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    Ingenbohl: prochaine béatification de Mère Maria Theresia Scherer (231293)

    "Le peuple l’a déjà proclamée sainte depuis longtemps"

    Georges Scherrer, agence APIC

    Ingenbohl, 23décembre(APIC) Quelques 6’000 personnes se rendent chaque

    mois sur le tombeau de Mère Maria Theresia Scherer. La vénération pour la

    religieuse lucernoise a commencé dès après sa mort en 1888. La fondatrice

    de la congrégation des Soeurs de la Sainte-Croix d’Ingenbohl était et est

    encore très populaire.

    Sur le tombeau de Mère Scherer installé dans la crypte moderne du

    couvent schwytzois d’Ingenbohl, près de Brunnen, on trouve des centaines de

    lettres. 150 demandes d’intercessions ou messages de remerciements arrivent

    chaque jour, témoigne Soeur Valeria, une des quinze religieuses qui

    répondent à ce courrier. Depuis le 1er août 1992, date où elle a repris

    cette tâche, Soeur Valeria a répondu à 1’357 lettres.

    Soeur Inès, une des deux religieuses chargée de répondre au téléphone,

    raconte qu’un jeune homme de St-Gall a téléphoné ce matin. "Il doit se présenter cet après-midi pour un poste d’apprentissage. Il demandait l’aide de

    Mère Maria Theresia. Beaucoup de gens s’adressent ainsi à la bienheureuse.

    Des parents implorent un soutien pour leur fils en formation, des femmes

    demandent assistance pour leur mari qui cherche un emploi ou qui doit subir

    une opération.

    D’où vient cette vénération pour la fondatrice d’Ingenbohl? La Congrégation est bien connue pour ses activités d’enseignement. Dans de très nombreux endroits, les religieuses en gris-noir sont actives dans les écoles

    primaires. Mais cela ne suffit pas à expliquer la popularité de la fondatrice née en 1825 à Meggen, près de Lucerne. Plus de 70’000 pèlerins viennent chaque année de toute la Suisse et de l’étranger visiter cette crypte.

    Deux raisons ont contribué à la renommée de Mère Scherer: sa serviabilité et sa popularité. Aujourd’hui encore on raconte comment lors de la construction du chemin de fer du Gothard elle accueillait les travailleurs italiens que les employeurs avaient laissés dehors. Les gens sont témoins des

    actes de la religieuse, les ouvriers ont rapporté cette réputation au Tessin et en Italie. En 1852, elle ouvre un hôpital pour les pauvres à Coire.

    Les religieuses à la recherche de fonds, à l’époque héroïque de la fondation, comme les membres des ordres mendiants du Moyen-Age, parcoururent

    tout l’empire austro-hongrois.

    "Mère Maria Theresia était une femme pratique, pas une intellectuelle",

    souligne soeur Zoe Maria Isenring, professeur d’histoire de l’Eglise à Lucerne et bien connue pour ses prédications diffusées à la radio. Elle apprécie en particulier le souci ’maternel’ de la fondatrice pour tous les

    hommes. Ses lettres contiennent de nombreuses sentences qui l’expriment :

    "Dieu s’en occupera", "la bonté de Dieu n’a pas de frontières", "Vouloir ce

    que Dieu veut". Elle désirait que les croyants "découvrent l’or caché en

    chaque personne", mais prévenait en même temps: "faites jour après jour ce

    que vos forces vous permettent."

    Les gens adressent toutes sortes de demandes. "Ma belle-fille souffre

    d’un eczéma. L’homéopathie est impuissante... Je veux t’exprimer ma confiance", a écrit une femme dans le livre de la crypte. Une mère écrit: "Je ne

    me suis pas encore consolée de la mort de mon enfant. Aide-moi à pouvoir en

    parler." "Accorde à ma soeur et à sa famille un deuxième enfant". Pour

    soeur Zoe, le pèlerinage d’Ingenbohl est plus personnel qu’Einsiedeln situé

    à quelques kilomètres.

    Réagir là où c’est nécessaire

    "Ce qu’exige l’époque est la volonté de Dieu", enseignait le Père capucin Theodosius Florentini qui fut le directeur spirituel de Mère Scherer.

    C’est lui qui l’encouragea dans la fondation de sa congrégation en 1856.

    Les enseignements du capucin gardent encore une signification particulière

    aupour les soeurs d’Ingenbohl. Les religieuses sont aujourd’hui moins nombreuses dans le domaine scolaire, mais plus présentes dans le domaine social. Des soeurs infirmières travaillent par exemple au sein de l’unité pénitentiaire de l’hôpital de l’Ile à Berne. Elle s’occupent d’une maison pour

    mères célibataires à Hergiswil.

    La Congrégation n’est pas seulement active en Europe. En 1993, on compte

    5’490 religieuses dans 518 établissements. Les 21 provinces de l’ordre

    s’étendent en Europe, en Afrique, en Asie, et dans les deux Amériques.

    Par la béatification de leur fondatrice les soeurs se sentent reconnues

    non seulement en tant que religieuses, mais aussi en tant que femmes. Soeur

    Zoe remarque qu’en Suisse les religieuses sont deux fois plus nombreuses

    que les religieux. (apic/gs/mp)

    Une vie de service

    Née en 1825 à Meggen, dans le canton de Lucerne, Maria Theresia Scherer est

    la quatrième enfant d’une famille de paysans. A l’âge de huit ans, elle

    perd son père. A seize ans, elle est envoyée pour se former à l’hôpital des

    Bourgeois de Lucerne, où elle a les premiers contacts avec les malades et

    les pauvres. S’interrogeant sur sa vocation, elle fait un pèlerinage à Einsiedeln, puis décide en 1845 d’entrer dans la Congrégation des Soeurs de la

    Sainte-Croix de Menzingen. Cette Congrégation que venait de fonder le Père

    capucin Theodosius Florentini se destine essentiellement à l’enseignement.

    On confie à Maria Theresia diverses tâches dans des écoles de jeunes filles.

    En 1850, elle prend la direction de l’hospice des pauvres de Näfels.

    Deux ans plus tard, elle accepte l’appel à s’occuper de l’hôpital de Coire.

    C’est pour elle la rupture avec le monde de l’enseignement.

    En 1856, la fondation se scinde en deux congrégations distinctes. L’une

    gardera l’enseignement, la seconde se consacrera surtout aux oeuvres de

    charité. En 1857 Maria Theresia Scherer est élue supérieure générale de

    cette Congrégation que l’on connaîtra sous le nom de soeurs d’Ingenbohl, du

    nom du lieu de la maison-mère. Elle le restera jusqu’à la fin de sa vie. La

    Congrégation connaît un rapide développement, dès 1860 elle compte une

    trentaine d’établissements.

    Le Père Theodosius, voulant mettre en pratique la justice sociale, crée

    des fabriques en Bohème. S’il a d’excellentes idées en matière de justice

    sociale, le Père Theodosius se heurte rapidement à de grosses difficultés

    financières. A sa mort en 1865, on est au bord de la catastrophe. Mère Maria Theresia reprend cette charge non seulement pour obéir à l’évêque, mais

    surtout pour rester fidèle à l’amitié qui la liait au Père Theodosius. Commence alors pour elle une série de voyages dans toute l’Europe pour aller

    visiter et soutenir les diverses communautés et établissements de la Congrégation.

    Lors de la guerre entre l’Autriche et la Prusse en 1866-67, les religieuses sont actives dans les infirmeries de campagne. Alors que les soeurs

    sont les bienvenues dans le Bade, en Bohème, au Tyrol dans le Vorarlberg,

    en Moravie et jusque dans les pays yougoslaves, d’autres épreuves attendent

    Mère Maria Theresia. Une partie du clergé se monte contre elle, l’attaque

    et la calomnie, jusqu’à ce qu’un évêque puis un cardinal prennent sa défense.

    Au cours de l’hiver 1887-88 ses forces l’abandonnent. Malade depuis

    longtemps du foie, elle est atteinte de troubles respiratoires. Ses dernières visites dans les communautés l’épuisent. Elle meurt le 16 juin 1888,

    après dix semaines de souffrances. (apic/oe/mp)

    Le miracle de la béatification

    Le 20 août 1951, la petite Bruna Hötzel, âgée de trois ans, joue avec

    d’autres enfants dans la jardin de l’orphelinat de Laxenburg près de Vienne. Cet établissement est rattaché à la maison provinciale des soeurs d’Ingenbohl. Soudain c’est le drame, une postulante vient de découvrir Bruna

    sans vie dans un bassin rempli d’eau de pluie. Les tentatives pour la ranimer sont infructueuses. Le médecin, arrivé 20 minutes plus tard, continue à

    pratiquer la respiration artificielle, malgré l’absence de pouls, de

    battements du coeur et de réflexe pupillaire. Après une heure d’effort, la

    respiration naturelle reprend et le pouls repart. Un manque d’oxygène aussi

    prolongé a du provoquer des lésions au cerveau, pense-t-on alors. A 17h30,

    Bruna a une forte fièvre, le médecin constate une double pneumonie et prescrit de la pénicilline. Mais le lendemain matin l’état de la fillette est

    tout à fait normal et après cinq jours, on constate une complète guérison.

    La petite ne gardera non plus aucune lésion cérébrale.

    Durant tout l’incident, les soeurs prient avec ferveur leur fondatrice.

    Elles craignent non seulement pour la vie de l’enfant, mais ausi pour

    l’orphelinat et la Congrégation. Comment l’opinion publique allait-elle

    réagir à l’annonce d’un accident de la sorte chez des religieuses?

    La commission médicale a reconnu la nature inexplicable des faits le 27

    avril 1993. Quant à la commission théologique tenant compte du contexte religieux, elle a reconnu par la suite qu’on se trouvait en présence d’un authentique miracle. (apic/oe/mp)

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