Il y a cent ans naissait le cardinal Charles Journet (240191)
Fribourg, 24janvier(APIC) Le 26 janvier prochain marquera le centième anniversaire de la naissance de celui qui allait devenir en 1965 le cardinal
Charles Journet. L’occasion d’évoquer sa mémoire, sa vie, son engagement au
service de l’Eglise, son oeuvre littéraire. Mais aussi la Fondation qui
porte son nom, créée le 18 décembre 1975.
Né à Meyrin (Genève) le 26 janvier 1891, Charles Journet fut avant tout
un grand thélogien, "qui ne craignait pas de prendre des positions politiques risquées, et même à contre-courant de nombreux ecclésiastiques et hommes politiques de son temps, y compris de chez nous", raconte dans un entretien accordé à l’abbé Claude Ducarroz le Père Pierre-Marie Emonet, un
dominicain suisse auteur d’un livre intitulé "Le cardinal Charles Journet portrait intérieur".
Le Père Emonet se souvient de sa première rencontre avec Charles Journet
: "C’était en 1937, au collège Saint-Michel. Il était venu donner un cours
sur la Trinité. J’avais été séduit par sa capacité de transmettre la plus
haute théologie avec des mots aussi simples. Sa grande culture nous avait
éblouis. Il était pour nous un maître".
On pourrait décrire l’apport de Charles Journet à la théologie en deux
énoncés, explique le Père Emonet: "Dès l’âge de 15 ans, Charles Journet a
été fasciné par l’Evangile. Or pour lui, l’Eglise était précisément
’l’Evangile continué’, le cadeau laissé par Jésus à l’humanité. Cette intuition imprègne toute son oeuvre. En Saint Thomas d’Aquin, il a trouvé les
instruments théologiques pour expliquer et expliciter cette idée de base,
venue de son grand amour pour l’Eglise".
De fait, et à partir de là, Charles Journet a intégré à sa vision de
l’Eglise toutes les expériences chrétiennes, à savoir les valeurs de la
grande mystique, mais aussi les données de la culture, à commencer par la
philosophie, mais aussi l’art, la musique, la poésie. "Il y a certainement
peu de théologiens en notre siècle qui aient su, autant que lui, élaborer
une théologie aussi évangélique et, en même temps, aussi imprégnée de culture humaniste", affirme encore le Père Emonet, avant d’évoquer l’oecumnisme, si important après le Concile Vatican II: "Il est intéressant de noter
que, justement après le Concile, le cardinal Journet a repris et corrigé
ses premiers écrits sur ce sujet".
Le regard du cardinal Garrone sur le cardinal Journet
Tout aussi significatif est le regard que porte le cardinal Gabriel-Marie Garrone sur le cardinal Journet: "Lorsque, ayant fait de l’abbé Journet, professeur au Séminaire de Fribourg, un cardinal, le pape Paul VI
l’appelait personnellement à intervenir dans le Concile Vatican II, à l’occasion d’une discussion particulièrement délicate et laborieuse, personne
parmi les membres du Concile n’éprouva la moindre surprise et beaucoup se
félicitèrent de l’appoint de cette indiscutable autorité".
Le geste du pape invite à se demander si la personnalité du cardinal
Journet, son action, son oeuvre, ont suffisamment dépassé les limites d’un
certain cercle, relève le cardinal Garrone, avant de se demander: "A-t-on,
aussi bien hors de Suisse qu’en Suisse même, conscience de la valeur exceptionnelle de cet homme qui a fui, en véritable ascète, toute publicité? At-on une idée suffisante de l’ampleur de ses intérêts théologiques, philosophiques, littéraires, artistiques, sociologiques, de la qualité de ses
ouvrages?"
Le testament littéraire du cardinal
Toute aussi riche est l’oeuvre littéraire léguée au public par le cardinal Journet. Parmi les quelque 22 livres ou brochures encore disponibles en
librairie figurent notamment "Les sept Paroles du Christ en Croix", "NotreDame des Sept Douleurs", "Saint Nicolas de Flue", "Introduction à la théologie", Théologie de l’Eglise" et "Théologie de la politique". Mais il y a
aussi les "petits catéchismes" sur divers sujets comme l’Eglise, la Sainte
Vierge, la Création du monde. Parmi ses principaux ouvrages, le cardinal
Garrone cite "L’Eglise du Verbe Incarné", "Exigences chrétiennes en politique", "Entretiens sur la Grâce", "Le Mal" et "La Messe".
Une Fondation pour maintenir vivant son rayonnement
Quelque huit mois après la mort du cardinal Journet, le 15 avril 1975,
et à la demande du pape Paul VI, Mgr Pierre Mamie, légataire testamentaire,
créa, le 18 décembre 1975, la Fondation du cardinal Journet, enregistrée
comme telle à Villars-sur-Glâne (Fribourg).
Six ans plus tard, le 22 octobre 1981, l’Association des Amis du cardinal Journet voyait le jour dans le but d’aider la Fondation dans sa tâche
en diffusant des cassettes des conférences et des causeries du cardinal; en
publiant un bulletin bimensuel et des textes de conférences données par
l’abbé Journet, mais aussi en se mettant à la recherche des livres épuisés
de Charles Journet dont les demandes parviennent à la fondation.
La Fondation a pour but de maintenir vivant le rayonnement de la pensée
du cardinal Journet; elle s’efforce, en diffusant ses écrits, de garder son
oeuvres présente à notre temps. Dans ce sens, elle travaille à rassembler
les correspondances et autres documents encore dispersés dans le monde entier concernant le cardinal et qui permettent de rédiger sa biographie et
la bibliographie complète de son oeuvre; à classer les livres de la bibliothèque du cardinal ainsi que ses archives, composées notamment de manuscrits et d’importantes correspondances; à publier des textes inédits, à aider à la traduction de ses livres et à rééditer ce qui est actuellement
épuisé.
Les livres du cardinal Journet, ses prédications et sa constante disponibilité aux autres lui valurent une correspondance exceptionnelle. Elle
révèle un thélogien et un guide d’une profonde intériorité spirituelle,
écrit le cardinal Garrone. Sa conclusion rend hommage au rayonnement de Mgr
Journet pour lequel une messe anniversaire présidée par Mgr Pierre Mamie
sera célébrée le 26 janvier à la chapelle du Séminaire diocésain de Villars-sur-Glâne: "Ce sera servir l’histoire que de contribuer à fixer cette
grande mémoire. Ce sera servir l’Eglise que de répandre la pensée du cardinal Journet dans un monde où les esprits sont en plein désarroi doctrinal
et en quête d’authentiques serviteurs de Dieu et de l’Eglise à écouter et à
suivre". (apic/pr)
Encadré
Issu d’une famille de petits commerçants, Charles Journet commence par
travailler dans une banque. Mais l’appel du sacerdoce le conduit rapidement
ailleurs, d’abord au collège de Schwyz, puis en 1907 au collège Saint-Michel à Fribourg. Il entre au Grand Séminaire de Fribourg en 1913 et est ordonné prêtre le 15 juillet 1917.
Jusqu’en 1924, il exerce un ministère de vicaire à Fribourg et Genève.
De 1924 à 1970, il enseigne la théologie dogmatique au Grand Séminaire de
Fribourg. Charles Journet fonde en 1926 avec l’abbé François Charrière futur évêque du diocèse - la revue "Nova et Vetera", qu’il dirigera jusqu’à
sa mort.
En reconnaissance pour son oeuvre théologique au service de l’Eglise, le
pape Paul VI le crée cardinal le 22 février 1965. C’est à ce titre qu’il
participe activement à la dernière session du Concile Vatican II, durant
laquelle il intervient, notamment sur la liberté religieuse. En 1961 l’Université de Fribourg et en 1965 l’Université Saint Thomas de Rome lui décernent le titre de docteur honoris causa. Le cardinal Journet meurt le 15
avril 1975 et, selon sa volonté, il est enterré dans le cimetière de la
Chartreuse de la Valsainte, en Gruyère. (apic/pr)