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    Haïti: Un missionnaire belge menacé de mort (270790)

    Les "tontons macoutes" ne sont pas morts

    Bruxelles, 27juillet(APIC) Menacé de mort à plusieurs reprises, le seul

    prêtre diocésain de Belgique travaillant en Haïti rentre à Bruxelles le 31

    juillet. L’abbé Jacques Van Der Stichele, 56 ans, prêtre de l’archidiocèse

    de Malines-Bruxelles, est arrivé en Haïti en 1986 et il espère y retourner

    dans quelques mois. D’après son expérience vécue, les "tontons macoutes" ne

    sont pas morts, et la terreur continue de régner dans le pays.

    Répondant à l’appel lancé au clergé diocésain par les évêques de Belgique désirant mettre quelques prêtres au service des Eglises du tiers monde,

    l’abbé Van Der Stichele est arrivé en Haïti en mars 1986. Deux mois plus

    tard, Mgr Constant, évêque des Gonaïves, lui confiait, dans le nord-ouest

    de l’île, la charge d’une paroisse de 50’000 habitants, en pleine région

    montagneuse.

    Une culture de la peur et des "sacristains-macoutes"

    Le père Jacques, pour gagner le presbytère, dans le village de Pérodin,

    doit faire 30 km de marche et d’ascension à travers les pistes. Sur place,

    les fidèles se regroupent en communautés locales au tour de chapelles dispersées sur une étendue de 250 km2. Ces communautés rurales restent aujourd’hui presque aussi tiraillées qu’au temps du dictateur Jean-Claude Duvalier, qui a fui le pays en février 1986. Les chrétiens les plus agés demeurent imprégnés par une culture de la peur. Même les sacristains-catéchistes, neuf fois sur dix dans certaines régions, sont des "macoutes", des

    membres de l’ancienne milice du dictateur! Pour rendre la confiance, le

    nouveau curé de Pérodin a donc dû remplacer ces étranges sacristains. Une

    occasion de former des équipes d’animateurs.

    En l’espace de quatre ans, Jacques Van Der Stichele n’a pas ménagé ses

    efforts. Outre la réorganisation de la paroisse, il a recueilli 12 enfants

    abandonnés, reconstruit une école en ruines, bâti un nouveau dispensaire

    avec deux médecins belges coopérants, fondé un centre d’éducation féminine

    et pris en charge la rémunération de deux professeurs pour ce projet.

    Le prêtre bruxellois est également responsable de la construction d’une

    porcherie. Comme le rappelle lui-même le père Jacques: "Sous Jean-Claude

    Duvalier, les Américains avaient fait tuer tous les cochons de race indigène. Or, c’est grâce au cochon que peut survivre le paysan haïtien. Le cochon est, en quelque sorte, sa banque, son seul argent, ses seules économies qui lui permettent d’acheter des semences, des outils, de la terre, et

    de faire vivre sa famille". Il n’a pu mener à bien ses réalisations que

    parce qu’il a été soutenu par l’association bruxelloise "Tet Ensemm", "Tous

    Ensemble" en créole.

    Terreur et massacres

    Dans ce pays que le prêtre bruxellois a découvert comme un immense bidonville, on ne sait plus par quel problème commencer. Si l’on recueille

    des enfants sans famille, où les hébergera-t-on et qui les nourrira? Si

    l’on se soucie de sensibiliser la population à certaines réalités, comment

    être sûr que certains ne vont pas faire capoter telle ou telle solution...

    parce qu’elle suppose une lutte contre la corruption? Certes, la plupart

    souhaitent en finir avec les séquelles de la dictature. Mais comment éviter

    que leurs aspirations à la liberté n’entraînent un gigantesque "déchoukage", c’est-à-dire en créole une élimination des souches du mal, voire une

    liquidation de ceux qui l’ont commis?

    Quatre ans et demi après le départ du dictateur, un des problèmes les

    plus paralysants pour Haïti n’a toujours pas trouvé de véritable solution:

    la terreur organisée par les anciens macoutes. Les élections que le gouvernement provisoire de Mme Trouillot est chargé d’organiser en novembre semblent d’ailleurs exciter particulièrement d’anciens hauts dirigeants macoutes, à en juger par le récent retour au pays du Dr Roger Lafontant, impliqué dans les tortures pratiquées sous Duvalier et dans les massacres qui

    ont interrompu les élections de 1987, ainsi que de l’ex-général Williams

    Regala.

    Sans parler des attaques dirigées par des macoutes contre divers

    presbytères, l’abbé Van Der Stichele et ses collaborateurs laïcs ont risqué

    plusieurs fois leur vie au cours des derniers mois. Beaucoup se demandent

    d’ailleurs comment le curé de Pérodin a pu échapper au massacre déclenché

    contre lui et sa paroisse le 31 mai dernier.

    Ce jour-là, l’ancien chef de section du village, Sillien Thélot, est revenu se venger de ceux qui avaient obtenu son déplacement en raison de son

    comportement violent et de sa corruption. Des plaintes avaient été déposées

    contre lui auprès des autorités militaires, qui avaient finalement décidé

    de le remplacer.

    Une dizaine de morts à Pérodin

    Depuis son départ forcé, les menaces et les manoeuvres d’intimidation

    s’étaient multipliées contre ceux qui avaient mis Thélot en cause. Le 29

    mai, le curé de Pérodin est prévenu que Sillien Thélot approche du village

    avec une vingtaine d’hommes. Thélot est armé d’un révolver et ses adjoints

    de poignards, machettes et barres de fer. Ils ont l’intention d’assassiner

    le curé, des représentants du KASEK (ancienne structure communale rurale)

    et des délégués de la Commission diocésaine Justice et Paix. Le 31 mai,

    Thélot, ivre, tire sur tout ce qui bouge. Avant que la population arrive à

    le maîtriser, il y aura dix morts et sept blessés graves. Thélot lui-même

    tombera sous les coups de machette des paysans révoltés.

    Alors qu’un massacre semblable avait déjà fait onze morts à Piatre, le

    12 mars dernier, les seules mesures prises par les autorités au lendemain

    du drame de Pérodin ont été de faire arrêter vingt-cinq paroissiens, qui

    ont été "frappés et emprisonnés arbitrairement", selon les témoins.

    Question posée aujourd’hui par la Commission diocésaine Justice et Paix:

    "Quelle est l’organisation, la force de déstabilisation qui est derrière

    cela ? Qui couvre et protège les assassins ?"

    "Tet Ensemm"

    C’est l’association bruxelloise "Tet Ensemm", qui soutient l’action de

    Jacques Van Der Stichele en Haïti, qui vient de révéler tous ces faits en

    Europe. L’enjeu de ces informations est de permettre au missionnaire, qui

    revient pour trois mois en congé dans son pays, de retourner parmi les plus

    pauvres avec un plus grand soutien. "Tet Ensemm" entend également faire

    pression sur le gouvernement haïtien "pour qu’il soit mis fin aux exactions

    des macoutes et bandes para-militaires, destinées à ruiner tout processus

    démocratique dans ce pays". (apic/cip/gar)

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