Honduras: Une Eglise qui s’engage aux côtés des pauvres (040490)
Fribourg, 3avril(APIC) "La tension entre hiérarchie et communautés ecclésiales de base est moins forte au Honduras qu’elle ne l’est au Salvador ou
au Nicaragua", affirme le Père Victor Manuel Cortez, un religieux passionniste hondurien de passage en Suisse. Le P. Cortez connaît bien le Salvador, car il y a fait ses études théologiques du temps de Mgr Romero. Dans une
interview accordée à l’agence APIC, il souligne qu’au Honduras, il y a une
absence relative de polarisation dans l’Eglise et qu’il n’y a pas de débat
exacerbé sur la théologie de la libération ou sur "l’Eglise populaire".
Par son travail pastoral dans le quartier populaire de Mejicanos, à San
Salvador, comme auprès des réfugiés salvadoriens à Mesa Grande, au Honduras
ou dans sa paroisse rurale, le Père Cortez a compris l’urgente nécessité
pour l’Eglise d’être aux côtés des peuples victimes de l’oppression économique et politique.
Prêtre du diocèse hondurien de Santa Rosa de Copan, un diocèse de l’"Occidente" dirigé par Mgr Luis Alfonso Santos Villeda, le Père Cortez a travaillé plusieurs années dans la paroisse rurale de la Santissima Trinidad,
dans le département de Santa Barbara. Il décrit la situation sociale tendue
de son pays, l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine à l’instar de
Haïti ou de la Bolivie, ainsi que l’action pastorale de l’Eglise, confrontée à la misère populaire et à la montée des sectes protestantes fondamentalistes importées des Etats-Unis.
Un pays aux mains d’une petite oligarchie et des multinationales
Face aux mesures économiques prises par le nouveau gouvernement sous la
pression du Fonds Monétaire Internationale (FMI) et de la Banque Mondiale,
beaucoup de groupes populaires (étudiants, ouvriers, paysans) s’élèvent
contre la misère grandissante. Au lieu de réduire les dépenses publiques de
la santé et de l’éducation, comme c’est actuellement le cas, ces mouvements
demandent au gouvernement de diminuer prioritairement les dépenses militaires. "Imaginez que notre pays possède des chasseurs modernes F-5, alors que
les gens n’ont pas à manger et qu’il y a près de 80 % d’analphabètes", lance-t-il. Et le pays est aux mains d’une petite oligarchie urbaine et rurale, mais surtout de multinationales américaines comme l’United Brands, une
filiale de Castle & Cook, et l’American Pacific (AMPAC).
L’opposition demande en outre le retrait du pays des forces armées américaines stationnées notamment sur la base aérienne de Palmerola - où la
présence des "marines" (qui ne sont pas des "moines" et des modèles de comportement, tient-il à préciser) a transformé la ville voisine en "bordel",
avec les conséquences sociales et sanitaires que l’on peut imaginer, comme
l’apparition du sida. Elle exige également le départ des mercenaires de la
"contra" qui ont provoqué d’importants conflits avec la population locale.
La défaite électorale sandiniste devrait signifier la fin de la contra
De ce point de vue, souligne le Père Victor Manuel, la victoire électorale de Violeta Chamorro au Nicaragua a quelque chose de positif pour le
Honduras. Cela permet d’exiger avec force le départ et la démobilisation
des "contras" basés sur le territoire national. L’an dernier, de nombreuses
manifestations ont eu lieu contre la présence de forces armées étrangères.
A propos d’éventuels conflits entre certains évêques et les communautés
ecclésiales de base, comme au Salvador et au Nicaragua?", le Père Cortez
affirme que la situation hondurienne est tout à fait différente. Certes,
comme partout dans le monde, les membres de la hiérarchie ont des divergences sur certains aspects politiques, mais il existe une unité pastorale qui
soutient les efforts des communautés dans l’évangélisation et la prise de
conscience de la nécessaire solidarité avec les plus pauvres.
A cause du manque de prêtres (une majorité de prêtres sont étrangers,
soit environ 25O, et seulement 6O prêtres honduriens), l’Eglise catholique
utilise beaucoup la radio comme moyen d’évangélisation, non seulement pour
la transmission de la messe dominicale ou de cours bibliques, mais aussi
pour un programme d’écoles radiophoniques et de formation agricole
Les "Délégués de la Parole de Dieu", laïcs qui animent les communautés
rurales éloignées du centre de la paroisse, sont très nombreux dans le
pays. Les évêques du Honduras ont compris qu’un lien fort avec ces communautés était essentiel pour une véritable évangélisation. Avec la personnalité propre de chaque évêque, on peut dire que les laïcs et les prêtres engagés se sentent appuyés par leur pasteur. Selon le Père Cortez, le clivage
entre "hiérarchie conservatrice" et "Eglise populaire", souvent évoqué en
Amérique Latine, est beaucoup moins marqué au Honduras.
D’ailleurs, sur des problèmes concrets, comme la politique économique du
gouvernement, les droits de l’homme et la nécessité des réformes urgentes
pour respecter l’immense majorité du peuple hondurien, la Conférence épiscopale n’hésite pas à se prononcer clairement. Sur la question éminemment
politique du départ souhaité des "contras", le P. Victor Manuel ajoute: "Il
y a bien des déclarations personnelles des évêques en faveur de ce départ,
mais pas encore une prise de position officielle commune".
Et de conclure que s’il existe une polarisation très forte entre riches
et pauvres au Honduras, l’Eglise catholique essaye, contrairement aux sectes nord-américaines et malgré des tensions inévitables, de vivre une unité
pastorale liée aux besoins réels du peuple pauvre et opprimé. (apic/be/prbv)