Il y a dix ans Mgr Romero tombait sous les balles des tueurs (220390)
Fribourg, 22mars(APIC) Le 24 mars 1980, il y a 10 ans déjà, Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador était assassiné dans la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence dans la capitale salvadorienne. Il était âgé
de 63 ans. Evêque aimé du petit peuple du Salvador, il disparaissait sous
les balles de tueurs de l’extrême-droite au milieu de la messe qu’il célébrait. Près de 10 ans plus tard, le 16 novembre dernier, six jésuites, connus eux aussi pour leur engagement en faveur des pauvres, tombaient à leur
tour, victimes sinon des mêmes tueurs, du moins de ceux qui avaient armé
les assassins de Mgr Romero.
"Soldat, tu n’es pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de
Dieu. Il est temps que tu récupères ta conscience... Au nom de Dieu donc,
au nom de ce peuple qui souffre, je vous supplie, je vous demande, je vous
ordonne au nom de Dieu: que la répression cesse". Ainsi parlait Mgr Oscar
Romero le dimanche 23 mars 1980. Le lendemain venait la réponse brutale à
son appel: une balle dans le coeur de cet homme droit l’abattait, réduisant
au silence celui qui avait osé dire aux puissants: "Vous ne pouvez pas faire cela..." Crime suprême au San Salvador que celui de défendre les opprimés, comme le faisaient également les six jésuites massacrés à l’Université catholique centro-américaine (UCA).
Né le 15 août 1917, Mgr Romero avait été ordonné prêtre en 1942, puis
évêque en 1970, avant de devenir archevêque de San Salvador en 1977. Trois
ans au cours desquels il dira sans crainte ce que lui commandait l’Evangile
sur la situation de son pays. Ses homélies étaient autant d’événements. Attendues par le peuple du Salvador qui y retrouvait des raisons d’espérer,
elles étaient redoutées par d’autres, particulièrement les puissants. Tellement redoutées que ceux-ci le feront taire. Par les armes d’un commando
des escadrons de la mort liés au Service de sécurité salvadorien dont le
responsable n’est autre que le major d’Aubuisson, fondateur du Parti Arena
actuellement au pouvoir. Crime impuni du reste pour les auteurs intellectuels, comme le sera vraisemblablement celui commis contre les jésuites, ainsi que le redoutait récemment José-Luis Argueta, nouveau recteur de l’UCA.
Situation plus précaire que jamais
Malgré l’appel pressant lancé voici dix ans par Mgr Romero pour que cesse la répression, malgré l’engagement continu des chrétiens et de plusieurs
responsables d’Eglise, le peuple souffre toujours. Dix ans après ce meurtre, plus de 70’000 personnes ont perdu la vie, dont 5’000 laïcs engagés
dans l’Eglise, 14 prêtres et plusieurs religieuses. Les pauvres et les personnes oeuvrant auprès d’eux sont persécutés. Supprimés. En septembre dernier, une délégation du Comité inter-Eglises des droits de l’homme en Amérique latine (CIEDHAL) soulignait "que la situation devenait chaque jour
plus précaire et plus dangereuse pour les collègues des Eglises et des organisations non gouvernementales" qui défendent les droits de l’homme.
L’explosion d’une bombe au bureau de la Fédération nationale des travailleurs salvadoriens tuant 10 personnes et en blessant 39 autres, le 31
octobre 1989, a fait disparaître la mince lueur d’espoir suscitée par la
tenue de pourparlers entre le Front Farabundo Marti de libération nationale
(FMLN) et le gouvernement salvadorien. L’attentat, qui avait mis fin aux
discussions, avait déclenché peu après l’offensive du FMLN. Espoirs de paix
déçus. Une paix en faveur de laquelle avait oeuvré Mgr Romero, et pour laquelle s’était à son tour engagé son successeur, Mgr Rivera y Damas appuyé
par son auxiliaire Mgr Rosa Chavez et par la "Tutela legal", un des organismes de l’Eglise pour la défense des pauvres fondé par Mgr Romero.
L’homélie du dimanche: la défense des droits des pauvres
Aujourd’hui, dix ans après le martyre de Mgr Romero, les évêques de la
capitale salvadorienne se rendent chaque dimanche à tour de rôle dans la
basilique du Sacré-Coeur pour perpétuer une habitude de Mgr Romero. Après
l’homélie, ils présentent les "faits de la semaine", véritable prise de position sur les événements du pays avec une seule ligne directrice: la défense des plus pauvres contre la violence. Un acte de courage au Salvador.
En décembre dernier, le procureur de la République était par ailleurs intervenu auprès du pape pour que Mgr Rivera y Damas et Mgr Chavez quittent
le pays. "Nous avons eu des jours difficiles, a commenté à la suite de cette lettre Mgr Chavez, mais nous sommes très conscients que le berger doit
rester auprès de son troupeau. C’est aussi la pensée du pape". Reste que
les menaces continuent. Du type de celles reçues il y a dix par Mgr Romero?
Peu avant sa mort, ce dernier, de passage à Paris, avait déclaré au
journal "La Croix": "La force principalement responsable de tous nos maux,
c’est l’oligarchie d’extrême-droite qui ne veut rien céder de ses privilèges et qui s’est affiliée aux militaires défenseurs des intérêts des riches".
Plusieurs mois avant sa mort encore, le Vatican avait envoyé des avertissements à Mgr Romero pour le prévenir des menaces de mort sérieuses qui
pesaient sur lui. Des amis voulurent même le dissuader de célébrer lui-même
la messe en ce lundi 24 mars 1980. En vain. Il est près de 18h30 ce jourlà, Mgr Romero se tient alors derrière l’autel. Un coup de feu claque. Mgr
Romero s’effondre sur le plancher au pied du crucifix avant de rendre le
dernier soupir. Et de ce jour le petit peuple du Salvador se souviendra
samedi 24 mars prochain. En espérant que le sang versé jusqu’à présent ne
l’aura pas été en vain. (apic/pr)
Une veillée de prière à la mémoire de Mgr Romero, des six jésuites et
des autres victimes de la répression au Salvador aura lieu vendredi soir 23
mars à St-Maurice. La messe sera présidée par Mgr Henri Salina, Abbé de StMaurice avec une prédication du Frère Jean-Marie Babey, capucin, aumônier
de Pax Christi pour la Suisse romande. De telles veillées se dérouleront un
peu partout, en Suisse comme ailleurs.