Genève : vers un nouveau développement (261088)
Genève, 26octobre(APIC) Pour son premier souper-débat de l’année, le
Centre catholique d’Etudes de Genève a invité, mardi 25 octobre, le Père
Kolar, jésuite tchécoslovaque vivant en France depuis 1968 et travaillant
dans la mission pour favoriser la résurgence de l’Eglise catholique de son
pays. Le thème de la discussion était l’évolution historique de l’Eglise
catholique en Tchécoslovaquie et la situation actuelle.
Même si le pays se divise en deux Etats fédérés - l’Etat tchèque (Bohème
et Moravie) et l’Etat slovaque (Slovaquie) - la situation générale tend à
s’homogénéiser. Le Père Kolar a précisé quelques étapes essentielles de
l’histoire récente des chrétiens de ce pays d’Europe centrale. A partir de
1918, il devient une république, l’influence des catholiques tend alors à
diminuer, alors que les réformés progressent. 300 prêtres rejoignent les
réformés. 1948 marque l’accession au pouvoir du Parti communiste, avec en
1950, la prise en main par l’Etat de l’Eglise : les monastères sont fermés,
il ne reste plus que deux séminaires avec une trentaine de séminaristes,
les professeurs sont nommés par l’administration, les évêques ne peuvent
s’y rendre qu’une fois par année. De 1950 à 1977, c’est la période noire,
sauf bien entendu pendant le "printemps de Prague" en 1968.
Renaissance
En 1977, Jiri Lederer, ancien communiste ayant rejoint l’opposition
démocratique, publie "Les entretiens tchèques". Ces interviews qui
n’abordent pas directement les questions religieuses, reçoivent de fait des
réponses qui font régulièrement référence à l’Eglise. De même, la jeunesse
actuelle, dont les parents sont membres du Parti communiste, montre de
l’intérêt pour l’Eglise. Cette adhésion reste pourtant minoritaire. Des
exemples de cette rennaissance : un jésuite a procédé à quelque 900
baptêmes, les pèlerinages prennent de plus en plus d’ampleur, les gens se
passent des "samizdat" théologiques, ils écoutent les radios étrangères,
dont Radio Vatican. Une pétition comprenant 31 revendications et réclamant
notamment la liberté de conscience et la séparation de l’Eglise et de
l’Etat a recueilli 520.000 signatures.
Dernièrement, un pèlerinage a eu lieu le 2 octobre pour la fête de
Saint-Venceslas, patron de la Tchécoslovaquie, et a été surveillé par 70
cars de police. Le cardinal Tomasek et le nouvel évêque, Mgr Jan Sokol de
Trnava, jouent un grand rôle dans cette réapparition publique. De fait, selon le Père Kolar, les chrétiens participent à la reconstruction du tissu
social et entretiennent, entre autres, d’excellents rapports avec la Charte
77, le VONS (Comité pour les personnes injustement poursuivies) et avec
l’Eglise réformée.
Points noirs
Un des écueils majeurs auquel se heurtent les chrétiens est la faiblesse
de l’intelligentsia chrétienne. Certes, quelques intellectuels se sont convertis, dont un noyau fait partie de la Charte. Mais il n’y a pas de
réseaux, de revues, de lieux de débats, les contacts avec l’Occident sont
rares et difficiles.
L’Eglise catholique se divise en deux courants : une Eglise "officielle"
dans laquelle il y a ceux qui collaborent avec le gouvernement (exemple :
Pacem in Terris) et ceux qui continuent leur travail quotidien avec le
risque d’être congédiés par l’Etat. Ceux qui ont été congédiés, environ 400
prêtres, sont en quelque sorte "neutralisés", ils travaillent par exemple
dans des usines et ont perdu leur revenu de prêtres. Ils continuent
cependant à dire la messe. A côté de cette Eglise, existe encore une Eglise
clandestine dont les prêtres sont ordonnés secrétement. (apic/pp/bd)