"Nous faisons face au SIDA avec compassion" explique Soeur Edgitha
Le SIDA fléau de tous les dangers
Accra, 13août(APIC) Jusqu’à une date récente, l’Afrique occidentale
était considéré épargnée par le fléau que constitue le SIDA sur le plan
tant social, qu’économique ou sanitaire. Dans certaines régions, l’ampleur
du SIDA a déjà atteint celle d’une épidémie. Au Ghana les membres de
l’Eglise catholique combattent le SIDA sur plusieurs fronts: l’éducation et
la prévention, le conseil et les soins médicaux, ainsi que les soins à domicile et l’aide économique apportés aux sidéens et à leurs familles. Les
hôpitaux de la mission catholique ont dianostiqué la majorité des cas de
SIDA et de VIH recensés au Ghana. Un comité national, composé des personnels de santé travaillant dans les hôpitaux et les centres de santé de la
mission catholique, se réunit régulièrement pour planifier la lutte contre
la SIDA. "Nous faisons face au SIDA avec compassion", explique Soeur Edigtha, membre du comité-SIDA du diocèse catholique d’Accra.
Cette approche se concrétise dans le travail de la clinique St-Martin à
Agomanya, ville située dans la province orientale du Ghana. C’est dans cette province, plus précisement dans le district de Manya-Krobo que l’on l’on
enregistre le plus grand nombre de cas de SIDA et de séropositivité 455 en
88, 434 en 89 333 en 90. Saint-Martin avec peu de moyens supplémentaires a
réussi à créer un programme se soins et de soutien destiné aux sidéens, en
mettant sur pied des activités d’éducation et de prévention au sein de la
communauté.
La prostitution : solution de facilité et source de tous les dangers
Agomanya est une zone économiquement pauvre, elle offre peu de perspectives
d’emploi. Les jeunes femmes sont attirés par les villes et les pays voisins. En Côte-d’Ivoire elles sont invitées par des intermédiaires, et faute
de trouver un travail comme domestiques ou serveuses, elles finissent par
se prostituer, dans l’industrie du sexe où les revenus sont élévés. Elles
profitent de rentrer dans leur pays pour vivre souvent avec l’épargne réalisé, mais elles rentrent souvent sans grandes ressources, et chroniquement
malades. De retour aux pays sans bijoux, mais avec le SIDA. Au Ghana en outre,les prostituées séropositives mais encore en bonne santé, constituent
une réserve d’infection potentielle croissante.
Selon un médecin local "la prostitution était implicitement considérée
seulement comme une solution au manque d’éducation, au chômage et à la
pauvrété c’est en s’attaquant à ces problèmes que l’on pourra réussir à
vaincre le SIDA".
La culture Krobo et les dangers actuels
La propagation du SIDA dans le district Krobo peut être liée à certaines
pratiques culturelles locales. L’une d’elles, le dipo, est un rite d’initiation auquel on soumettait les filles âgées de quatorze à vingt ans et
qui se déroulait sur un an et incluait un enseignement en travaux ménagers,
cuisine et éducation des enfants. De cette année initiatique, les filles
ressortaient compétentes et bien nourries, prêtes à être courtisées par les
jeunes gens et à se marier. De petites scarifications sur les poignets et
le bas du dos, indiquent aux hommes que la fille a fini la période du dipo
et pouvait être courtisée.
"Quand les missionnaires sont arrivés le dipo a été interdit, mais ceuxci n’ont pas compris qu’il ne s’agissait ou de sorcellerie, mais plus tôt
une pratique culturelle qui a des motifs sanitaires. Elle évite aux filles
des grossesses prématurées et aide la jeune fille à acquérir le savoir-faire requis au moment de devenir épouse et mère. Cette pratique prohibée, devint clandestine. A présent, de nombreuses mères la font suivre à leurs
filles quand celles-ci sont très jeunes, afin qu’elles puissent continuer à
aller à l’église avec l’enfant. Il ne s’agit pas donc de préparer un bon
mariage, mais, plutôt d’autoriser une activité sexuelle précoce".
Stratégie globale de l’Eglise catholique face au SIDA
Au Ghana, environ un quart des habitants sont des chrétiens pratiquants, et
la moitié appartiennent à l’Eglise catholique. Une mission catholique existe à Agomanya depuis plus de quarante ans. Le Père Clément d’Agomanya a
enterré plus de 100 femmes de cette localité, mortes du SIDA. Selon le Père
Clément: "Pendant la phase terminale de la maladie, la famille les prend
très bien en charge. Lors de l’enterrement, le cortège funèbre est aussi
important que pour n’importe quel autre motif de décès".
Le groupe de Jeunes travailleurs chrétiens de l’Eglise catholique d’Agomanya a mis le SIDA à l’ordre du jour et rassemble argent, savon et poudre
à laver pour les distribuer aux familles atteintes du SIDA. "Nous voulons,
par ces actions, aider nos frères et soeurs. L’amour du prochain est notre
but essentiel, mais comme le nombre de personnes à aider augmente, nous
manquons d’argent, explique Winfred Dawutey, responsable de la médecine
préventive à la clinique Saint-Martin.
L’Association de la Jeunesse chrétienne de Manya-Krobo est un groupe oecuménique de catholiques, d’anglicans, de presbytériens et de méthodistes.
Ils organisent des débats, des réunions où des médecins travaillant sur le
SIDA viennent parler aux membres de l’Association, ainsi qu’à d’autres jeunes de la région.
Formation professionnelle et financement
Dominique Kojo Andoh, évêque catholique d’Accra, est très actif dans le
travail mené contre le SIDA: "les évêques catholiques de Côte d’Ivoire nous
ont lancé un appel pour que nous découragions nos filles d’aller travailler
là-bàs. A présent on fait un travail de prévention, par le biais de la formation professionnelle. Seul un emploi permettra de sauver ces jeunes, qui
ne seront donc plus obligées d’aller à l’étranger", déclare l’évêque d’Accra. IL faut créer des stimulations financières afin qu’elles puissent rester. Le financement des activités est assuré par la mission catholique locale . (apic/dia/ak)