Guinée: le pape salue la démocratisation en cours (240292)
Conakry, 24 février(APIC) Le pape Jean Paul II a entamé lundi la troisième
et dernière étape de son huitième périple africain - le 54 voyage hors
d’Italie - en se rendant en Guinée. L’occasion, pour le pape, qui venait de
quitter la Gambie, de rappeler les épreuves endurées par l’Eglise sous le
régime de Sekou Touré et de s’adresser aux musulmans du pays en déclarant
être venu "en ami des hommes et en messager de la paix".
Il était 10h30 quand Jean Paul II est arrivé à Conakry, la capitale de
la Guinée, où il a été accueilli par le président Lansana Conté, porté à la
tête du pays après le coup d’Etat du 26 mars 1984, au lendemain de la mort
de Sekou Touré.
A son arrivée, le pape a rappelé les épreuves endurées par l’Eglise sous
le régime autoritaire de Sekou Touré, le père de l’indépendance: confiscation des biens de l’Eglise, renvoi de tous les missionnaires étrangers
(1967), emprisonnement en 1971 de l’archevêque de Conakry, Mgr Tchidimbo,
libéré en 1979 seulement... "Hélas, a constaté le pape, l’histoire récente
de la Guinée témoigne qu’une terre heureuse peut temporairement se transformer en une vallée de larmes".
Le redressement national
Le pape a ensuite loué l’oeuvre accomplie par la IIe République. La démocratisation est en cours en Guinée depuis 1984, et le 3 avril prochain
entrera en vigueur la loi organique prévoyant la libre formation et les activités de tout parti politique. A propos des relations avec l’Eglise catholique, les relations diplomatiques avec le Vatican ont été rétablies dès
le 20 juin 1986.
Le pape pensait à ces acquis en s’adressant au président Lansana Conté:
"Monsieur le président, lui a-t-il dit, vous avez su entreprendre avec sagesse et énergie une oeuvre courageuse de redressement national, malgré
bien des difficultés. Les initiatives privées et collectives ont repris. Un
cadre juridique a été élaboré. Il consacre l’égalité et la fraternité de
tous les fils du pays, sans distinction de race, d’origine ou de religion".
Aux catholiques (2% de la population), Jean Paul II a dit espérer que sa
visite permettra à l’Eglise de Guinée "de se renouveler et de se sanctifier
afin de donner un témoignage toujours plus fidèle de Jésus-Christ".
S’adressant aux musulmans (70% de la population), il a dit être venu "en
ami des hommes et en messager de la paix". Il a rendu grâce à Dieu du "climat de convivialité pacifique qui existe dans ce pays entre les musulmans,
les chrétiens et ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses".
Hommage à Mgr Tchidimbo, et aux chrétiens persécutés
Le pape est revenu dans la matinée sur la persécution de l’Eglise, au
cours d’une messe célébrée dans la cathédrale de Conakry où étaient rassemblés le clergé et les laïcs guinéens. Parlant de "la longue éclipse de la
proclamation de l’Evangile dans le pays", il a exprimé "toute l’affection
que j’éprouve pour des frères et des soeurs qui ont souffert à cause du nom
de Jésus et qui ont tenu bon". Le pape a ensuite adressé un salut fraternel
à Mgr Raymond-Marie Tchidimbo, qui "a mené le dur combat dont nous a parlé
l’apôtre". Il a souffert pour le Christ et pour l’Eglise et "à ce titre, il
a droit à une estime et à une affection particulières de la part des chrétiens".
S’adressant aux prêtres, le pape a souligné l’importance du ministère de
la réconciliation, qui est "de grande valeur et d’actualité après tant
d’années de souffrances et de douloureux souvenirs accumulés". Il a en outre invité les prêtres à être "des artisans de paix" et à avoir "une parole
d’espérance pour tous les fidèles, et tout spécialement pour les jeunes, en
butte aux difficultés de la vie à cause d’une ouverture soudaine du libéralisme et durement frappés par le chômage".
Jean Paul II a ensuite rendu un vibrant hommage aux catéchistes, qui
"ont su combler le vide laissé par le départ des pasteurs pendant les années de persécutions". "C’est grâce à vous, leur a-t-il dit, que les chrétiens de Guinée, isolés, privés de prêtres, empêchés de communiquer avec
l’extérieur, ont tenu bon".
L’égale dignité de tous les êtres humains
Dans l’après-midi, Jean Paul II s’est rendu au Palais des Nations pour
une visite de courtoisie au président Lansana Conté. Dans la soirée, il a
rencontré les jeunes sur l’esplanade du Palais des Nations, un centre culturel construit par les Chinois en 1967. La rencontre revêtait un caractère
interreligieux et le pape a dit combien il appréciait la présence de musulmans parmi les jeunes. Le pape a traité notamment de la dignité de la personne humaine: "Quand la personne est humiliée, quand on ose porter atteinte à la vie, on tombe dans la barbarie." "Trop souvent dans la société la
femme est considérée comme un objet au service de l’homme." A propos des
enfants Jean Paul II a rappelé: "C’est toute la société qui doit être solidaire pour aider les enfants dans leur croissance et pour assurer leur éducation dans de bonnes conditions". (apic/cip/jt/pr)