"Entre révolution et christianisme, ni contradiction ni identification"
Genève, 6juin(APIC) Don Sergio Mendez, évêque émérite de Cuernavaca (Mexique) était mercredi 5 juin l’hôte du Centre culturel Saint-Boniface à Genève. Devant un auditoire attentif, il a abordé quelques-uns des problèmes
qui affectent le Mexique et les autres pays du continent sud-américain,
mais aussi des problèmes qui se posent à l’Eglise à l’heure où l’on s’apprête à fêter le 500e anniversaire de "la découverte" de l’Amérique pour
les uns, de "la colonisation" pour les autres. De la découverte, disent les
puissants de ce continent; de la colonisation, argumentent "les sans voix",
les indigènes et les pauvres qui ne font qu’un. Comme par hasard.
Mgr Mendez est une figure importante de l’Eglise dite "progressiste" en
Amérique latine. Son engagement auprès des chrétiens pour "démanteler les
structures sociales profondément inégalitaires de ce continent", il le défendra jusqu’à Puebla et à Medellin. Sa qualité de membre du Tribunal permanent des peuple B. Russel fait de lui un "compagnon de route" des femmes
et des hommes en lutte pour plus de justice sociale et de dignité humaine
dans la société.
Après l’assassinat de Mgr Oscar Romero, il fonde le "Secrétariat international Oscar Romero", qui a pour but de démultiplier la solidarité avec
ceux qui, en Amérique centrale, luttent pour une société différente. Ses
engagements, qui l’amènent à suivre divers processus de révolution, dont
celle du Nicaragua, font de lui un témoin privilégié de notre temps.
Justice pour tous
Compagnon de route des "sans voix", Mgr Mendez l’est tout d’abord pour
les indigènes de son pays. "On ne peut fêter le 500e sans tenir compte des
indigènes, sans leur donner leur place", souligne-t-il. En disant cela, il
entend barrer la route à toute célébration aux accents triomphalistes au
moment où les indigènes commencent à prendre conscience de leur identité et
luttent pour le respect de leur dignité. Une prise de conscience qui est
aussi religieuse. Et Mgr Mendez de rappeler à ce propos qu’au cours du
voyage du pape en Bolivie, un indigène avait présenté au pape la Bible en
lui disant: "C’est ton livre, pas le mien". Pour Mgr Mendez, il n’y a
qu’une manière de célébrer: "Créer des conditions nouvelles pour les indigènes, leur donner le droit de vivre comme ils le veulent".
L’hiver de l’Eglise au Mexique
Interrogé sur certaines des questions douloureuses qui ont récemment
touché les diocèses de la région "Pacifico Sur" de son pays, Mgr Mendez déclare: "Nous vivons en ce moment l’hiver de l’Eglise au Mexique. Dans la
vie de l’Eglise, il y a des hauts et des bas, du bon grain et de l’ivraie...". Rapportant les paroles de Mgr Proano, évêque de Riobamba (Equateur), prononcées peu avant de mourir en août 1990: "Comme au sortir d’un
rêve, je pensais au poids que les indigènes ont dû porter sur leurs épaules. L’unique coupable était l’Eglise", l’évêque émérite de Cuernavaca dit
que ce sont là des paroles de prophète qu’il explique ainsi: "L’Eglise
avait reçu de la Couronne d’Espagne les territoires déjà découverts et ceux
encore à découvrir, pour accepter ensuite la mainmise de la Couronne sur
l’Eglise".
Et Mgr Mendez de conclure, à propos d’une analyse de la situation au Nicaragua, que, selon lui, "entre révolution et christianisme, s’il n’y a pas
de contradiction, il n’y a pas non plus d’identification". (apic/ecl/pr)