la réorientation de "Radio Soleil"
Bruxelles, 1août(APIC/CIP) La décision des évêques haïtiens d’installer
une nouvelle équipe à la tête de "Radio Soleil", station créée en 1978 sous
le signe de l’éducation populaire, continue de susciter de graves tensions
au sein de l’Eglise d’Haïti.
Après une soixantaine de journalistes, c’est au tour d’un groupe de
prêtres de faire entendre leur protestation. Le bulletin d’information sur
l’Amérique Latine "Dial" (Paris) vient d’en publier le texte. "Jusqu’à ce
jour, écrivent-ils, nous espérions que nos évêques, qui ont toujours prôné
le dialogue, reviendraient sur leur décision... Nous voulons leur redire
que nous croyons au dialogue et que nous sommes prêts à nous asseoir à une
table avec eux, dans la lumière de la foi du Christ."
La contestation suscitée par la réorientation de "Radio Soleil" illustre
bien la polarisation de l’Eglise haïtienne, avec, en toile de fond, la
controverse qui oppose les tenants de "l’Eglise des Pauvres" à l’Eglise
officielle, qui préfère parler d’"Eglise populaire".
A la tête de la station, qu’en décembre 1988 encore ils appelaient "la
radio des sans-voix", "le médium des masses haïtiennes", les évêques vont
installer une nouvelle équipe après la "démission" du religieux belge Hugo
Triest. Cette équipe est "connue dans le milieu pour son conservatisme",
écrivait en avril dernier "Haïti Information Libre" (France) et qualifiait
le remplaçant du Père Triest de "si conservateur qu’il dort même avec sa
soutane".
Les trois évêques chargés du dossier assignent à la nouvelle équipe un
nouveau but : "Dans le cadre de la mission de l’Eglise , c’est l’évangélisation. L’éducation, l’information et la récréation font partie intégrante
de cette mission." Plus question de "conscientisation", comme le constate
"La Croix" dans son édition du 29 juillet 1989. Le quotidien catholique
français ajoute : "Il s’agit, pour la hiérarchie de l’Eglise, d’assurer sa
suprématie sur la radio, afin d’éviter tout débordement qui rappellerait de
près ou de loin les prises de position très tranchées du Père Jean-bernard
Aristide, expulsé pour cette raison de l’ordre des Salésiens, en novembre
dernier, et aujourd’hui auréolé du titre non officiel de "porte-parole de
l’Eglise des pauvres". Lequel commente : "Je suis partagé entre la souffrance et la colère refoulée. Ils vont faire de "Radio-Soleil un instrument
de colonisation sous couvert d’évangélisation." (apic/cip/mg)