Graz: Vers la constitution d’un réseau (160692)
Une plaque-tournante à Vienne
Graz, 16juin(APIC) Une trentaine de publicistes catholiques d’Europe de
l’Est et de l’Ouest se sont retrouvés vendredi dans le centre d’impression
ultramoderne de la maison d’édition catholique autrichienne "Styria", à
Graz, pour étudier la "faisabilité" d’un réseau d’information catholique en
Europe centrale. Les agences de presse catholiques de langue allemande regroupées depuis 30 ans au sein du "Centrum Informationis Catholicum" (CIC)
- il s’agit de KNA en Allemagne, KIPA-APIC en Suisse et Kathpress en Autriche - sont les partenaires naturels d’un tel réseau en gestation.
Placée sous l’égide de la CLIRCA - nom latin de l’Association pour la
promotion du travail des médias dans le domaine religieux en Europe de
l’Est - cette rencontre rassemblait des journalistes, éditeurs et responsables de médias catholiques de Russie, de Slovénie, de Croatie, de Hongrie,
de Pologne, de Roumanie, de Slovaquie, de Bohème et de Moravie, d’Autriche,
d’Allemagne et de Suisse. Fondée il y a deux ans, la CLIRCA - dont le siège
est à Vienne - s’est donnée plusieurs champs d’activités, notamment dans le
domaine de l’édition, du développement technique et de la formation journalistique dans les pays anciennement communistes.
Une aide à la fondation de l’agence oecuménique croate "KIS"
La CLIRCA a établi des contacts dans tous ces pays, à l’exception de
l’Albanie. Elle a pu également aider à la mise sur pied de l’agence d’information oecuménique croate "KIS" à Zagreb, en fournissant une aide au niveau financier, technique, et de la formation journalistique. Les participants ont énoncé les critères journalistiques requis pour une collaboration
avec, par exemple, des services de presse de conférences épiscopales ou des
agences de presse catholiques dans les pays anciennement communistes. Ils
ont également étudié les modalités pratiques d’un réseau d’échange d’informations dont la plaque tournante devrait être l’agence Kathpress à Vienne.
Présent à la rencontre en compagnie de Hans-Peter Röthlin, sous-secrétaire de la Commission pontificale des moyens de communication sociale à
Rome, le vicaire épiscopal de St-Gall Ivo Fürer, secrétaire général du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), s’est réjoui de la fondation de ce réseau, que le CCEE appelle de ses voeux depuis longtemps. C’est
qu’il y a dans les Eglises occidentales un très grand déficit informationnel au sujet des événements religieux en Europe centrale et orientale.
A cette occasion, le cardinal Franz König, ancien archevêque de Vienne
et pionnier de l’"Ostpolitik" du Vatican dans les années 60, a également
salué la collaboration qui se met sur pied entre les médias catholiques de
l’Est et de l’Ouest. Il estime que le CIC est un point de départ précieux
pour un tel réseau, qui pourrait également s’étendre dans une autre aire
linguistique.
Non à l’Eglise qui monologue
Après avoir décrit l’immense rôle qu’a joué le continent européen dans
l’histoire de l’humanité, le cardinal König a tenu à souligner que, si
l’Europe n’a jamais été "chrétienne" au vrai sens du mot, elle a bel et
bien des racines chrétiennes. Ainsi, beaucoup de ce qui forme aujourd’hui
le bien commun de l’humanité vient de cet héritage: le respect de la personne et de sa dignité qui puise sa source dans le fait que l’homme a été
créé à l’image de Dieu. A cela s’ajoute la défense d’un espace de liberté
dans la société contre tout appétit de pouvoir despotique de l’Etat. A la
fin de ce XXe siècle, avec les terribles expériences du totalitarisme et
d’un égoïsme sans bornes, il est bon que l’on se le rappelle, a-t-il dit.
Evoquant les nostalgiques qui voudraient se réfugier à nouveau derrière
les fortifications d’avant le Concile Vatican II, le cardinal König a estimé que ce serait une illusion de croire que cette fuite correspond aujourd’hui encore aux exigences du temps. Et de relever qu’à l’occasion de
Vatican II, la chrétienté catholique est redevenue consciente que l’Eglise
ne peut pas être comprise comme une entreprise multinationale avec ses nombreuses filiales dans le monde et dont le siège central se trouverait par
hasard à Rome.
L’Eglise est au contraire, affirme-t-il avec force, une communauté, une
"communio", le peuple de Dieu en marche à travers les temps, composé de
laïcs, de prêtres, d’évêques, avec le pape à sa tête. Ainsi, les évêques ne
sont pas les directeurs d’une filiale d’une transnationale, mais chacun
d’entre eux représente de façon indivise le mandat donné par le Christ aux
Apôtres. Et l’ancien archevêque de Vienne de rappeler cependant que, de la
même manière que le Christ a choisi Pierre comme le rocher sur lequel il a
bâti son Eglise et lui a donné le mandat de fortifier ses frères, le pape,
comme successeur de saint Pierre, a reçu le mandat particulier de garantir,
dans la diversité existante, la nécessaire unité de la foi et de la vie. Et
de relever qu’avec l’expression "communio", l’on s’approche du domaine des
médias. En effet, n’y a pas de communion sans communication.
La peur de la "contamination" spirituelle et morale
Plusieurs intervenants - et le cardinal König l’a également relevé - ont
remarqué que dans plusieurs pays de l’Est, des membres de la hiérarchie,
notamment "des évêques certainement mal conseillés", ont tendance à vouloir
une "Eglise de monologue" et non une "Eglise de dialogue". Justifiée par la
peur de la "contamination" morale et spirituelle par les maux de la société
libérale occidentale et par un cléricalisme assez répandu de l’autre côté
de l’ex-"rideau de fer", cette attitude, de l’avis des participants à la
rencontre de Graz, n’a aucun avenir. Elle risque même de faire perdre à
l’Eglise, dans sa confrontation avec la modernité et la société pluraliste,
le haut degré de popularité et de crédibilité acquis durant les années de
persécution. (apic/be)