Hongrie: La fin du tunnel pour le prêtre dissident György Bulanyi? (140492)
Budapest, 14avril(APIC) Une solution au conflit opposant depuis les années septante un prêtre dissident, le Père piariste György Bulanyi, aux évêques hongrois, semble enfin se dessiner. Ces dernières semaines, des entretiens ont eu lieu entre le nonce apostolique à Budapest, Mgr Angelo Acerbi,
des représentants de la Conférence épiscopale et le P. Bulanyi lui-même. Le
Vatican souhaite une intégration des "bulanyistes" membres des communautés
de base "bokor" (buisson) dans la vie de l’Eglise officielle hongroise. Le
P. Bulanyi, qui a eu maille à partir avec la Congrégation pour la doctrine
de la foi, semble être prêt personnellement à se réconcilier, mais il ne
veut pas préjuger des réactions du mouvement "bokor", annonce l’agence de
presse catholique autrichienne "Kathpress".
En effet, malgré le retour de la démocratie en Hongrie, le cas Bulanyi un religieux charismatique qui s’était opposé ouvertement à l’Etat communiste en prêchant l’objection de conscience - n’est pas encore tout à fait
réglé. Pour mettre fin à la dissidence du Père piariste, le Bureau des affaires religieuses du gouvernement communiste de l’époque avait tenté
d’utiliser la Conférence épiscopale hongroise pour marginaliser le prêtre
rebelle. C’est que l’emprisonnement de jeunes activistes catholiques pour
objection de conscience mettait la Hongrie - qui voulait alors donner une
image libérale à l’étranger - dans une position plutôt inconfortable.
L’épiscopat hongrois, à l’époque sous la houlette du cardinal Laszlo Lekai, primat de Hongrie, publia sous la pression du pouvoir une déclaration
se référant au Concile Vatican II et soulignant que l’accomplissement du
service militaire faisait partie des devoirs civiques, et que tout catholique y était tenu. Rien cependant sur ce qu’avait dit le Concile Vatican II
concernant le droit à l’objection de conscience. Cette déclaration provoqua
la colère des "bulanyistes", considérant que les évêques hongrois n’étaient
pas libres, étant donné les pressions de l’Etat communiste, de décider selon la doctrine et le bien de l’Eglise.
Ils en conclurent qu’ils étaient libérés du devoir d’obéissance à
l’égard des évêques et poursuivirent leurs activités en dehors de leur autorité. Les évêques, de leur côté, soulignèrent que tous ceux qui voulaient
faire partie de l’Eglise devaient se soumettre à l’autorité épiscopale. Les
communautés de base "bokor" persistant dans leur attitude ferme, un fossé
de plus en plus profond se creusa alors avec l’épiscopat, malgré les tentatives de rapprochement entamées par l’ancien secrétaire de la Conférence
épiscopale, Mgr Jozsef Cserhati. Le primat Laszlo Lekai engagea une procédure contre le Père Bulanyi, l’accusant de ne pas respecter la doctrine de
l’Eglise et l’affaire fut portée devant la Congrégation romaine pour la
doctrine de la foi.
Cette dernière en 1985 formula un texte en douze points que le Père piariste était invité à signer. Le P. Bulanyi voulait qu’il y fut adjoint un
treizième point, tiré du document conciliaire "Dignitatis humanae", concernant la liberté de conscience et de religion, et stipulant que personne ne
peut être empêché de suivre sa conscience. La Congrégation romaine et
l’épiscopat n’étaient pas d’accord avec cette proposition. Malgré les pressions de Budapest, la Congrégation ne liquida pas l’affaire, et le cas Bulanyi a refait surface avec la chute du régime communiste. Le pape lui-même
souhaiterait que ce conflit fût enfin réglé, affirme "Kathpress".
Le religieux rebelle est maintenant à nouveau invité à signer ce document en douze points, ce qui mettrait une terme à l’"affaire Bulanyi". S’il
accepte, a promis le nonce, l’affaire sera close et la Conférence épiscopale lèvera les sanctions prises à son encontre. L’épiscopat hongrois devrait
encore, dans une déclaration, regretter la manière dont le Père Bulanyi fut
traité par l’Etat communiste et souhaiter que les communautés "bulanyistes"
s’intègrent à la vie de l’Eglise. Selon "Kathpress", les supérieurs de la
Congrégation des piaristes à Rome estiment que le Père Bulanyi a obtenu
dans ce cas le "maximum" de ce qu’il pouvait attendre de la Conférence
épiscopale hongroise.
Cette dernière ne reconnaîtra certainement pas qu’elle s’est comportée
de façon injuste envers le P. Bulanyi. Quant à lui, il soutient avoir été
victime de façon conjointe du régime communiste, de l’épiscopat et de
l’"Ostpolitik" du Vatican. Il craint d’autre part que s’il signe l’accord
qui lui est proposé, son mouvement n’éclate et qu’il ne soit rapidement
marginalisé au sein de la pastorale de l’Eglise officielle. (apic/kpr/be)