témoigne à la Commission des droits de l’Homme de l’ONU
Une image différente de la réalité ecclésiale au Nicaragua
Genève, 9mars(APIC) C’est d’une réalité ecclésiale au Nicaragua bien différente de celle véhiculée habituellement par les grandes agences de presse
dont veut témoigner le Père Enrique Blandon Vasconcelos, curé de Waslala,
sur la Côte Atlantique du Nicaragua, en pleine zone d’infiltration des rebelles de la "contra" venus du Honduras. Invité par la Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d’Etudiants (FUACE) à Genève à venir
témoigner ces jours-ci devant la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU,
Padre Enrique a été enlevé par la contra en octobre dernier. Il n’a dû son
salut qu’aux pressions internationales exercées sur le Département d’Etat
américain.
"En premier lieu, je suis un prêtre catholique diocésain du Vicariat
apostolique de Bluefields et j’exerce mon ministère pastoral depuis sept
ans dans une région du Nord de la Côte Atlantique du Nicaragua, une zone
très affectée par la guerre d’agression qui nous est imposée", déclare
Padre Enrique. Après avoir étudié à l’Université de Lasalle, au Mexique, le
Père Enrique a exercé son ministère durant cinq ans dans la zone de Siuna
et travaille depuis ans comme curé de Waslala.
La "contra" persécute l’Eglise
Le Nicaragua est souvent décrit à l’étranger comme une terre de persécution religieuse, relève le curé de Waslala, mais cela dépend de ce que l’on
entend par persécution religieuse : dans la zone ou je travaille, c’est sûr
que l’on peut parler de persécution, mais c’est la "contra" qui l’exerce
contre les délégués de la parole de Dieu, les catéchistes, les prêtres et
les religieuses qui accompagnent le peuple. Tous les chrétiens dans la zone
de Waslala qui travaillent dans des projets en faveur de la vie sont la
cible de la "contra", affirme Padre Enrique. Cela va des menaces de mort à
l’enlèvement, à la torture voire à la "liquidation" de chrétiens qui travaillent pour l’Eglise ou dans les organisations populaires. L’assassinat à
Matiguas (Matagalpa) le 3 juillet passé du franciscain salvadorien Fray Tomas Zavaleta illustre bien le fait que la "contra" se moque bien de la religion, même si elle utilise de tels arguments pour sa propagande à
l’étranger, relève-t-il.
Une hiérarchie pas toujours solidaire de ses prêtres
Le Père Enrique - responsable d’une soixantaine de communautés chrétiennes autour de Waslala - a été séquestré par la "contra" du 9 au 21 octobre
en compagnie du pasteur adventiste Gustavo Adolfo Tiffer alors qu’ils avaient été invités par le "Commandante Danto Uno" à venir exposer aux rebelles le contenu du décret gouvernemental sur l’amnistie. Son évêque, le
capucin américain Salvador Schlaefer, s’est démené pour obtenir sa libération, en compagnie d’autres secteurs religieux du Nicaragua et de l’étranger. Mais, précise-t-il, d’autres secteurs religieux ne se sont pas montrés
solidaires : "par exemple, Mgr Bosco Vivas, de Managua, a déclaré que nous
étions plus importants morts pour le Front sandiniste que vivants; et Mgr
Schlaefer est rentré dégoûté de cette rencontre ou il était allé demandé de
l’aide à l’Archevêché de Managua".
En sept ans de présence dans le Département de Zelaya, le véhicule du
Père Enrique a été mitraillé deux fois par la "contra"; il a été séquestré
à deux reprises également. Le 9 octobre dernier, une bande armée a capturé
le Père Enrique et le pasteur Tiffer, puis sous les coups et les menaces de
mort, les a fait marcher dans la montagne durant six ou sept heures par
jour, sans compter les interrogatoires qui duraient de longues heures. A la
fin, la "contra" les a habillés en militaires, avec le danger que cela comportait en cas d’accrochages avec l’armée. Ils ont été libérés grâce aux
pressions sur le Département d’Etat américain.
L’arbre se reconnaît à ses fruits
"J’ai discuté avec différents chefs de la contra, conclut le Père Enrique, et la seule chose qu’ils savaient répondre, c’est qu’ils luttent contre le communisme. En réalité, ils ne luttent que contre la population civile. Ils n’ont pas de discours religieux, d’ailleurs ils ont souvent perturbé des offices religieux, venant armés jusque dans nos églises peindre
et crier des slogans durant la messe... S’ils se présentent à l’extérieur
comme des combattants pour la foi et la liberté, les gens qui ont souffert
dans leur chair de leur présence savent reconnaître l’arbre à ses fruits et
ces fruits sont : assassinats, tortures, enlèvements de paysans, destruction des écoles, des ponts, des dispensaires... Si un évêque comme Mgr Vega
- que j’ai rencontré à Washington lors de la discussion sur l’aide aux
"combattants de la liberté" - ont de la sympathie pour la "contra", c’est
qu’ils n’ont jamais souffert dans leur chair les conséquences de cette
guerre d’agression". (apic/be)