Grèce: violation délibérée des droits de l’homme en matière (161192)
Bruxelles, 16novembre(APIC) "La Grèce viole délibérément les droits de
l’homme, en particulier la liberté de religion et de conviction ainsi que
le droit à l’objection de conscience". Ces accusations sont formulées par
l’association belge "Droits de l’Homme sans frontières" dans un dossier
spécial de 48 pages.
En 1938-39, explique l’organisation belge, des lois déniant notamment
aux croyants non-orthodoxes le "droit de manifester leur religion ou leurs
croyances collectivement ou par l’enseignement avaient été adoptées. Ces
lois, qui rendent obligatoire la délivrance d’un permis d’Etat pour la
construction et la création de lieux de cultes non-orthodoxes et prévoient
des dispositions pour expulser les étrangers engagés dans des activités de
prosélytisme, sont encore et toujours en vigueur. Avec leurs lots de restrictions comme l’accès au territoire aux ecclésiatiques et évangélistes
non-orthodoxes ou encore en ce qui concerne la publication, la diffusion et
l’importation de littérature religieuse non-orthodoxe. Le non-respect des
lois du général Metaxas (1930), est passible de peines de prison et d’amendes.
Ces huit dernières années, affirme "Droits de l’homme sans frontières",
près de 2’000 citoyens grecs non-orthodoxes ont été arrêtés en vertu de ces
lois et 400 condamnations ont été dictées. Le 28 novembre prochain, la Cour
européenne des droits de l’homme à Strasbourg aura d’ailleurs à se prononcer sur la plainte déposée contre l’Etat grec par Minos Kokkinakis, condamné par les tribunaux de son pays pour cause de prosélytisme contre l’Eglise
orthodoxe.
Le dossier de "Droits de l’homme sans frontières" présente une documentation abondante sur cette affaire. On y trouve également des extraits de
deux rapports récents de l’ONU sur la liberté religieuse dans le monde,
rapports dans lesquels la Grèce est mise sur la sellette. Des articles et
des déclarations publiques d’éminents juristes grecs, dont Phedon Vegleris,
défenseur de Kokkinakis, sont sans complaisance à l’égard de la Grèce.
Ingérence orthodoxe
La Grèce apparaît dans le dossier comme un Etat religieux où l’ingérence
de l’Eglise orthodoxe est, dans certains domaines, tout à fait institutionnalisée. Le ministre de l’Education et des Cultes traduit bien cette interpénétration de la sphère religieuse dans la sphère politique, assure l’organisation. Cette situation est source de discriminations professionnelles
graves et a été maintes fois dénoncée par la presse grecque, comme en témoignent des coupures traduites du grec par l’associations belge.
"Dans les écoles publiques, les écoles privées et même les écoles payantes, précise-t-on, des lois interdisent l’accès à la profession d’enseignant à toute personne n’étant pas de religion orthodoxe. L’enquête sur
l’appartenance religieuse des candidats est systématique et est menée avec
la collaboration active de l’Eglise orthodoxe. Des catholiques, des protestants et des baha’is en sont régulièrement victimes".
Entre 400 et 500 objecteurs de conscience...
La question des restrictions de la liberté religieuse n’est pas la seule
à figurer au chapitre des violations délibérées des droits de l’homme. Celui consacré à l’objection de conscience en Grèce s’ouvre sur un historique
de la question. En 1949, deux objecteurs furent condamnés à mort et exécutés. La dernière condamnation à mort a été prononcée en 1966 et son application n’a été évitée que grâce aux multiples pressions de la communauté
internationale.
Actuellement, les objecteurs sont condamnés à quatre ans de prison et
leur nombre varie entre 400 et 500. Leurs conditions de détention dans les
prisons militaires et agricoles sont du reste décrites dans un rapport rédigé par Willy Fatré et Elisabeth Pröhl, suite à deux missions d’enquête
effectuées sur place en 1991.
Des publications officielles de l’ONU et d’Amnesty International viennent renforcer les accusations et les conclusions de "Droits de l’homme
sans frontières": "La Grèce viole délibérément la liberté de religion et de
conviction, ainsi que le droit à l’objection de conscience". (apic/cip/pr)