"Jésus est-il Dieu?"
Genève, 13avril(APIC) "Jésus est-il Dieu?" Cette question était posée en
en-tête des "rencontres protestantes du Lignon", organisées les 8 et 9
avril derniers, par la paroisse du Lignon, près de Genève. Le thème de ces
rencontres portait sur un courant bien spécifique de protestantisme, que
l’on appelle généralement l’unitarianisme. Celui-ci s’oppose à l’idée d’un
Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit, en niant notamment la divinité
totale du Christ.
Les conférences durant ces journées ont montré les racines historiques
de ce mouvement, qui n’est pas nouveau, puisqu’au IVe siècle déjà, Arius,
un prêtre d’Alexandrie, s’opposait à l’idée de la trinité, telle qu’elle
était adoptée par le concile de Nicée (325). A la réforme, ces idées ont
été défendues par Michel Servet et par Lelio et Fausto Socio, ce dernier
assurant un développement de ses idées en Europe de l’Est.
Aujourd’hui, c’est en Transylvanie que survit une Eglise unitarienne
(dotée d’un évêque), et une autre s’est développée, via la Grande-Bretagne,
aux Etats-Unis, ou l’Eglise unitarienne compterait 300.000 membres et qui
semble connaître parmi ses membres une très grande diversité d’opinions;
certains pensent que le Christ a été divinisé après sa mort, par sa résurrection, d’autres vont jusqu’à se déclarer athées.
En Europe occidentale, le mouvement semble extrêmement faible: l’Association unitarienne de France compte une trentaine de membres, et il n’y a
pas d’association similaire en Suisse. Néanmoins, ce mouvement proche du
protestantisme libéral, pose des questions délicates aux Eglises réformées:
qu’en est-il de leur confession de foi trinitaire? A Genève, l’Eglise nationale protestante (ENPG) n’a pas de confession de foi trinitaire dans sa
Constitution, et cela tient précisément à la place importante qu’y a tenu
le protestantisme libéral dans l’histoire. Mais l’ENPG appartient, via la
Fédération des Eglises protestantes de Suisse, au Conseil oecuménique des
Eglises, qui, lui, a une confession de foi trinitaire. La question est évidemment sensible dans le débat oecuménique, puisque les Eglises catholique
et orthodoxe attachent une grande importance au dogme trinitaire.
"Jésus est-il Dieu?" La question reçoit généralement une réponse positive dans les Eglises protestantes, mais rare sont cependant ceux qui se lanceraient dans un débat sur ce point: la question est généralement considérée comme trop abstraite pour mériter des discussions qui risqueraient de ne
pas finir. Difficile, aussi, d’intéresser "l’homme de la rue" à une telle
question, posée en termes philosophiques. Les discussions théologiques à ce
sujet ont leur importance, mais pour avoir un sens, les réponses ne doivent-elles pas avant tout être visibles dans les actes des chrétiens d’aujourd’hui? (apic/spp/ed/pr)