"La foule n’en veut ni à l’Eglise haïtienne, ni au Vatican"
Port-au-Prince, 8janvier(APIC) Le secrétaire du nonce apostolique à Portau-Prince, un prêtre d’origine zaïroise, ainsi que le chauffeur de la nonciature, ont été blessés lundi matin lorsque la foule en colère est descendue dans la rue à l’annonce de la tentative de coup d’Etat du docteur Roger
Lafontant, un nostalgique de la dictature de Duvalier. Le nonce, arrivé il
y a quelques mois en Haïti, a été insulté publiquement et s’est enfui par
la fenêtre pour se réfugier dans une caserne de police proche.
Le nonce apostolique, Mgr Giuseppe Leanza, "a été bien molesté", a révélé mardi à l’agence APIC Necker Dessables, secrétaire exécutif de la Commission nationale haïtienne Justice et Paix. Ce n’est toutefois pas l’Eglise en tant que telle qui était visée, estime N. Dessables, mais l’archevêque de la capitale, Mgr François-Wolff Ligondé, apparenté à la belle-famille de l’ancien dictateur Duvalier et accusé de sympathie pour les macoutes.
Dans le cadre des troubles qui ont fait 38 morts lundi, des centaines de
manifestants, aux cris de "Aristide ou la mort", "A bas Lafontant, à bas
Ligondé", s’en sont pris à des locaux d’Eglise. "Ils n’en voulaient ni à
l’Eglise d’Haïti, ni au Vatican, mais à l’archevêque, qui se cache toujours", affirme le responsable de Justice et Paix. En effet, souligne-t-il,
si les manifestants ont mis le feu à l’ancienne cathédrale de la capitale
haïtienne - un monument colonial en bois que l’on restaurait justement - à
l’Institut pastoral de l’archidiocèse et au siège de la Conférence épiscopale, ils visaient uniquement Mgr Ligondé. L’archevêque de Port-au-Prince
avait fortement critiqué la semaine dernière le Père Aristide, président
élu d’Haïti, l’accusant de vouloir instaurer une nouvelle dictature. Ce
sermon a été considéré par de nombreuses personnes comme un appui anticipé
au coup d’Etat de lundi. "C’est pour cela qu’ils l’ont cherché lundi
partout dans la ville", poursuit-il.
La majorité de l’Eglise aux côtés du Père Aristide
Pour Necker Dessables, la majorité de l’Eglise se trouve aux côtés du
Père Aristide. A l’exception de l’archevêque, Mgr Ligondé, son auxiliaire
Mgr Louis Kébreau - un salésien comme l’était le Père Aristide avant son
exclusion de l’ordre en 1988 - et Mgr François Gayot, évêque de Cap-Haïtien, semble-t-il. "L’Eglise a accompagné le peuple haïtien pendant un bon
moment, et continue à le faire, mais les fidèles n’aiment pas l’attitude de
certains évêques comme Mgr Ligondé, qu’ils considèrent comme trop favorable
aux macoutes".
A son avis, la majorité de l’Eglise et de l’épiscopat ne se reconnaît
pas dans Mgr Ligondé, mais ce dernier n’est pas totalement isolé, "car les
évêques ont le sens de la solidarité entre eux". Ils l’ont d’ailleurs montré il y a quelques années en soutenant Mgr Ligondé attaqué par un mouvement qui lui reprochait ses compromissions passées.
La Conférence épiscopale ne s’est pas encore manifestée sur les événements de lundi, mais Mgr Willy Romélus, président de la Commission Justice
et Paix, a immédiatement dénoncé la tentative de coup d’Etat. Le P. Aristide bénéficie d’un important soutien dans la base du clergé. Il jouit de
sympathie renouvelée de la Conférence haïtienne des religieux (CHR) - et 43
prêtres de tous les diocèses et de toutes les congrégations religieuses ont
signé une déclaration officielle de soutien à son égard. Mais c’est dans le
peuple pauvre qu’il jouit d’un appui total : "Aristide, affirme Necker
Dessables, ne peut plus faire ce qu’il veut, il appartient au peuple
haïtien et le peuple haïtien le fait savoir!". (apic/kna/nd/be)