Hongrie : l’objection de conscience entre Eglise et Etat (060488)
Budapest, 6avril(APIC/Gabor Kiszely) La question de l’objection de conscience a surgi en Hongrie au sein de l’Eglise catholique vers le milieu
des années 70 sous l’impulsion des communautés de base réunies autour du
père piariste relégué Gyorgy Bulany. La base théorique en avait déjà été
élaborée en 1970 par les membres du mouvement du religieux dissident.
Pour les "bulanystes", si on part des paroles du Christ : "Aimez vos ennemis", tuer, sous quelque forme que ce soit, est inconciliable avec le
Règne de Dieu. Le meurtre d’un chrétien par un autre, quelle qu’en soit la
raison, représente une contradiction en soi, c’est "le plus haut degré de
l’absurde". Comme Jésus a rempli sa mission sans avoir recours à la force,
l’Eglise ne peut pas suivre une aute voie, sans quoi elle devient criminelle.
Le premier objecteur de conscience du groupe Bulany a refusé de servir
en 1979. 23 jeunes ont objecté depuis. Un porte-parole du mouvement souligne qu’on ne peut pas faire de l’objection de conscience une obligation
pour tous les membres du groupe. Il faut tenir compte du fait que beaucoup
de jeunes doivent pourvoir à l’entretien de familles nombreuses. C’est
pourquoi on se montre particulièrement tolérant.
Problématique de la non-violence
La non-violence n’est pas la première préoccupation des communautés du
père Bulany. Ce sont plutôt les autorités de l’Eglise qui en parlent, ainsi
le cardinal Laszlo Lékai, archevêque primat décédé l’année dernière, qui
critiquait ouvertement le mouvement du Père Bulany. Le cardinal Lékai refusait de soutenir les objecteurs emprisonnés. Il faisait aussi souvent allusion à la christianisation de la Hongrie et à la fondation du royaume de
Magyars il y a 1000 ans. Les Magyars n’auraient pas pu fonder leur royaume
sans avoir recours à la force des armes.
Les objecteurs de conscience ont dû jusqu’ici purger en général une
peine de prison de deux et demi à trois ans. L’épiscopat s’est prononcé
officiellement sur ce problème en décembre 86. La Conférence des évêques
s’est alors référée à un passage du texte du Concile Vatican II Gaudium et
Spes et se réclama expressément de la Constition de l’Etat qui oblige tout
citoyen à défendre sa patrie. On a cité textuellement à cette occasion un
passage du document du concile disant que les lois devraient traiter avec
compréhension ceux qui pour des raisons de conscience ne veulent pas
prendre les armes, mais se déclarent prêts à servir la communauté humaine
de façon pacifique. Les évêques soulignent aussi qu’il appartient à l’Etat
et non à l’Eglise de déterminer concrètement quelle forme cela peut
prendre.
On entrevoit une solution pour bientôt
En renvoyant le problème à l’Etat, l’épiscopat évitait d’affronter le
problème. C’est le gouvernement qui contribuera maintenant à éclaircir la
situation. Dans le but de soigner son image aux yeux de l’opinion mondiale,
le gouvernement s’est engagé dans un processus de démocratisation sociale
et politique. Cela laisse espérer une solution pour bientôt.
Récemment trois objecteurs de conscience qui avaient déjà purgé leur
peine de prison ont adressé une lettre au ministre président ou ils esquissent leur conception d’un service alternatif. Celui-ci devrait être complètement détaché du ministère de la défense, sa durée ne devrait pas dépasser
celle du service habituel et finalement tout processus de discrimination
devrait être exclu. (kipa/ym)