Haïti: prêtres et religieuses en faveur du président Aristide (110592)
Port-au-Prince/Paris, 11mai(APIC) 241 prêtres, religieux et religieuses
haïtiens ont signé le mois dernier un message de soutien au président Aristide. Il vient d’être publié par DIAL, l’agence de diffusion de l’information sur l’Amérique latine que dirige le Père Charles Antoine, à Paris, qui
l’a traduit du créole. Dans ce message - qui montre bien que six mois après
le coup d’Etat en Haïti, les milieux catholiques du pays restent divisés à
propos de la situation politique - prêtres et religieux réclament le retour
du président déchu et exhortent le peuple à la résistance.
Si la Conférence épiscopale haïtienne a dans un premier temps dénoncé le
coup d’Etat, son message pastoral du mois de mars ne faisait aucune allusion à la grave situation nationale. La nomination d’un nonce apostolique
par le Vatican au début de l’année a été ressentie par beaucoup comme une
reconnaissance implicite du sanglant régime actuel.
Le silence de l’Eglise face à une répression qui a fait 2’000 morts
Le message de soutien, rédigé en créole, a été élaboré et signé dans le
cadre d’un retraite spirituelle rassemblant tous les évêques, et quelque
700 prêtres et religieuses. Sur décision de la Conférence épiscopale, il
n’a cependant été ni lu, ni discuté en assemblée plénière. Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie, a cependant prononcé une vigoureuse homélie sur "le
silence de l’Eglise" par rapport à la situation nationale.
La prise de position des prêtres, religieux et religieuses est résumé en
une dizaine de points. Le premier point est une demande de pardon à Dieu et
au peuple haïtien, car "ces derniers temps bon nombre d’entre nous ont
tourné le dos au peuple livré à la répression et aux violations multiples
des droits fondamentaux". Les signataires condamnent ensuite le coup d’Etat
qui a causé plus de 2’000 morts et 20’000 réfugiés de la mer, les "boat
people". La situation actuelle de répression, de corruption, de désinformation (la presse est bâillonnée), et d’isolement diplomatique n’est plus
supportable. Le président Artistide élu librement doit revenir, poursuit le
message.
Les députés et sénateurs ne doivent pas baisser les bras. L’armée doit
rester dans le rôle que lui prescrit la Constitution de 1987: "Les soldats
doivent comprendre que leurs armes ne leur donnent pas tous les droits dans
ce pays", précise le document. Les prêtres, religieux et religieuse d’Haïti
exigent aussi du président Bush, de l’ONU et de l’Organisation des Etats
américains (OEA) l’arrêt de "leur belles déclarations sur le rétablissement
de la démocratie alors qu’ils donnent l’impression d’encourager ou même de
soutenir la dictature du gouvernement de facto."
Jean Paul II interpellé
Le septième point exprime le désarroi face à la nomination par le Vatican d’un nonce apostolique en Haïti. Les auteurs du message demandent au
pape Jean Paul II d’utiliser son influence pour la restauration de l’Etat
de droit en Haïti. De même la Conférence des évêques est priée de "prendre
clairement position en faveur de notre peuple plongé dans la détresse". La
radio catholique "Radio-Soleil", aux mains de perosnnes favorables au gouvernement de facto, doit cesser "de collaborer avec les forces de mort".
La déclaration demande enfin au peuple d’Haïti de "tenir bon, de résister et de se mobiliser" autant à l’intérieur du pays que dans la diaspora.
(apic/dial/mp)