Guatémala: le retour des exilés a commencé (260193)
Paris, 26janvier(APIC) Le Guatémala sort du cauchemar. Après 20 ans de
guerre, de répression, de massacres des populations indiennes, les premiers
réfugiés en provenance de la région du Chiapas, au Mexique ont retrouvé
leur pays. Samedi 23 janvier, un premier convoi de 66 autobus ayant à leur
bord 2500 réfugiés, est rentré au Guatémala derrière Rigoberta Menchu, Prix
Nobel de la Paix. Tout au long du parcours entre la frontière et la capitale, la population guatémaltèque leur a fait un accueil triomphal. Ce premier retour s’est fait en dépit des obstructions venant tant de l’armée que
des hommes politiques. Il reste cependant encore des centaines de milliers
de réfugiés à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Le gouvernement guatémaltèque a récemment accepté le dialogue avec les
mouvements de guérilla et les mouvements de réfugiés. Le 6 octobre 1992,
des accords ont été signés en vue du retour du million de Guatémaltèques
qui ont trouvé refuge soit à l’extérieur du pays, au Mexique en particulier, soit dans les régions montagneuses du Guatémala. Ces retours qui
viennent de commencer devraient s’échelonner jusqu’à la fin février. Ils
dépendent toutefois du bon vouloir de l’armée et de sa décision d’accepter
de collaborer ou non à la pacification réelle du pays.
Ces accords ont été signés par la commission permanente des réfugiés
guatémaltèques et le gouvernement. Ils garantissent le retour volontaire,
collectif et organisé des réfugiés ainsi que leur droit à reprendre possesion de leurs terres. La liberté d’organisation et d’association, le droit
à la vie et à l’intégrité physique, le droit à la libre circulation à l’intérieur et à l’extérieur du pays sont également prévus dans les accords.
Les Nations-Unies, diverses Commissions des droits de l’homme et l’Eglise
catholique, à travers de Mgr Prospero Penados del Barrio, archevêque de Guatemala-Ciudad, ont fait office de médiateurs.
L’armée va-t-elle accepter les retours collectifs?
Pour le Père Charles Antoine, directeur de l’Agence "Diffusion de l’Information sur l’Amérique latine" (DIAL), le retour des réfugiés nous oblige
à nous poser cette question: "L’armée va-t-elle changer de stratégie face
aux populations indiennes?". Le gouvernement se trouve dans une situation
difficile; d’une part, l’image internationale du pays souffre du retard des
négociations, d’autre part il doit tenir compte de l’armée qui représente
un Etat dans l’Etat. Comment va réagir l’armée face à ces retours collectifs qui pourraient mettre en péril sa stratégie militaire de contrôle des
populations? Des retours individuels permettraient aux militaires de garder
un contrôle beaucoup plus efficace de la population.
"L’arrière-cour des Etats-Unis"
La situation en Amérique centrale dépend beaucoup des intentions des
Etats-Unis. Dans le passé et maintenant encore, "la question cubaine" a
fortement influencé la politique économique et militaire des stratèges américains. Tous les coups d’Etats mis en place et préparés par les Etats-unis
dès les années 60, ont été ordonnés aitour d’une stratégie anti-Cuba. Le
Guatémala, le plus proche de "l’arrière-cour des Etats-Unis", selon l’expression du président Ronald Reagan, a subi une répression particulièrement
dure. Aidée par les stratèges américains, l’armée a mis au point une double
technique de répression: les massacres de population et l’enlèvement des
opposants au régime politique.
Le rôle de l’Eglise catholique
La repression s’est également exercée envers l’Eglise catholique accusée, d’être "un élément au service de la guérilla, alors qu’elle a simplement tenu son rôle de conscience sociale et de médiation politique", précise encore Charles Antoine. Dans les années 80, l’archevêque de la province
de Quiché a même retiré les religieuses et les prêtres de leurs paroisses
après que nombre d’entre eux aient été assassinés. L’épiscopat guatémaltèque a produit des documents pastoraux de grande valeur. En 1988, la lettre
pastorale collective des évêques: "Le Cri pour la terre", touchait le problème fondamental des Indiens. Par leur insertion dans les milieux pauvres
et indiens, les prêtres et les religieuses ont vraiment mis en application
les Conférences de Médellin et Puebla. Il faut aussi mettre en valeur le
travail capital d’éveil des consciences entrepris par les laïcs dans les
communautés indiennes. Beaucoup l’ont d’ailleurs payé de leur vie. (apicecl/ba)