Invité de l’association des journalistes de l’information religieuse (AJIR), l’auteur de "L’évangile d’un libre-penseur" prône une laïcité de confrontation : un mot qui laisse entendre que le dialogue est difficile mais nécessaire et prometteur. Il faut trouver un juste terme entre le cléricalisme et l’enfermement dans les sacristies. L’Etat en semaine et la religion le dimanche ? Non, ce n’est pas possible. C’est un découpage absurde qui nie la pluralité de ce que nous sommes" explique-t-il.
Confrontation ? Il n’y en a pas eu devant l’AJIR puisque Philippe Guglielmi, grand maître du Grand Orient de France, a décliné l’offre au dernier moment, après que ses frères maçons lui aient demandé expressément de ne pas débattre avec un ecclésiastique. La dénonciation du PACS par l’Eglise, ainsi que les deux dernières visites du pape en France, ont pu motiver la radicalisation de cette obédience maçonnique réputée laïcarde.
Ce refus de dialoguer illustre combien la laïcité reste un sujet délicat en France, avec son statut unique en Europe depuis les lois de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Gabriel Ringlet estime que ce modèle là n’est plus satisfaisant. Et le vice-recteur de l’université catholique de Louvain d’en appeler expressément à la réactivation du dialogue entre les divers courants spirituels et les grandes familles des courants laïcs car, dit-il, "Il n’y aura pas assez de toutes nos forces unies pour faire face à tout ce qui menace de défigurer l’homme. Que les gens de conviction cessent de s’ignorer pour résister ensemble à l’idolâtrie. L’idolâtrie de Dieu ou l’idolâtrie de l’homme sont deux enfermements".
Gabriel Ringlet vise explicitement tant les fondamentalismes de tout poil, religieux notamment, que les dérives bio-éthiques, ou encore la dictature du tout-économique. Aujourd’hui les frontières se déplacent lentement car des gens de convictions diverses cherchent des réponses moins simplistes aux questions qui divisent. Illustration en a été faite avec le PACS qui "met en cause l’avenir du visage de l’homme." et qui a mis mal à l’aise des gens réputés progressistes. "Pourtant, souligne-t-il, "L’Eglise doit éviter de caricaturer ses réponses, tant sur cette question que sur l’euthanasie." Et de citer le philosophe Paul Ricoeur: "Les grands choix de société sont entre gris clair et gris foncé, non pas entre noir et blanc. Choisissons un gris fort." De même Gabriel Ringlet aime-t-il rappeler que nous sommes entre deux trop-plein : le trop plein d’absolu - qui peut conduire à tuer au nom de Dieu - et le trop plein de relativisme ou d’indifférence. Face à l’un et à l’autre, tous les humanistes, qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas, sont appelés à dresser ensemble un front du refus. (apic/jcn/mp)