Inde: sérieux incident entre musulmans et indous (050592)
Ayodhya, 5mai(APIC) Depuis quelques semaines, la presse indienne a
recommencé à parler de l’affaire du temple d’Ayodhya. Cette querelle entre
musulmans et hindous dure depuis plusieurs années et elle a déjà fait plus
d’un millier de morts. A l’emplacement du lieu de naissance supposé du roi
divinisé Rama, s’élève depuis plus de 400 ans une mosquée dont les hindous
aimeraient se "débarrasser" afin de "rebâtir" à la place un temple dédié à
leur Dieu.
Un arrêt de la Haute Cour de l’Uttar Pradesh avait ordonné que les choses restent en l’état, en attendant qu’une solution puisse être trouvée.
Mais les dernières élections ont donné le pouvoir, dans la province, au
parti hindouiste d’extrême droite BJP ("Bharatiya Janata Party"). Ces derniers mois, avec la complaisance du gouvernement local, les militants du
Comité mondial de l’hindouisme - Vishwa Hindu Parishad (VHP), une organisation fondamentaliste -, ont construit un mur autour d’un terrain de plusieurs hectares, enfermant pratiquement la mosquée dans son périmètre. Officiellement dans le but de préparer le terrain pour un parc d’attractions
touristiques, le gouvernement procédait alors à des travaux de nivellement,
détruisant par la même occasion au moins deux petits temples hindous ainsi
que plusieurs bâtiments.
Après un dialogue marathon entre les leaders du VHP et du département de
tourisme de l’Etat, l’action a été ensuite menée rondement. Le secrétaire
général du VHP, Ashok Singhal, aurait clairement indiqué que ces travaux
signifiaient le début du processus de construction du temple dédié à Rama.
Menace du gouvernement fédéral
Cette action a été condamnée par un grand nombre de personnalités indiennes. Entre autres par Dariji Gupta, maire de Lucknow, la capitale de
l’Uttar Pradesh. Il accuse le gouvernement BJP d’avoir "profané la culture
et la religion hindoues". De son côté, un avocat musulman, Abdul Mannan, se
plaint de ce que "un mur solide entoure toute la propriété disputée, y compris la mosquée". Il affirme que le gouvernement n’a d’autre intention que
de détruire celle-ci tout en empêchant les musulmans d’y accéder. Pendant
ce temps, à Delhi, le 23 mars 1992, le ministre de l’Intérieur du gouvernement fédéral, S.B. Chavan, menace d’appliquer l’article 356 de la Constitution et de démettre le gouvernement de l’Uttar Pradesh.
Un leader de la Ligue musulmane, Ebrahim Suleiman Sait, rappelle pour sa
part que la construction du mur doit être interprétée comme la début des
travaux pour le temple de Rama. A quoi le leader du BJP au sénat, Sikander
Bakht, répond que l’électorat de l’Uttar Pradesh a, lors des récentes élections, donné mandat à son parti de bâtir ce temple. Le premier ministre de
l’Etat, Kalyan Singh, se dit prêt à mettre sa démission dans la balance
plutôt que de revenir en arrière: "Le gouvernement s’est engagé à construire ce temple", dit-il. Ce qui est confirmé par L.J. Advani, responsable du
BJP à l’Assemblée nationale.
En avril dernier, une délégation de la Commission pour l’intégration
(CNI) s’est rendue à Ayodhya. Aucun membre du BJP n’en faisait partie. Au
cours de leur visite, les 35 délégués n’ont pas pu avoir accès aux documents concernant le terrain et le mur. Le gouvernement de l’Etat a seulement promis de les faire parvenir à Delhi. Ils ont effectivement constaté
la destruction de deux temples hindous sur le terrain nouvellement nivelé.
Un responsable musulman a par ailleurs déploré qu’un cimetière islamique
établi autour de la mosquée avait lui aussi disparu.
Huit jours avant la visite de la délégation de la CNI à Faisabad, centre
administratif du district auquel appartient Ayodhya, des dégâts importants
avaient été provoqués dans une autre mosquée de la ville par l’explosion
d’une bombe. (apic/eda/pr)