Haïti: 5’000 chrétiens adressent une lettre ouverte à Jean Paul II
Port-au-Prince, 29juillet(APIC) Suite à l’accord le 19 juin, entre le
gouvernement provisoire, le parlement et l’armée, le nouveau premier ministre haïtien "de facto", Marc Bazin, a pris ses fonctions. "Nous avons des
preuves (...) que des pasteurs de l’Eglise catholique d’Haïti, assistés de
religieux de haut-rang ont travaillé dans l’ombre à la venue de ce ’nouveau’ gouvernement d’oppression installé ’manu militari’ aujourd’hui même
en présence hélas, de Mgr le nonce apostolique, assisté de Mgr l’archevêque
du Cap-haïtien et de Mgr l’auxiliaire de Port-au-Prince." Cette lourde accusation est faite dans une lettre ouverte adressée au pape Jean Paul II le
19 juin. L’agence de Diffusion de l’information sur l’Amérique latine
(DIAL) publie in extenso ce document de 8 pages dans sa dernière parution.
Quelques 5’000 personnes, laïcs, prêtres, religieux et religieuses
l’avaient déjà contresignée le 12 juillet. La lettre, rédigée sur un ton
douloureux et respectueux appelle le pape à intervenir directement pour
faire reconnaître à tous le droit du peuple haïtien à vivre libre.
"Nous voici. Où êtes vous? Où est le pape Jean Paul II aujourd’hui au
milieu de cette crise qui nous étouffe?" "En réfléchissant à cette crise
mortelle qui s’apesentit sur l’Eglise d’Haïti et sur notre société entière
(...) nous avons le sentiment que le Vatican porte une énorme part de responsabilité dans cette question." Malgré ce ton très direct et peu diplomatique, les auteurs viennent chercher auprès du pape "un secours de justice
et d’amour".
"Il faut que les choses changent ici"
Les signataires décrivent d’abord l’évolution de la situation en commençant par rappeler à Jean Paul II sa petite phrase prononcée à Port-au-Prince le 9 mars 1983: "Il faut que les choses changent ici". Ils soulignent
ensuite la régularité des élections qui ont amené le Père Jean-Bertrand
Aristide à la présidence et les efforts déployés durant sept mois pour tenter de redresser une situation catastrophique. Le coup d’Etat militaire du
30 septembre 1991 n’a apporté que soufrances et catastrophes au peuple haïtien, estiment les auteurs: 2’000 morts, 38’000 boat-people, des dizaines
de milliers de réfugiés à l’intérieur du pays. Sans parler de la répression
massive, de la terreur, du contrôle de la presse, ou encore de la remise en
liberté de criminels condamnés.
"Depuis lors, des rumeurs persistantes circulent sur la complicité du
Vatican dans le complot..." On tente "d’accréditer la fable que c’est le
Père Aristide qui, au début janvier 1991, a fait incendier la nonciature
apostolique et maltraiter le nonce et son secrétaire. De même pour
l’incendie du siège de la Conférence des évêques d’Haïti et de l’ancienne
cathédrale de Port-au Prince."
Selon les signataires le comportement du nonce actuel ne fait rien pour
démentir la participation du Vatican au complot pour renverser le président
Aristide. Personne n’est dupe de la distinction entre "les lettres de créances présentées à un gouvernement" et les lettres de créances présentées à
un Etat. Le pouvoir en place n’a pas manqué d’utiliser cette situation à
son profit. Certains, dans le pays, sont même persuadés, expliquent les auteurs, que c’est le nonce et quelques évêques qui ont demandé le "nettoyage" contre les prêtres, les religieux ou les laïcs opposés au gouvernement
actuel. Radio-Soleil, l’organe de l’épiscopat connue autrefois pour son intrépidité au service de la liberté et de la vérité est devenu le haut-parleur de la désinformation gouvernementale.
"Rappelez-vous les souffrances endurées par Haïti"
D’autres rumeurs circulent encore en Haiti selon lesquelles les services
du Vatican auraient fait connaître au président Bush la décision du pape de
ne pas se rendre en octobrte 1992 à St-Domingue si le Père Aristide était
rétabli dans ces fonctions à cette date. "Nous sommes navrés que de tels
bruits puissent circuler (...) Malheureusement nous n’avons rien qui puisse
nous porter à croire que le Vatican accorde son appui au peuple haïtien",
écrivent les pétitionnaires qui remercient cependant le pape pour deux gestes concrets: le message de solidarité après la noyade de 100 boat-people
et le versement de la quête du Jeudi-Saint à la basilique St-Pierre à Rome
en faveur des enfants haïtiens.
En prévision de la rencontre de St-Domingue, les Haïtiens adjurent le
pape de se souvenir de leur souffrance. Ils rappellent l’existence de l’esclavge des Haïtiens en République dominicaine, et l’oppression subie par
Haïti depuis 1492. "Veuillez exhorter tous les membres de l’Eglise, et spécialement ceux qui sont revêtus d’autorité, à se tenir du côté des pauvres." "Nous avons des preuves que les pasteurs de l’Eglise catholique
d’Haïti, assistés de religieux et de religieuses de haut-rang ont travaillé
dans l’ombre à la venue du nouveau gouvernement." Nous sommes sûrs que vous
aller "faire comprendre que démocratie et respects des droits humains sont
la condition première d’un changement en Haïti", déclarent les auteurs. La
lettre ajoute: "Aucune solution (...) n’est possible sans le retour du Père
Aristide à la présidence".
"Rappelez le nonce"
Le pape doit dénoncer aussi la politique discriminatoire des Etats-Unis
face aux réfugiés haïtiens. Le nonce apostolique qui, par "sa collaboration
avec le gouvernement, (...) contribue à enlever au peuple haïtien toute la
confiance qu’il aurait pu mettre dans l’Eglise", doit être rappelé.
"Très Saint-Père, nous comptons sur vous pour plaider notre cause en
sorte que (...) on accepte enfin de reconnaitre dans le concret le droit
d’Haïti de vivre en nation libre, en nation indépendante, en nation maîtresse de sa destinée".
"Nous offrons à Dieu toutes les souffrances, les injustices et les humiliations que subit notre peuple à l’heure actuelle, celles-là surtout qui
nous viennent de l’Eglise même. Nous les plaçons sur la croix de Jésus pour
qu’elles se transforment en sources de pardon (...) Nous les unissons aux
souffrances de Jésus dans le but d’arriver à bâtir une société (...) où
fleuriront partout justice, respect, dignité et amour", concluent les auteurs de la lettre. (apic/dial/mp)