Guerre du Golfe: interview de Jean-Pascal Delamuraz (210191)
des Eglises "un message infatigable de paix"
Lausanne, 21janvier(APIC) Les manifestations de pacifistes qui ont lieu
des derniers jours un peu partout en Suisse apparaissent aux yeux du Conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz comme un véritable "cadeau fait unilatéralement à ceux qui transgressent et le droit des gens et les valeurs
humaines les plus fondamentales". Dans une interview accordée au "Service
de presse protestant vaudois" ( SPP) à Lausanne, le Conseiller fédéral aborde aussi la question des exportations d’armes de la Suisse, après avoir
répondu sur ce qu’il attend actuellement des Eglises, "face à l’angoisse et
au désespoir de la population".
"Le désespoir de la population est aussi le désespoir du gouvernement
lorsqu’il constate que tous les moyens de paix, toutes les voies politiques
et diplomatiques n’ont pas suffi, depuis le 2 août, à éviter le déclenchement militaire. Mais à ce profond désespoir correspond aussi un espoir: celui que le droit international et les intérêts humains qui lui sont associés de si près puissent ne pas être bafoués plus longtemps et que la réponse, hélas militaire en l’occurrence, puisse mettre un terme aux scandaleux désaveux dont se sont rendus coupables les attaquants".
"Cet espoir est d’autant plus grand - et nous conduit à imaginer un engagement militaire d’autant plus court - que nous ne sommes pas en présence
d’un affrontement bilatéral, mais d’un affrontement très largement multilatéral. Nous voyons, pour la première fois dans l’histoire, l’Organisation
des Nations Unies capable de grouper des Etats de bonne volonté, de l’Est
et de l’Ouest. C’est un sentiment qui corrige le malaise et la profonde déception qu’engendre en nous le déclenchement de ces opérations. Dans ce
climat d’angoisse et d’attente, les Eglises ont en tout cas une tâche à
poursuivre "infatigablement": c’est un message de prière et de paix".
Une action de "pacification avec les méchants
A la question de savoir comment J.-P. Delamuraz accueille les nombreuses
manifestations de pacifisme qui ont eu lieu ces derniers jours dans les
villes suisses, le Conseiller fédéral répond: "Après la libération dans les
pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale dès fin 89, nous nous sentions
libérés d’un poids terrible qui a pesé sur la majeure partie de nos vies j’ai vécu des années dans une Europe coupée et dont la moitié était oppressée. A cette admirable libération a succédé, pour nous le rappeler cruellement, le temps de l’usage des moyens militaires et de l’occupation. Or
nous voyons que les moyens pacifiques de mettre un terme à cette occupation
ont échoué. Pourtant ils ont été engagés, et pas par quelques interlocuteurs épars, mais par la large majorité de la communauté mondiale, ONU en
tête".
"Si ces efforts n’ont pas abouti, renoncer au paroxysme militaire, comme
le prétendent les tenants du pacifisme, c’est hélas reconnaître la primauté
de la force unilatérale, c’est hélas admettre l’échec du droit des gens,
c’est hélas promettre des populations entières à l’opprobe et au servage.
Cela, vous ne pouvez pas l’imaginer. Si vous mettez en présence les valeurs
qui sont portées de part et d’autre, le pacifisme pour le pacifisme - que
je respecte - est en l’occurrence, qu’on le veuille ou non, une action de
pacification avec les méchants, avec les tyrans. Voilà à quoi, réellement
et finalement, il aboutit. Qu’il continue de prêcher et de nous inciter à
vouloir inlassablement combattre l’usage de la force contre la force! Mais
dans l’état imparfait du monde, qui apparaît à nos yeux aujourd’hui, sans
cette contre-force, c’est véritablement un cadeau fait unilatéralement à
ceux qui transgressent et le droit des gens et les valeurs humaines les
plus fondamentales".
Livraisons d’armes: "des critères précis et sûrs"
La question des exportations d’armes, exclues vers des pays en guerre,
est également abordée par le SPP, qui relève que le Conseil fédéral a admis
ces livraisons aux pays qui participent à la force multinationale, avec la
garantie que les armes ne seront pas utilisées dans le conflit du Golfe,
mais uniquement à des fins défensives. Quels moyens avez-vous de vérifier
l’usage qui sera fait de l’armement exporté par la Suisse?, demande le SPP.
Pour J.-P. Delamuraz, "la distinction à opérer entre matériel de guerre
servant directement dans le conflit et d’autres matériels de guerre ne sera
établie que là ou elle peut l’être, où les critères de vérification et de
bonne foi sont précis et sûrs. Dans les cas où quelque ambiguïté apparaîtrait, l’interdiction s’appliquera. Mais il est évident qu’avec des interlocuteurs dont nous connaissons tout à la fois l’éthique et les pratiques
ce distinguo peut être établi, et il le sera".
A la question de savoir dans quelle mesure les exportations d’armes, que
l’on peut juger conformes à la raison d’Etat, sont-elles conformes à la morale d’Etat? le Conseiller fédéral déclare: "La morale d’Etat se trouve
justifiée dans le sens qu’une contribution technique de notre industrie
peut participer à la défense des peuples et de leurs libertés face à des
attaquants potentiels qui, aujourd’hui, sont heureusement moins nombreux
mais hélas continuent d’exister. La preuve nous en est fournie ici: le refus de cette protection serait un acte de complaisance à l’égard de ceux
qui veulent transgresser le droit. Nous n’avons pas à jouer cette hypocrisie-là. (apic/spp/pr)