Guerre du Golfe: réactions de Mgr Gaillot et de Mgr Lustiger (140291)
Paris, 14février(APIC) "Ceux qui parlent de guerre juste ou morale feraient bien de commencer par balayer devant leur porte", déclare Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Evreux, dans une "Lettre ouverte à ceux qui prêchent
la guerre et qui la font faire aux autres", un ouvrage de 161 pages qui
vient de sortir chez Albin Michel.
Mgr Gaillot est bien d’accord: Saddam Hussein est un tyran et il faut
l’empêcher de continuer à violer les frontières et les peuples. "Mais n’at-il en face de lui que ’des chevaliers blancs’ ? La justice sera-t-elle
rétablie une fois qu’il se sera retiré du Koweït, dès lors qu’elle verrait,
demain comme hier, quelques émirs et leurs familles disposer de tant de richesses face à leurs frères arabes déshérités ?", interroge-t-il.
Et l’évêque d’Evreux de se demander qui aujourd’hui se drape dans la morale internationale. La France et les Etats-Unis ne sont pas hors de cause:
"Qu’a fait la France, troisième producteur mondial d’armements, avec
l’Irak? Et qu’ont fait les Etats-Unis pour le Tibet (où il n’y a pas de pétrole), passé sans coup férir du statut d’Etat indépendant et souverain à
celui de colonie opprimée ?"
Mgr Gaillot se méfie du mot "pacifiste", qui implique l’idée d’un refus
du combat. Or il est prêt à "monter au front", mais avec pour seule arme
"l’utopie de l’Evangile". Il est très sévère à l’égard des évêques français, qu’il juge "silencieux, sourds et sans urgence".
Le cardinal Lustiger contre l’emploi d’armes chimiques
Pour sa part, interviewé à la radio le 12 février, l’archevêque de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger, a condamné l’utilisation dans la
guerre du Golfe d’armes non conventionnelles: si l’on répond à "quelqu’un
qui emploie des armes non conventionnelles proscrites par les Accords internationaux avec les mêmes armes, on devient semblable à celui qu’on combat... La morale a ceci de particulier qu’on doit la respecter à n’importe
quel prix, et le manque de respect de la morale entraîne toujours une corruption du vainqueur autant que du vaincu".
L’archevêque de Paris s’exprimait à la suite des critiques adressées par
les principaux dirigeants de la droite à François Mitterrand, qui avait
qualifié de "recul de la barbarie" le recours aux armes non conventionnelles. Expliquant que "le recours à la guerre n’est pas toujours illégitime,
c’est un cas extrême", le cardinal a précisé qu’il ne bénissait pas les canons, pas plus qu’il ne défile avec les pacifistes. "La solution n’apparaît
pas si simple. Il y a une guerre, c’est un grand mal, il faut en sortir en
essayant de sauver le droit", a-t-il ajouté. (apic/cip/cor)