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    Genève: Rencontres médias Nord-Sud (040493)

    "Faut-il attendre une catastrophe pour qu’on parle d’un pays?"

    Genève, 4avril(APIC) Lors de la 9e édition des "Rencontres médias NordSud" à Genève, un atelier a posé vendredi carrément la question: Les médias

    occidentaux sont- ils "innocents", dans la manière de traiter l’information

    qui provient du Sud? Deux professionnels de la presse romande, un journaliste originaire du Burkina-Faso et deux représentants d’Organisations nongouvernementale (ONG) ont dit leurs différents points de vue.

    Les intervenants ont d’abord présenté, à tour de rôle, les problèmes que

    rencontrent les médias face aux informations provenant du Sud. Tout en notant qu’il n’est pas facile de porter un jugement global sur les médias occidentaux, Adama Dieng, secrétaire général de la Commission internationale

    des juristes, estime pourtant que ceux-ci devraient s’attacher à retrouver

    un équilibre. A ne pas montrer seulement des images abominables de la Somalie ou de la Colombie, comme si l’horreur n’existait qu’au Sud, alors que

    tout n’est pas "eau de rose" dans le Nord. Antoine Exchaquet, rédacteur en

    chef du quotidien "Le Matin" et ancien délégué du Comité international de

    la Croix-Rouge (CICR), pense quant à lui que lorsque son journal publie une

    photo, celle-ci peut valoir un éditorial ou un commentaire. "Quand est paru

    le portrait de la petite Colombienne agonisant dans la boue lors d’une catastrophe naturelle, l’Occident a été généreux comme jamais", remarque-til.

    L’axe Est-Ouest davantage exploré

    Le rédacteur en chef du quotidien lausannois admet toutefois l’auto-critique en ajoutant que les médias suisses et occidentaux sont aujourd’hui

    plus préoccupés par l’axe Est-Ouest que par les relations Nord-Sud. Une

    tendance au repli que constate également Antoine Maurice, rédacteur en chef

    du "Journal de Genève et Gazette de Lausanne". "La sélection des informations est dictée par une alliance de fait assez lâche entre les préoccupations du Conseil de sécurité, les Etats-Unis et l’ensemble des ONG qui

    exercent une pression sur tel ou tel sujet, donnant en quelque sorte l’esquisse de l’embryon d’une opinion mondiale", analyse-t-il. Et de poursuivre

    en remarqunat que par définition, l’ordre du monde est sélectif et oublieux

    de certains conflits (comme au Burundi par exemple).

    Antoine Maurice met aussi le doigt sur une plaie qui fait souffrir actuellement bien des journaux: les contraintes économiques. "Si un petit journal comme le mien parle de ces faits oubliés, on dira qu’il est à côté de

    ses pompes. Ses informations ne seront pas reprises par les autres médias

    et il n’aura pas gagné de lecteurs supplémentaires", dit-il. Une opinion

    que ne partageait pas cependant Roberto Savio, directeur de l’agence Inter

    Press Service (Rome), lors de l’atelier précédent intituté: "La responsabilité du journaliste heureux". Daniel Cornu, directeur du Centre romand de

    formation des journalistes et modérateur du débat, rapporte ses propos: "La

    presse écrite a tendance à perdre des lecteurs parce que beaucoup de gens,

    surtout des jeunes, ont aujourd’hui d’autres priorités et s’intéressent à

    ce qui se passe dans les pays du Sud".

    Les médias et les Droits de l’homme

    Eric Sottas, directeur de l’Organisation mondiale contre la torture, pose en trois points les problèmes auxquels sont confrontés les médias face

    aux Droits de l’homme. "On s’en occupe quand ça convient", la question des

    Droits de l’homme intéressant les médias spécialement quand elle se calque

    sur une actualité marquante (guerre, famine). Autre difficulté: "le spectaculaire exotique se vend mieux que le spectaculaire autochtone". Enfin la

    discontinuité de l’information sélectionnée par les médias. L’Argentine par

    exemple n’est plus à la mode depuis la chute de la dictature.

    Cette interruption du mouvement, Gilbert Lam Kaboré, journaliste du Burkina-Faso basé à Paris, la juge frustrante. "Dans les journaux français,

    par exemple, les nouvelles ont toujours un goût d’inachevé ou alors sentent

    le réchauffé", remarque-t-il. Et de conclure en forme d’interrogation aux

    lecteurs eux-mêmes: "Faut-il attendre une catastrophe pour qu’on parle d’un

    pays?"

    Une partie de la réponse se trouve dans le hall d’Uni Dufour où se tient

    cette 9e Rencontre médias Nord-Sud. Une exposition de photos de Sergio

    Penchansky plonge en effet dans les habitats de quelques "Argentins inconnus", tondeurs de moutons ou mineurs. Des visages que les médias décrivent

    rarement, des hommes qui se battent pourtant pour leur survie loin des

    grandes villes et de leurs sordides banlieues. (apic/fc/ba)

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