Genève: table ronde sur la protistution enfantine (010592)
Genève, 1ermai(APIC) Le tourisme sexuel est un fléau qu’il faut endiguer
à tout prix. Telle est la conclusion de table ronde qui s’est tenue jeudi à
Genève au Centre oecuménique dans le cadre de la campagne nationale lancée
en automne dernier contre la prostitution des enfants dans le monde . Autour de la table représentantes des pays du tiers monde et membres des organisations responsables de la campagne ont vigoureusement dénoncé cette
pratique indigne.
L’industrie du sexe ayant crû de manière effrayante durant la dernière
decennie dans tous les pays du tiers-monde, des organisations de protection
de l’enfance, des associations féminines et les Eglises d’Asie ont lancé en
mai 1990 une campagne mondiale contre la prostitution enfantine. En Suisse,
une trentaine d’organisations ont pris le relais en automne passé. La campagne fait plusieurs revendications: ratification immédiate par la Suisse
de la convention de l’ONU sur les droits de l’enfant; information aux touristes; sanctions contre les agences de voyage qui encouragent le tourisme
du sexe; poursuite en Suisse des personnes ayant commis des abus sexuels à
l’étranger. D’une manière plus générale, les organisations partent en croisade contre toute forme de violence exercée contre des mineurs, ici comme
ailleurs.
Premier fléau à endiguer: le tourisme sexuel. Lors d’une enquête réalisée en 1990, 7% des Suisses entre 17 et 45 ans ont indiqué qu’ils avaient
eu des rapports sexuels avec des ressortissants (es) du pays où ils avaient
passé leurs vacances. En fait ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé.
Un des buts de la campagne est de faire comprendre que le tourisme sexuel
constitue bien une forme d’exploitation sur le dos des plus démunis et non
pas "une aide au développement" comme voudraient le faire accroire certaines mentalités. En outre contrairement à certaines idées reçues, le sida
touche massivement les enfants.
50 à 60’000 enfants prostitués à Manille
Pour Amihan Abueva, directrice de l’organisation de protection de l’enfant Salinlahi aux Philippines, les causes majeures du développement de la
prostitution enfantine sont: l’appauvrissement de larges couches de la population, l’appât du gain des classes privilégiés locales et des investisseurs étrangers, et l’impérialisme de la consommation occidentale. On estime à un million le nombres d’enfants de la rue dans tout le pays, dont
75’000 à Manille seulement. Une récente évaluation à montré, bien que le
gouvernement préfère nier le phénomène, que 50 à 60’000 d’entre eux se
prostituent, précise Mme Abueva.
L’objectif principal des organisations qui travaillent sur le terrain
est de faire retrouver aux enfants une confiance envers les adultes et chose plus ardue - de travailler avec les communautés qui vivent de la
prostitution. Le Congrès philippin a adopté un projet de loi pour les mineurs dans des conditions difficiles, mais celui-ci ne prend pas en compte
les enfants de la guerre, ni les enfants victimes de sévices dans leur famille. De plus il doit encore être ratifié par la présidence, poursuit Mme
Abueva.
Musimbi Kanyoro, secrétaire générale pour les femmes dans l’Eglise et la
société de la Fédération luthérienne mondiale, a dénoncé le développement
de la prostitution dans son pays, le Kenya, où pourtant cette pratique est
interdite. La pratique courante des mariages précoces doit aussi être considérée comme une forme d’abus inacceptable. "Mais il est difficile de
s’attaquer à un problème aussi complexe dans un pays régi à la fois par
d’anciennes lois britanniques, par la loi musulmane et par les coutumes
tribales", reconnaît Mme Kanyoro.
Punir en Suisse les touristes du sexe
En Suisse, le Comité international pour la dignité de l’enfant (CIDE) à
Lausanne se bat depuis une année pour la défense des droits des mineurs.
Des journalistes, des juristes et d’autres personnes travaillent ainsi en
commun sur divers dossiers dont la prostitution enfantine et le commerce
d’organes notamment. Grâce à une enquête d’un membre du CIDE publiée récemment dans "L’Hebdo", le Comité a pu faire fermer une agence de voyage de
Zurich spécialisée dans le tourisme sexuel. "Notre idée est de créer des
connections entre l’Occident et les pays du tiers monde pour qu’un touriste
ayant commis des abus sexuels à l’étranger soit jugé sur dossier dans son
pays", a expliqué l’avocat Pierre Toffel, porte-parole du CIDE. La peur de
la sanction pourrait être assez forte pour que les "consommateurs" prennent
enfin conscience de leurs actes. (apic/fc/mp)