Inde : le P. Bermejo n’est plus autorisé à enseigner (040188)
Poona, 4janvier(APIC) Dans une lettre envoyée récemment à la Congrégation
romaine pour la doctrine de la foi, les professeurs du Centre national
d’études religieuses indien de Jnana-Deepa Vidyapeeth (JDV), à Poona, ont
exprimé leur solidarité avec le Père Luis M. Bermejo, professeur dans ce
même centre, qui n’est plus autorisé à enseigner. La Congrégation pour la
doctrine de la foi ne partage pas les positions théologiques du Père Bermejo exprimées dans son livre "Towards Christian Reunion", (Vers l’unité des
chrétiens) publié en Inde en 1984. Ses collègues demandent à la Congrégation romaine de reconsidérer sa position.
Les professeurs de l’Institut pontifical de Philosophie et de Religion
JDV estiment en effet que justice n’a pas été faite au Père Bermejo, relève
l’agence de presse catholique SAR-News à New Delhi. Ils pensent qu’après
Vatican II, on aurait pu s’attendre à une attitude de dialogue et de
compréhension de la part des autorités de l’Eglise. Ils sont également
d’avis que le Père Bermejo n’a pas eu l’occasion d’être tout à fait entendu
et qu’il n’a pas eu l’opportunité de se défendre en personne. Les clarifications qu’il aurait présentées lui-même à la Congrégation n’auraient même
pas reçu de réponse. Le corps enseignant de Jnana-Deepa Vidyapeeth reconnaît cependant que la Congrégation pour la doctrine de la foi a le droit
d’évaluer les positions théologiques des membres de l’Eglise catholique.
Mais il demande toutefois que justice soit faite à leur collègue. Ils attirent l’attention sur le fait que selon eux, en l’espèce, la Congrégation
romaine a complètement laissé de côté l’Eglise locale, c’est-à-dire la Conférence des évêques catholiques de l’Inde. Selon la faculté, à sa connaissance, aucune mention n’a été faite des évêques indiens et le Père Bermejo
n’a reçu aucune communication de leur part.
Les professeurs de l’Institut JDV relèvent encore que dans la situation
spécifique de l’Inde, le cas du Père Bermejo prend une tournure délicate.
Dans un pays du tiers-monde comme l’Inde, affirment-ils, avec sa tradition
de pluralisme religieux, la procédure adoptée par la Congrégation pour la
doctrine de la foi pourrait paraître péremptoire. Dans le climat actuel de
prise de conscience nationale croissante, cela pourrait être perçu comme
une preuve que des "loyautés extra-territoriales" régissent la vie de
l’Eglise en Inde. De telles actions pourraient même confirmer la suspicion
de certains concitoyens sur la loyauté des catholiques Indiens à l’égard de
leur nation.
Le Père Peter Hans Kolvenbach, Supérieur général des jésuites et Chancelier de la faculté de Jnana-Deepa Vidyapeeth (JVD), séjournant en Inde le
mois dernier, a rendu visite au Centre. Durant une rencontre avec les étudiants, il a déclaré que le livre du Père Luis Bermejo, "Towards Christian
Reunion" était un "don". Il a affirmé à cette occasion que le Père Bermejo
avait réellement attiré l’attention sur les obstacles à la réunification
des chrétiens. Il a cependant fait remarquer en passant que malgré le Concile Vatican II et les efforts insistants du pape, de nombreuses personnes
dans l’Eglise sont réticentes au dialogue et à l’oecuménisme. Ces personnes
auraient peur que la réunification des chrétiens signifie l’abandon de la
foi catholique. Concernant la procédure en matière de doctrine, le Chancelier de l’Institut JVD a estimé que la hiérarchie locale devrait pouvoir
s’occuper de telles affaires et que l’Eglise indienne devrait avoir une
Commission de doctrine pour conseiller les évêques dans de tels cas. Il a
émis le voeu qu’un tel organisme soit bientôt mis sur pied par la hiérarchie de l’Eglise indienne. (apic/sar/be)