Haïti: Amnesty International dénonce la violence généralisée (210192)
Paris, 21 janvier(APIC) Amnesty International (AI) demande une intensification de l’action internationale contre les arrestations arbitraires, la
torture et les exécutions extrajudiciaires qui se poursuivent en Haïti,
quatre mois après le renversement du président Aristide. L’organisation de
défense des droits de l’homme prie l’ONU de se livrer à un examen minutieux
de la situation dans le pays en particulier lors de la prochaine réunion de
la Commission de droits de l’homme.
AI, se fondant sur les rapports d’avocats, de journalistes, de groupes
religieux et d’organisations de défense des droits de l’homme, a établi une
liste de quelque 300 personnes arrêtées arbitrairement depuis le mois de
septembre. L’un des cas les plus récents est celui de Jean-Claude Museau,
arrêté le 30 décembre. Sauvagement roué de coups, en particulier sur la tête, il est mort le 8 janvier apparemment des suites d’un passage à tabac
particulièrement brutal.
Le retour des "tontons macoutes"
Au moins une centaine de personnes ont été exécutées extrajudiciairement. D’autres ont été abattues lors de rassemblements ou dans les lieux
publics, en particulier dans les zones pauvres où le président Aristide
jouit d’un vaste soutien populaire. Dans la ville de Gonaïves, sept personnes ont été tuées et sept autres blessées par la police qui a ouvert le feu
sur des gens qui manifestaient en faveur du père Aristide. AI dénonce le
retour des chefs de la police rurale et d’anciens membres des sinistres
"tontons macoutes", dont les violations des droits de l’homme sous le régime Duvalier sont notoires.
Dans les villes comme dans les campagnes, les personnes les plus menacées sont celles qui ont pris position contre le coup d’Etat et qui ont dénoncé les violations des droits de l’homme: membres du clergé, journalistes, syndicalistes, étudiants et militants pour les droits de l’homme.
Beaucoup de ces gens ont vu leur maison ou leur bureau faire l’objet d’une
descente de police, d’autres ont été arrêtés dans la rue. Il est même arrivé que des stations de radio gouvernementales diffusent le nom des personnes qui allaient être la cible de représailles.
Massacres tous azimuts
Les "simples" citoyens sont aussi victimes de la répression militaire.
On a signalé le cas d’une femme et de son bébé de sept mois tués lors d’un
rassemblement par un soldat qui pensait avoir à faire à une manifestation
en faveur d’Aristide. Des gens ont été arrêtés, battus et torturés ou même
tués uniquement parce qu’ils vendaient des journaux d’opposition, écoutaient des radios étrangères, ou même regardaient une photo du père Aristide. 25 enfants au moins ont été arrêtés depuis le mois de septembre. Au
mois de novembre un garçon de treize ans a été arrêté à la sortie d’une
messe commémorative en même temps que 20 adultes. Sauvagement battu, il est
la seule personne du groupe à avoir échappé à la mort.
Amnesty International réitère aussi l’appel lancé au gouvernement américain pour qu’il veille à ce que les quelque 7’000 Haïtiens qui ont cherché
refuge aux Etats-Unis bénéficient d’une procédure de demande d’asile équitable. 500 Haïtiens ont déjà été renvoyés de force dans leur pays, sans la
moindre audience; depuis 2 mois, cependant, on a mis fin aux renvois systématiques. L’organisation se déclare très préoccupée par ce qui pourrait advenir des personnes renvoyées en Haïti. L’organisation a été consternée par
la décision du gouvernement américain lui refusant, en décembre dernier, de
rendre visite aux demandeurs d’asile haïtiens internés à la base navale
américaine de Guantanamo, à Cuba. Elle lui demande de revoir sa position
dans les plus brefs délais. (apic/com/mp)