Inde : Un clergé de plus en plus militant (220889)
New Dehli, 22août(APIC) Face aux graves défis socio-politiques que connaît aujourd’hui l’Inde, le clergé catholique indien est en train de se
convertir à la théologie de la libération et cela risque d’amener des conflits avec la hiérarchie, estime le journaliste indien I. Thakarappillil
dans le dernier numéro de la revue catholique "Asia Focus" de Hong Kong.
Ainsi les jésuites - le plus important groupe de religieux en Inde abandonnent de plus en plus leur rôle dans les écoles destinées aux élites
dans le but de se mettre au service des quartiers pauvres et des régions
rurales. Des prêtres dans certaines régions côtières du Kerala, du Tamil
Nadu et de Goa participent aux luttes sociales des pêcheurs pauvres, au
grand dam de certains évêques locaux, qui ne soutiennent pas les activités
extra-pastorales de ces prêtres.
Quand la lutte des pêcheurs a atteint son apogée en 1984, les évêques du
Kerala ont maintenu un silence calculé, ce que d’aucuns ont interprété comme une désapprobation. Mgr Peter Chenaparampil, évêque d’Alleppey, au Kerala, dans une lettre au clergé de son diocèse, a récemment exprimé sa crainte du danger d’influences athées, d’alliances avec de tels courants et des
risques de la violence.
L’injustice sociale se développe
Face à la croissance de la pauvreté - plus de la moitié de la population
indienne vit au-dessous du seuil de pauvreté - et de l’injustice sociale servage, travail des enfants, analphabétisme, exploitation "par les riches
et les politiciens" - les "nouveaux prêtres" se sentent mis au défi d’apporter une réponse concrète. Ils veulent changer l’Eglise et la société, et
c’est pourquoi ils ont fondé récemment la Conférence des prêtres catholiques de l’Inde (CPCI), un forum regroupant les prêtres engagés socialement
et qui veut réorienter le clergé en faveur de la cause des pauvres et des
marginalisés.
La Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) n’est pas très
rassurée au sujet de la CPCI. Certains membres de la hiérarchie craignent
que cette association sacerdotale soit une tentative de "syndicalisation"
du clergé et une source d’agitation. La CBCI a cependant décidé que sa Commission pour le clergé et les religieux dialoguera avec la nouvelle association, tandis que certains évêques ont demandé à leurs prêtres de ne pas
rejoindre la CPCI.
Les jésuites s’engagent
Si les jésuites ont remis fin 88 l’une de leurs plus prestigieuses écoles à une équipe de laïcs - dont font partie des non-chrétiens - ils ont
choisi également d’autres façons d’aider les populations pauvres : certaines de leurs écoles en langue anglaise utilisent désormais des langues locales, tandis que d’autres mettent leurs classes à disposition le soir pour
des jeunes de milieux pauvres et des enfants de la rue, comme l’école StFrançois Xavier de Bombay ou le Collège du même nom, également à Bombay,
qui donne des cours d’école de commerce le soir pour des étudiants qui normalement ne pourraient fréquenter de telles classes.
Mais en réalité, ce n’est pas le fait d’offrir un accès plus large à
l’éducation qui a créé le plus de difficultés dans l’Eglise, mais bien la
participation de prêtres et de religieux à des manifestations de protestation, des grèves de la faim, etc. L’engagement croissant des prêtres dans
ce type d’action sociale en faveur des pauvres et des marginalisés inquiète
en effet certains évêques qui craignent une polarisation croissante dans
l’Eglise et la société. (apic/ucan/be)