Genève: réflexion du Père Calvez sur le tiers monde (171289)
Genève, 17décembre(APIC) Les trois défits majeurs de ces dernières années
auxquels les pays du tiers monde doivent faire face sont, selon le Père Jean-Yves Calvez, jésuite, directeur de la revue française "Etudes" et professeur à Sciences politiques à Paris, l’écart grandissant entre le Nord et
le Sud, la concurrence entre une aide demandée par les pays de l’Est et les
pays sous-développés et la mauvaise articulation des projets de développement au niveau macro-économique et local.
Le Père Jean-Yves Calvez, qui vient de publier un ouvrage dont le titre
est "Le tiers monde, un monde dans le monde", était invité par le Centre
d’information des Organisations internationales catholiques, le jeudi 14
décembre, à Genève, pour parler des relations entre les pays développés et
le tiers monde.
Dans un premier temps, le Père Calvez a analysé la diversité des pays
sous-développés. Certes, dit-il, quelques pays, comme ceux du Sud-Est asiatique (Corée du Sud, Taïwan, Singapour...), semblent émerger de leur situation et atteindre bientôt le peloton des pays industrialisés. Mais, fait-il
remarquer, les pays du tiers monde continuent à former une entité homogène.
Leurs principales caractéristiques étant: une relative pauvreté; un taux
démographique élevé; la persistance d’éléments des sociétés traditionnelles
à côté d’autres typiques des sociétés modernes; un faible taux de scolarité.
Ne pas baisser les bras
Selon l’orateur, dans l’ensemble, la situation socio-économique des pays
du tiers monde n’a pas fondamentalement changé, même si des progrès ont été
accomplis. Et c’est justement la persistance des problèmes des pays sousdéveloppés qui lui fait dire qu’il faut continuer le combat pour le développement. Il s’est dès lors élevé contre certains courants qui rejettent
la responsabilité du sous-développement sur les pays eux-mêmes.
On peut aider les pays sous-développés, relève le Père Calvez "mais il
faut prendre aussi en compte les aspects sociologiques et politiques et pas
seulement les données économiques. Il faut agir pour que les pays du tiers
monde connaissent un changement au niveau des structures socio-culturelles
et des mentalités. Dans ce cadre, l’éducation joue un rôle important". Et
de citer l’exemple de l’expérience d’éducation populaire qui se développe
dans les pays andins.
Concluant son exposé en reprenant une phrase de Jean Monnet: " Je ne
suis pas optimiste, mais résolu, car l’aspiration du développement est universelle ", le Père Calvez s’est encore déclaré relativement déçu du rôle
de l’Etat dans le développement.
Endettement international
A Genève toujours, dans le cadre des problèmes des pays du tiers monde,
deux autres conférenciers se sont exprimés jeudi 14 décembre au sujet de
l’endettement international et sur les responsabilités, défis et propositions pour les années 1990. L’économiste genevois Dominique Bierdermann,
s’exprimant notamment au sujet de la pétition lancée récemment par les
oeuvres d’entraide suisses demandant la création d’un fonds de 700 millions
de francs pour le rachat des créances contractées auprès des banques et du
gouvernement suisse par les pays du tiers monde, estime que même si elle
n’est pas parfaite, cette pétition s’engage néanmoins dans le sens du désendettement mondial.
Le Frère Roger Berthouzoz est intervenu pour sa part sur des questions
morales qui se posent à propos de la dette internationale. Il a analysé les
propositions de la Commission pontificale "Justice et Paix", lesquelles
s’articulent autour de six points majeurs: la coresponsabiltité; la confiance dans les rapports internationaux; le partage des efforts et des sacrifices; la participation de tous; la création de nouvelles solidarités; la
mise sur pied de mesures d’urgence et à long terme. Dans ce cadre, frère
Roger Berthouzoz a mis l’accent sur la nécessité d’innover dans les rapports Nord-Sud, en évitant toute forme de paternalisme de la part des pays
dévelopés et en favorisant un changement de mentalité dans les pays sousdéveloppés. (apic/pp/pr)