faire cette unité".
Un pavé dans la mare
"Une dernière remarque qui en même temps est un grand espoir. J’ai lancé
un caillou dans la mare lors de mon intervention. Notre angoisse à nous les
évêques du Tchad et les prêtres c’est de voir toutes ces communautés chrétiennes que les Pères malgré toute leur bonne volonté ne peuvent visiter
qu’une ou deux fois par an".
"Lorsque l’on accueille les catéchumènes au baptême on leur dit :
"L’Eglise vous promet les moyens du salut, c’est-à-dire les sacrements". Et
ensuite le prêtre ne vient qu’une ou deux fois. Lorsque moi-même je vais
dans une Egliase dont je ne comprends pas un mot, comment célébrer le sacrement de la réconciliation avec eux, comment célébrer l’eucharistie, sinon en français. Mais qu’est-ce que ces gens comprennent? On leur promet
les moyens du salut et nous ne tenons pas nos promesses".
"Comment trouver un moyen, pour que ces chrétiens puissent rééellement
célébrer les sacrements chez eux régulièrement. J’espère qu’il y a des possibilités, et j’espère beaucoup de ce Synode, car d’autres évêques d’Indonésie, des Philippines et d’Amérique du sud ont fait continué la vague.
Est-ce qu’il faut réserver à un seul type de prêtre le droit de célébrer
l’eucharistie et la réconciliation...? (apic/bd)