Indonésie: former des prêtres plus proches de la réalité (080890)
Atambua (Indonésie), 8août(APIC) L’Indonésie souffre d’un manque de prêtres. Pour remédier à cette situation, Mgr Anton Pain Ratu, 61 ans, de la
Société du Verbe Divin (SVD), évêque du diocèse d’Atambua, dans le district
centre-nord de Timor (Timor occidental) insiste sur la nécessité d’une formation mieux ancrée dans le réel qui rende les futurs prêtres plus aptes à
comprendre l’existence quotidienne et les besoins des gens dont ils auront
la charge.
Mgr Pain Ratu préside la Commission pour les Séminaires de la Conférence
des Evêques d’Indonésie (KWI) depuis 1982. Il conduira la délégation de la
KWI au Synode mondial des évêques qui aura lieu à Rome en octobre.
Les chiffres de 1987 recensaient 4’384’200 catholiques vivant en Indonésie: parmi eux, 1’813 sont des prêtres et 2’086 des séminaristes. Cette
proportion est-elle acceptable ?
C’est relatif. Le manque de prêtres est ressenti surtout dans le diocèse
d’Atambua, dans les îles de Timor et de Ruteng, dans l’île de Flores et
dans le Nussa Tenggara oriental. Dans ces diocèses, on compte un prêtre
pour 8’000 catholiques. Par contre, dans les diocèses de Bandung et de Bogor, de Java occidental et dans le Denpasar, Bali et quelques autres diocèses, on compte un prêtre pour 1’500 catholiques. En Indonésie, il y a en
moyenne un prêtre pour 4’000 catholiques. Nous avons encore besoin de séminaristes, même si certains diocèses en ont assez.
Comment se fait l’éducation au séminaire en Indonésie ? Rencontre-t-elle
les besoins des catholiques indonésiens ?
Pour ceux qui envisagent la prêtrise en conformité avec le Concile Vatican II, le nombre de prêtres et de séminaristes est suffisant. Mais pour
les catholiques aux idées pré-conciliaires, les prêtres et les séminaristes
d’aujourd’hui sont trop instruits, trop modernes et trop intellectuels. Des
catholiques qui précédemment considéraient les prêtres comme des personnes
responsables de tout ont aujourd’hui le sentiment que leurs prêtres ne font
plus face à tous leurs besoins. Cette situation a sa racine dans le système
éducatif en vigueur dans les séminaires, qui provoque souvent une aliénation culturelle lorsque les séminaristes oublient leur propre culture ou
sont forcés de s’en détourner. La KWI a demandé au Saint-Siège qu’il accorde plus d’autorité aux évêques locaux afin de donner aux séminaristes d’ici
une formation conforme à la réalité indonésienne.
Par rapport à l’éducation donnée aux des séminaristes, qu’entendez-vous
par "culture indonésienne" ?
La culture indonésienne, c’est l’agriculture. La plupart des Indonésiens, y compris les catholiques, vivent dans une société agricole. 90% des
300’000 hommes que compte mon diocèse travaillent comme paysans-fermiers.
Invitez-vous les prêtres à vivre comme des fermiers ?
La "Ratio Fundamentalis" pour la formation des séminaristes indonésiens
a encouragé une éducation orientée vers la situation existentielle des fermiers. Cette idée n’a pas été largement mise en pratique , mais elle a été
introduite et développée dans plusieurs petits et grands séminaires. Les
séminaristes sont formés à maîtriser les techniques agricoles. Aussi
l’agriculture ne leur sera-t-elle pas étrangère. En tant que prêtres ils
doivent vivre en communion avec les fermiers, non pas au-dessus ni à côté
de ces derniers, mais ensemble avec eux. Il n’est pas nécessaire que les
prêtres exploitent une ferme pour vivre, mais ils doivent être capables de
sentir les réalités existentielles des fermiers.
Qu’en est-il de la formation académique des séminaristes ?
Il existe parmi les séminaristes une forte tendance à étudier beaucoup
pour atteindre le niveau académique exigé par le gouvernement. Ceci est
malsain. Nous avons naturellement besoin de prêtres experts dans certains
domaines, mais cela ne signifie pas que chaque prêtre doive être un spécialiste ou un érudit.
Est-ce à dire que les catholiques indonésiens en général n’ont pas besoin de prêtres ayant une formation de haut niveau ?
Il existe des endroits où les catholiques ont besoin de prêtres jouissant d’une formaton de haut niveau. Mais il y a également des endroits où
les catholiques ont besoin de prêtres témoignant de la vie consacrée et de
la spiritualité. Les catholiques en Indonésie et dans les autres pays ont
encore besoin de prêtres dont la vie est un témoignage chrétien. Un prêtre
ne doit pas être un expert, mais il doit être pieux.
Quel genre de piété les catholiques indonésiens réclament-ils ?
Une piété d’inculturation. Les prêtres doivent se montrer polis et hautement respectueux envers les diverses activités et les affaires spirituelles. Même avant l’avènement du christianisme, le peuple indonésien respectait les choses nobles et le sacré et cette attitude doit être maintenue et
purifiée à la lumière de l’Evangile. C’est une erreur, et c’est aussi ironique lorsque des séminaristes ou des prêtres ne manifestent pas une attitude pleine de vénération envers le Saint-Sacrement, tandis que les catholiques laïques, eux, le font.
Que pensent les catholiques indonésiens du célibat des prêtres ?
Les prêtres sont très respectés ici parce qu’ils mènent une vie de célibat. En relation avec ce facteur, beaucoup de chrétiens laïques n’accepteraient pas d’hommes mariés comme prêtres.
Quelques grands séminaires abritent beaucoup de séminaristes. Cela rendil l’Eglise indonésienne heureuse ?
Oui, mais comme je l’ai mentionné, il faut une sélection naturelle. En
d’autres termes, il ne faut pas séduire quelqu’un pour qu’il soit prêtre ni
le gâcher, mais il faut le laisser se développer naturellement. Le plus tôt
possible, les séminaristes doivent être éprouvés et entraînés à faire face
aux défis et à devenir indépendants.
Qu’en est-il des subventions financières pour les séminaires ? En avezvous encore besoin ?
Oui, et les subventions sont importantes. Mais elles ne doivent pas entraver les efforts en vue de l’autosuffisance. Je suis heureux de constater
le niveau de vie actuel des prêtres et séminaristes indonésiens. Ils ne vivent ni dans la pauvreté ni dans le luxe. Ici les catholiques ne jalousent
pas leurs prêtres.
Quel jugement portent les non-catholiques sur les prêtres et les séminaristes en Indonésie ?
Ceux qui sont habituellement associés aux prêtres et aux séminaristes
éprouvent du respect envers eux à cause de leur hospitalité, de leurs dispositions amicales et intellectuelles. En Indonésie, les prêtres catholiques sont respectés par la société.
Avez-vous le projet d’ouvrir un grand séminaire pour les prêtres diocésains ici ?
Les locaux sont prêts. Nous cherchons encore le personnel. Le séminaire
projeté accueillera des séminaristes diocésains en provenance des diocèses
de Weetebula et des îles Sumba et Sumbawa, de l’archidiocèse de Kupang, de
Timor et du diocèse d’Atambua. Le travail manuel sera introduit et fera
l’objet d’une sérieuse attention dans ce séminaire. Nous voulons que nos
séminaristes aient du respect pour le travail manuel, y compris celui qui
est pénible et malpropre. J’espère obtenir des prêtres travailleurs qui auront la volonté de travailler fût-ce au risque de se salir, puisque la
communauté qu’ils servent survit également en travaillant de ses propres
mains. En formant des "prêtres-fermiers", l’Eglise indonésienne sera réellement inculturée dans la culture indonésienne. (apic/ucan/gar)