"Vérité et justice sont indivisibles"
Genève, 6avril(APIC) La table ronde sur le rôle et la responsabilité des
médias et leur influence sur l’Afrique du Sud a réuni, mercredi 5 avril, au
cours des rencontres médias Nord/Sud de Genève, l’écrivain André Brink,
Bernard Béguin, président du Conseil de la presse suisse, Neville Rubin,
chef du service de l’égalité des droits de l’homme du BIT, et Ali Coulibaly, directeur de l’information à la télévision ivoirienne.
André Brink a insisté sur trois notions essentielles touchant la question de l’information: la vérité, la justice et la liberté. Le premier impératif pour tout journaliste, a-t-il déclaré, est la recherche de la
vérité comprise comme le non-oubli. Cette recherche implique, dans la mesure ou l’information n’est jamais neutre et est toujours chargée d’idéologie, une remise en question tant personnelle qu’institutionnelle. L’écrivain sud-africain s’est ensuite attaché à définir la justice comme non soumission au pouvoir et comme rapport entre la liberté individuelle et les
besoins réels d’une société. Quant à la liberté, elle inclut l’exigence de
la démocratie et partant, rejette toute forme de tyrannie.
L’épreuve de l’histoire
L’orateur a également analysé 3 périodes essentielles de l’histoire de
l’Afrique du Sud: le début du 19e siècle, et plus spécialement le rôle de
la "London Missionary Society", la guerre entre les Anglais et les Boers,
et l’accession au pouvoir du Parti national d’Afrique du Sud en 1948. Diverses images se dégagent de ces 3 événements majeurs. Dans le premier cas,
les médias ont su montrer l’oppression des peuples autochtones sans éviter
toutefois de tomber dans certains stéréotypes présentant les Boers comme
des pionniers tenant dans une main la Bible et dans l’autre le fusil.
Une image diamétralement opposée se dégage de la guerre entre les Anglais et les Boers. Dans ce cas, les médias épousent la cause du Transval
et la République Libre d’Orange se défendant contre l’envahisseur anglais.
Face au gouvernement du Parti national d’Afrique du Sud, lors notamment des
événements de Shaperville, de Soweto et des révoltes 85/86, les journaux
ont su, quelque soient les motivations, montrer le caractère raciste du
régime. Pour Brink, les médias ont permis de répercuter le drame sud-africain au niveau international et ont aussi contribué non seulement à une
prise de conscience du problème de l’apartheid, mais encore à une mobilisation, une réaction de l’opinion publique tant au niveau international qu’en
Afrique du Sud. Aujourd’hui, avec l’instauration de la censure, de la
suppression de plusieurs journaux indépendants en Afrique du Sud, le niveau
de l’information a faibli tant à l’intérieur du pays que dans le reste du
monde, dit-il.
A ce tableau, il faut encore ajouter par l’information contrôlée par le
gouvernement de Pretoria. Face à ce déclin de l’information, André Brink en
appel aux écrivains qui jouissent d’une relative liberté pour qu’ils prennent le relai. Il demande aussi à la presse internationale de continuer sa
recherche de la liberté, de la justice et de la liberté, en offrant une
tribune au gouvernement sud-africain. Le débat a en outre permis d’approfondir plusieurs questions et notamment le rôle des médias dans les récents
événements touchant les gardes du corps de Winnie Mendela; "événements
qu’on ne saurait taire", selon André Brink. (apic/pp/pr)