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    Haïti: "l’épiscopat n’a pas tenu ses promesses" (250592)

    Jugement sévère du secrétariat de l’évêché de Jérémie

    Jérémie, (Haïti) 25mai(APIC) Le secrétariat de l’évêché de Jérémie porte

    un jugement très sévère sur les derniers gestes de la hiérarchie catholique

    haïtienne envers le président légitime Jean-Bertrand Aristide. Gestes qui

    paraisssent en contradiction avec ceux qui avaient été exprimés lors de son

    intronisation. Dans un document, adressé aux membres de la Conférence épiscopale du Brésil, le secrétariat de Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie,

    dénonce aussi fortement la nomination d’un nonce apostolique à Port-auPrince, alors que les autres Etats représentés en Haïti ont unanimement refusé de reconnaître le gouvernement de facto.

    La note de 10 pages prend résolument la défense du président Aristide,

    démontant point par point les arguments de ses détracteurs. Il s’agit d’un

    "survol des derniers développements religieux de la crise en Haïti". Elle

    revient aussi sur les circonstances de l’élection du Père Aristide, élu

    avec 67% des voix à l’issue d’un scrutin exemplaire.

    Le document rappelle les gages donnés alors par l’épiscopat lors de

    l’intronisation du président Aristide: par exemple, lors du "Te Deum" à la

    cathédrale où le président de la Conférence épiscopale salua "le grand événement": l’avènement en Haïti, d’un Etat de droit tant désiré et tant attendu, assurant que l’Eglise, dont la mission est d’accompagner ce peuple

    dans sa quête de mieux être et de justice, est de la partie..." Tous les

    évêques allèrent donner le baiser de paix au nouveau président, sous les

    applaudissements de la foule. "Une page semblait tournée", affirme le secrétariat de l’évêché de Jérémie, d’autant plus que "le Vatican était représenté à la cérémonie par Mgr Baldisseri, à l’époque chargé d’affaires".

    Un coup d’Etat dictatorial

    Survient alors le coup d’Etat du 30 septembre 1991. "Il a suffi d’une

    journée pour que la force brutale des armes ait raison du droit et de la

    résistance de deux mille citoyens pacifiques et non armés, particulièrement

    des jeunes". Dans un chaos délibérément créé par l’armée et des politiciens

    désavoués par le peuple, des duvaliéristes impénitents en profitent pour

    reprendre le contrôle du pouvoir. Le document critique au passage l’hypocrisie de ceux qui dénoncent l’embargo sous prétexte qu’il aggrave la misère du peuple, alors qu’ils sont préoccupés uniquement de leurs avantages

    personnels.

    La note fait état de la répression sauvage faite par les putchistes et

    des menaces dont sont l’objet des prêtres, des religieux, des catéchistes

    et l’évêque de Jérémie lui-même. Les signataires du document confirment

    l’arrestation arbitraire d’une religieuse vénézuelienne exerçant son apostolat dans le diocèse des Gonaïves, Soeur Clémencia Ascanio.

    Le revirement de l’Eglise

    "Le mois d’avril 1992 s’est achevé sur une note particulièrement attristante pour l’Eglise d’Haïti: la nomination de Mgr Lorenzo Baldisseri comme

    nonce apostolique", dénonce le document. "On aura beau dire que le Vatican

    tient compte des Etats et non des gouvernements, il n’en est pas moins vrai

    qu’un geste de cette nature est perçu par tous comme une caution politique

    à un "gouvernement" qui a usurpé le pouvoir légitimement mis en place par

    la volonté d’une grande majorité du peuple haïtien. Ce geste est présenté

    dans les médias comme étant d’autant plus grave et significatif que le nonce apostolique en Haïti est le doyen du corps diplomatique et que tous les

    autres Etats représentés en Haïti ont unanimement refusé de reconnaître le

    gouvernement de facto. Etant donné les circonstances tragiques créées par

    l’imposition d’une dictature sans pitié, comment arriver, en toute honnêteté et en toute vérité, à expliquer cette nomination insolite aux fidèles?

    Ces derniers ne peuvent oublier que durant les sept mois du gouvernement

    légitimement et constitutionnellement mis en place le 7 février 1991, Haïti

    n’a eu droit qu’à un chargé d’affaire de la part du Vatican".

    La confiance trahie

    Les signataires concluent. "Nul doute que le mode de présence de l’Eglise hiérarchique et de la conférence épiscopale d’Haïti au milieu des malheurs actuels qui frappent le peuple haïtien est une grande cause d’insatisfaction. On ne sent pas en effet que les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des plus pauvres de ce peuple meurtri, exploité,

    mais courageux et fier, sont partagées par la Conférence épiscopale comme

    telle. Nombreux sont ceux qui éprouvent le sentiment que la conférence

    épiscopale d’Haïti n’a pas tenu sa promesse de 1986 d’accompagner jusqu’au

    bout le peuple d’Haïti, premier acteur de l’histoire de ce pays". (apiccip/ba)

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