Haiti : message de Noël des évêques (271287)
Port-au-Prince, 27décembre(APIC/CIP) Alors que dans la plupart des
régions du monde on se prépare à célébrer Noël dans la joie et la paix, en
Haïti, par contre, on vit "une situation douloureuse de confusion qui nous
jette dans l’inquiétude et l’angoisse", constatent dans un message publié à
l’occasion de Noël les évêques de Haïti. Et de poser la question : Comment
célébrer Noël dans "ce climat de peur et d’insécurité, dans cette ambiance
de mensonge, de discorde, de division et de haine" ?
Si "l’espérance chrétienne habite en nos coeurs", ajoutent les évêques,
"nous devons cette année célébrer Noël comme un appel spécial de Dieu à raviver cette espérance". Ils invitent dès lors les chrétiens à réfléchir
avec eux sur les raisons de cette espérance qui les habite et la manière de
la raviver. La première raison de l’espérance chrétienne, expliquent-ils,
c’est la présence de Dieu au milieu de nous : "Noël, c’est la naissance
d’un tout petit enfant qui est Dieu, et qui pourtant subit un traîtement
indigne de la condition humaine." Mais, de la même manière qu’il n’a pas
abandonné son fils dans l’état d’abjection ou il se trouvait, il n’abandonnera pas non plus le peuple haitien dans sa détresse. De même, et c’est un
second motif d’espérance, Dieu reste fidèle à son plan de salut : bien
qu’on ait tenté de déjouer le plan divin, écrivent les évêques, Dieu a réalisé son dessein dans le Christ qui a pris naissance dans l’étable de
Bethléem.
"Dans la situation actuelle de notre pays, ajoutent les évêques, le
peuple haitien, menacé dans son existence et ses attentes légitimes, vit le
mystère de cet Emmanuel (...). C’est la troisième raison de notre espérance."
Les évêques demandent aux fidèles d’intérioriser davantage le mystère de
Noël. Au lieu de réduire Noël à son aspect profane et commercial, il importe d’être attentif à la dimension spirituelle de ce mystère. Les évêques
constatent qu’ "on est loin du message d’amour apporté par le Messie Sauveur" et se demandent comment on peut "massacrer froidement des êtres humains simplement parce qu’ils sont d’un autre camp", comment on peut
"détruire la vie d’un enfant, d’un vieillard sans défense", comment on peut
"mépriser la vie humaine au point d’assassiner des faibles et de les abandonner aux coins des rues".
Face à cette situation, les Haïtiens réagissent de différentes manières
: "certains se découragent, observent les évêques, d’autres essayent de
noyer leur misère dans la drogue ou l’alcool, ou envisagent l’évacuation
sous la forme de l’exil volontaire". D’autres, enfin, considèrent la violence comme l’unique moyen de changer la situation.
Pour les évêques, aucune de ces attitudes ne permettra de résoudre le
problême haïtien : "Seul le Christ peut nous aider à retrouver la véritable
attitude... à la suite du Christ (...), nous devons assumer la situation
comme une croix... non pas une croix de résignation passive, mais la croix
glorieuse qui a triomphé du péché et de la mort."
En conclusion, les évêques souhaitent aux Haïtiens de "vivre en hommes
et femmes d’espérance, c’est-à-dire de renoncer au mensonge pour vivre dans
la vérité, de renoncer à la haine pour vivre dans l’amour, de renoncer à la
violence pour vivre dans la paix et la fraternité".
Un protagoniste : le peuple
Par ailleurs, dans une déclaration séparée publiée "face à la grave crise que traverse le pays", les évêques réaffirment que "le personnage principal de Haïti, c’est le peuple haïtien" et que "personne n’a le droit de
se substituer à lui".
Les évêques se demandent "pourquoi on refuse de faire confiance au
peuple, pourquoi on veut le tenir en tutelle, le traîter en enfant, pour ne
pas dire en esclave". Ils souhaitent qu’on donne au peuple "la possibilité
d’exprimer son choix librement" et qu’on prenne le temps de l’écouter.
Les évêques répètent qu’ils sont avec le peuple haïtien et qu’ils veulent "l’accompagner fidèlement dans sa détermination de choisir, de manière
responsable et libre, ses mandataires".
Pour conclure, les évêques indiquent trois aspirations fondamentales du
peuple haïtien : la participation à des élections libres, le respect de la
liberté de l’eglise et de sa mission pastorale et l’unité du peuple haïtien. (apic/cip/bd)