Fribourg, 11juillet(APIC) Les habitants de Haïti observent sans surprise
et même avec une bonne dose d’indifférence comment le conflit des pouvoirs
et la corruption gouvernementale pourrissent et aggravent de jour en jour
une situation de crise à l’origine de laquelle se trouve la dictature des
Duvalier. La destitution du président Leslie Manigat, pourtant élu à la
tête du pays il y a à peine plus de 5 mois, mais renversé le 19 juin après
le coup d’Etat militaire du général Henry Namphy, n’a assurément rien fait
pour arranger les choses. Face a cette situation, l’Eglise de Haïti pourrait bien jouer un important rôle. Pour beaucoup, elle est l’unique autorité morale pour aider à former une conscience sociale et politique.
La corruption endémique qui règne au niveau du pouvoir et des fonctionnaires de ce pays est l’une des principales causes du désastre économique
de l’île. Suffisament de lignes furent écrites à propos de l’immense richesse accumulée par "Baby Doc" Duvalier. Amassée sur le dos du peuple.
Point n’est besoin d’y revenir.
Après la chute du dictateur, la situation économique et certaines pratiques ne changèrent guère. "Le Conseil National du Gouvernement", à la tête
duquel se trouvait précisemment Henry Namphy, favorisa certes la création
d’une nouvelle Constitution et la naissance d’un "Parlement". Mais ces
quelques réformes ne parvinrent pas à rétablir la confiance. De loin pas.
Sa popularité auprès du peuple s’étant passablement perdue et le mécontentement social aidant obligèrent Henry Namphy à convoquer des élections,
franduleuses pour beaucoup, mais desquelles fut élu Leslie Manigat.
Situation confuse
Sa destitution ne fait que rendre plus confuse la situation. A ce propos, il n’est pas inintéressant d’observer jusqu’à quel point la concertation internationale pourrait influencer le sort de Haïti. Les Etats-Unis,
de leur côté, déclarèrent dans un premier temps vouloir continuer à reconnaître Manigat, le président destitué, avant de déclarer, à travers un porte-parole officiel, "Nous pouvons maintenir des relations avec le gouvernement d’un pays sans pour autant l’approuver". Visiblement, les Etats-Unis
ne tiennent pas à ce que se répète l’échec de ses pressions économiques au
Panama.
Mais d’autres observateurs se tournent du côté du Venezuela, pays considéré de grandes influences dans cette région du monde, après la position
adoptée par le président Jaime Lusinchi condamnant le coup d’Etat militaire. Depuis lors, le Venezuela exerce différentes pressions économiques
auprès du Général Namphy. Comme la suspension de l’assistance pétrolière
octroyée à Haïti, par exemple.
Au-delà des faits et des spéculations politiques, des calculs et des manoeuvres, les diplomates de la région se demandent si véritablement peut
exister pour ce pays la possibilité d’une démocratique. Tant les réelles
options allant dans ce sens, que pourrait prendre un gouvernement démocratique, semblent ténues à court et à moyen termes tout au moins.
Le fort taux d’analphabétisme qui affecte plus de 75% de la population
et l’indifférence politique des habitants constituent sans doute de sérieux
obstacles. Et l’absence ou presque d’organisations populaires et sociales,
ainsi voulues par les pouvoirs, n’a en rien facilité une action capable de
sensibiliser l’opinion face à l’exploitation dont est victime la grande majorité des haïtiens.
Le rôle de l’Eglise
Autre grand obstacle à la démocratie: les Forces Armées. Composés de
quelque 10.000 hommes, les divers secteurs de l’armée obéissent davantage à
un "caudillisme" plutôt qu’à une discipline militaire. Et ces forces, qui
représentent le pouvoir réel dans ce pays, savent que le contrôle du Gouvernement est une source d’enrichissements. Certains officiers ont d’ores
et déjà été accusés de délits de trafic de drogue et de contrebande par des
organismes internatinaux.
Devant ce panorama, constatent les observateurs, le rôle que jouent et
développent les évêques du pays devient de plus en plus important. L’Eglise
catholique est ainsi devenue l’unique instance capable de favoriser dans la
paix un véritable changement social. Les évêques haïtiens n’ont jamais manqué de dénoncer la situation politique et sociale particulièrement chaotique du pays. En précisant: "seuls un développement du peuple mis en confiance par une moralisation du secteur admninistratif, une réconciliation
et une solidarité de l’ensemble des citoyens, peuvent permettre une évolution". Certains groupes regardent l’Eglise comme étant l’unique autorité
morale capable de former au niveau des laïcs une conscience sociale et politique afin de diriger et de guider des groupes d’actions sociales.
Haïti est aujourd’hui dans l’attente des décisions et des actions que du
nouvel homme fort de Haïti après son coup de force militaire. Une chose
semble cependant certaine, l’Eglise peut être en mesure d’assumer ce qu’elle se propose: en termes de solidarité, à long terme, le développement social et culturel de la population de de ce pays. (apic/sela/pr)