Genève: une délégation oecuménique a enquêté sur place en Haïti (141292)
Port-au-Prince, 14décembre(APIC) Les violations des droits de l’homme se
multiplient dans le climat d’anarchie qui règne en Haïti depuis le coup
d’Etat militaire de septembre 1991 contre le président Jean-Bertrand Aristide. C’est ce qu’a constaté une délégation oecuménique qui s’est rendue
dans le pays durant la dernière semaine de novembre. Dans le rapport qu’elle est en train de rédiger, cette délégation demandera d’exercer des pressions pour exiger le rétablissement du gouvernement Aristide, légitimement
et démocratiquement élu.
Invitée par les responsables d’Eglise d’Haïti, la délégation, envoyée
par le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et la Conférence des Eglises
des Caraïbes (CEC), comprenait: le pasteur méthodiste de Jamaïque, Evans
Bailey; Mgr Robert Rivas, évêque catholique de Kingstown, dans l’Etat de
Saint-Vincent (Antilles), Mike James, chargé de programme auprès de la CEC;
Maité Albagly, responsable des droits de l’homme auprès de l’organisation
oecuménique française CIMADE, enfin Charles Harper, coordinateur du COE
pour les affaires internationales. Durant les six jours qu’ils ont passé
dans le pays, ils ont rencontré entre autres tous les membres de la Conférence épiscopale d’Haïti et les responsables de la Fédération protestante
oecuménique d’Haïti.
3’000 personnes tuées
Les membres de la délégation ont appris que 3’000 personnes ont été sommairement exécutées en Haïti depuis le coup d’Etat militaire, 4’500 ont été
illégalement ou arbitrairement détenues et 2’000 autres blessées par balles
ou battues. On compte plus de 2’000 cas de descentes illégales dans les
maisons et les domiciles.
D’après de nombreux témoignages recueillis sur place auprès de responsables d’Eglises, d’associations de paysans et de représentants d’organisations internationales dans le pays, le gouvernement de Marc Bazin, imposé
militairement, n’a pas résolu les problèmes économiques urgents. 400’000
personnes ont fui la capitale Port-au-Prince pour se réfugier à la campagne. En outre, la paralysie politique du gouvernement - qui a refusé un retour aux institutions démocratiques - a engendré un malaise au sein de la
classe politique et parmi le peuple.
L’embargo imposé par l’Organisation des Etats américains s’est révélé
inefficace et profite en fait à la riche bourgeoisie par suite de la hausse
des prix des biens de première nécessité. Les riches et les forces armées
ne manquent pas de combustible ni de carburant.
Du nouveau avec Bill Clinton?
Les personnes rencontrées par la délégation ont souligné les espoirs
suscités par l’élection de Bill Clinton aux Etats-Unis. De nombreux bateaux
sont actuellement construits, souvent par des gens qui veulent réaliser un
profit rapide aux dépens des personnes désespérées cherchant à se rendre en
Floride après l’entrée en fonction du nouveau président américain. On espère en effet que Bill Clinton mettra fin à la politique de renvoi des Haïtiens ayant fui le pays. On estime à 40’000 le nombre des "boat-people" qui
ont fui Haïti les quatorze derniers mois et à 2’000 au moins, le nombre de
ceux qui ont péri en mer.
Un rapport avec des recommandations précises
La délégation prépare un rapport complet et des recommandations qu’elle
soumettra durant le mois de décembre au COE et à la CEC. Ce rapport devrait
contenir un appel à exercer des pressions diplomatiques, politiques et économiques sur le régime en vue de permettre le rétablissement du gouvernement démocratiquement élu du président Aristide. Il soutient également
pleinement le travail des associations de défense des droits de l’homme
dans le pays. Il demande aux Eglises d’Haïti de promouvoir le dialogue entre les secteurs de la société dont les points de vue diffèrent mais qui
défendent le droit du peuple de choisir démocratiquement son gouvernement.
(apic/soepi/ba)