Soeur Jeanne Berchmans avait sauvé une famille juive
Givisiez/FR, 9décembre(APIC) "Merci beaucoup de m’honorer, j’ai pourtant
fait bien peu de choses... On ne peut dire que j’aie été courageuse, c’est
une grâce de Dieu qui m’a mise en ce moment-là". Dimanche après-midi, à la
maison Ste-Jeanne Antide à Givisiez, Soeur Jeanne Berchmans avait de la
peine à contenir son émotion. Pour avoir sauvé durant la guerre une famille
juive des griffes nazies, elle recevait la médaille et le diplôme des "Justes parmi les Nations" des mains de Raphaël Gvir, ambassadeur d’Israël en
Suisse.
Cette distinction est la plus haute conférée par Yad-Vashem, l’Institut
national d’Israël pour la commémoration des martyrs et des héros de l’Holocauste, récompense l’action désintéressée de ceux qui ont sauvé des juifs
des camps de la mort nazis, réalisant la devise inscrite sur la médaille:
"Qui sauve une vie, sauve l’Humanité tout entière".
L’émotion était d’autant plus intense que parmi la soixantaine de participants à la petite cérémonie se trouvait Mme Renée Leder-Wittels, une
Viennoise aujourd’hui âgée de 68 ans, qui fut cachée avec sa mère et son
petit frère Bruno par les soeurs de la Charité dans l’Institut du SacréCoeur de Crête-Thonon, à Thonon-les-Bains. Les Wittels avaient fui l’Autriche en 1938, après l’"Anschluss" par l’Allemagne nazie, et une partie de la
famille put trouver refuge dans des pays sûrs. Réfugiée à Paris, la famille
fut à nouveau chassée par l’invasion allemande et errait dans la zone nonoccupée, sous la menace constante de la police de Vichy.
C’est l’abbé Rosay, curé de Douvaine (qui mourra plus tard en camp de
concentration), qui a adressé la famille à Soeur Jeanne Berchmans, qui parlait allemand. La religieuse, originaire de Bremgarten, enseignait alors le
français, l’allemand, la sténo et la dactylo, dans cet Institut de HauteSavoie qui accueillait quelque 400 filles. "Mais au-delà de l’enseignement
et de la piété, Soeur Jeanne Berchmans allait également donner la preuve,
dans les circonstances dramatiques de l’époque, et de la manière la plus
éclatante qui soit, des qualités qui sont celles de l’ordre religieux auquel elle appartient: la compassion, la charité et le dévouement en faveur
du prochain", releva l’ambassadeur israélien dans sa "laudatio".
Et surtout, soulignant les risques encourus - la Gestapo n’était pas
tendre avec ceux qui cachaient des juifs pendant l’occupation - Raphaël
Gvir rappela un épisode dramatique vécu dans le Pensionnat de Crête-Thonon:
les Allemands y effectuant une rafle, Soeur Jeanne Berchmans cacha la famille Wittels dans une chambre et réussit à dissuader les soldats d’y pénétrer en affirmant que s’y trouvaient des malades contagieux atteints de
scarlatine. Ce "pieux mensonge" permit de sauver cette famille, qui fut hébergée par les religieuses jusqu’à la libération, dans le plus grand secret, puisque seules quelques soeurs savaient qui étaient vraiment ces réfugiés ne parlant pas français et que l’on faisait passer pour des "Alsaciens".
Citant François de Sales, la supérieure de la maison de Ste-Jeanne Antide de Givisiez a conclu cette sobre cérémonie par une affirmation du saint
évêque résumant admirablement ce qu’a fait Soeur Jeanne Berchmans : "Le
bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit!" Quant à Soeur
Jeanne Berchmans, émue aux larmes, elle a relevé la nécessité de rappeler
cette sombre période historique aux générations futures et de beaucoup
prier pour qu’elle ne se répète jamais plus.
Jacques Berset