Institut catholique de Lyon: Colloque international (240989)
L’Eglise : Du rejet à l’engagement en faveur des droits de l’homme
Lyon, 24septembre(APIC/Katherine Winiarek) Plus de quarante nationalités
étaient au rendez-vous du Colloque international sur la culture chrétienne
devant les droits humains qui s’est déroulé du 20 au 23 septembre à l’Institut catholique de Lyon. Une centaine de participants - dont les cardinaux
Roger Etchegaray et Albert Decourtray, l"’évêque des pauvres" Dom Helder
Camara et le théologien de la libération Gustavo Gutierrez - ont commémoré
à leur façon le bicentenaire de la proclamation de la Déclaration des
droits de l’homme.
Cet important symposium était organisé par la Fédération internationale
des Universités catholiques (FIUC), qui regroupe 175 établissements dans le
monde entier. Les travaux de ces trois jours ont cherché à faire le point
sur les réactions suscitées par la Déclaration de 1789 au cours des deux
derniers siècles, notamment dans l’Eglise. Le Colloque s’est également penché sur l’évolution des idées et des faits en matière de droits de l’homme,
sans éluder les questions qui se posent actuellement à nos sociétés dans ce
domaine.
"Un chemin embrouillé et pénible"
Le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical "Justice
et Paix", a ouvert le colloque en parcourant à travers les écrits des papes
successifs "le chemin embrouillé et pénible" qui a conduit l’Eglise du rejet à l’engagement en faveur des droits de l’homme. Il a salué le décret du
Concile Vatican II sur la liberté religieuse comme "le point culminant" de
cette évolution et comme "une vraie révolution dans l’Eglise". Ce décret
fonde la liberté religieuse sur les droits de la personne humaine et non
sur les droits de la vraie religion, c’est pourquoi il peut permettre à
nouveau que "le mariage de l’Eglise et des droits de l’homme redevienne un
mariage d’amour après avoir été vécu trop longtemps comme un mariage de
raison".
Le cardinal Etchegaray a souligné que dans la course pour les droits de
l’homme, l’Eglise est en passe d’être en avance sur la société séculière.
Il s’est toutefois demandé en conclusion de son discours si "l’éclat de l’engagement actuel de l’Eglise ne pourrait pas l’aveugler presque autant que
la nuit du rejet d’où elle est sortie".
Interventions de Dom Helder Camara et Gustavo Gutierrez
Dom Helder Camara, qui apportait à ce colloque la caution de sa présence, a rappelé aux congressistes que "deux siècles après la Révolution française et au seuil du troisième millénaire chrétien, il y a encore les 2/3
de l’humanité qui gisent dans une condition de bêtes". Sans oublier liberté, égalité, fraternité, a lancé l’archevêque émérite d’Olinda et Recife,
commençons par mettre "condition humaine de vie pour toutes les créatures
humaines".
Le Père Gustavo Gutierrez, l’un des "pères" de la théologie de la libération, est intervenu au cours du colloque sur le thème : "Les spécificités
de l’approche chrétienne des droits individuels et collectifs : la théologie de la solidarité". Il a notamment souligné que la solidarité avec "le
dernier" (le pauvre) était la condition pour être solidaire avec tous.
Le cardinal Decourtray évoque la "shoah"
Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, recevant les congressistes en marge du Colloque, est revenu sur le fait de la "shoah" (l’holocauste) et du nazisme. Pour la première fois dans l’histoire, a relevé le
président de la Conférence des évêques de France, "une idéologie, appuyée
par un pouvoir dictatorial, a voulu non seulement refuser à certaines
catégories d’hommes des droits, mais a refusé à une catégorie d’hommes le
droit d’être hommes". (apic/kw/be)