Genève: question agraire au Brésil (090388)
Genève, 9mars(APIC) Au Brésil, la terre est devenue un instrument de
domination, 7 0/0 des propriétaires terriens possèdent le 93 0/0 des
terres, 85 0/0 des Brésiliens souffrent de carences alimantaires... C’est
par cette énumération statistique brute que le Père Marcelo de Barros Souza
a commencé son exposé sur la question agraire.
Il était invité avec Daniel Rech, mardi 8 mars à Genève, en tant que
conseiller de la Commission pastorale de la terre (CPT) du Brésil, par la
Ligue internationale pour les Droits et la Libération des Peuples - section
suisse - et par les Commissions Tiers-Monde catholique et protestante. La
question agraire au Brésil a tendance à s’aggraver. D’ici la fin du siècle,
75 0/0 de la population brésilienne résidera dans les villes. Alors que
d’après la FAO, la production nationale suffirait à nourrir l’ensemble de
la population, 865.000 enfants sont morts de faim en 1986. 65 0/0 des paysans brésiliens doivent se contenter de 45 $ pour vivre. Ces chiffres accablants démontrent que la réforme agraire entreprise par le nouveau gouvernement en automne 85, n’a pas donné beaucoup de résultats. Les prévisions des redistributions des terres pour cette année ont été revisées à la
baisse: 280.000 familles concernées contre 750.000 prévues initialement. Si
la réussite économique n’est pas brillante, la situation politique n’a rien
à lui envier.
Assassinats au quotidien
L’Union démocratique rurale - organisation des proporiétaire terriens.
reconnaît posséder 70.000 armes. Les assassinats des paysans pauvres se
multiplient. Encore dernièrement, lors d’une grève dans la mine d’or de la
Sierra pelada, des dizaines de travailleurs ont été tués. Rassemblés sur un
pont pour une manifestation, ils ont été attaqués par la police qui a tiré.
Aucun chiffre officiel n’a été publié, mais d’après des témoignages, le
nombre des victimes s’élèverait à une septantaine. Les disparus sont 133.
Aucune enquête judiciaire ou policière n’a été menée.
De fait, selon les orateurs, l’avénement d’un régime démocratique n’a
pas changé grand chose à la vie des couches travailleuses brésiliennes.
Seules les classes moyennes connaissent des améliorations.
Par contre, le départ du pouvoir des militaires et les carences actuelles du régime démocratique ont entraîné une vague de désillusions. Le mouvement populaire se trouve face à une situation nouvelle et doit impérativement redéfinir ses orientations. Malgré ses désillusions, 11.000 grèves
ont été organisées en 1987. Une pétition demandant une réelle réforme
agraire a été soutenue par 12 millions de signatures.
L’Eglise aux côtés des pauvres
Si l’engagement des Eglises est relativement récent, - les premières
déclarations catholiques en faveur des pauvres datent des années 50 - il a
fallu attendre 1975 pour que soit créée la Commission pastorale de la terre
(CPT). Cet organisme, lié à la Conférence des évêques, est au service des
paysans et regroupe aussi les Eglises luthérienne et méthodiste. Elle se
trouve bien évidemment en butte à la répression. Des prêtres ont été assassinés ou mutilés à vie. Son travail consiste à appuyer les luttes des travailleurs agricoles, les occupations des terres. Ceci implique une conscientisation qui aboutit à une remise en cause de la propriété privée.
La CPT joue un rôle important dans la coordination des luttes entre les
divers secteurs sociaux. Enfin, par l’intermédiaire des Communautés de base, une réflexion est menée sur les implications théologiques de l’engagement en faveur des pauvres. A noter dans ce cadre,la publication par le
Père Marcelo de Barros Souza, dans la collection "Théologie et libération",
d’un ouvrage sur la théologie de la terre. (apic/pp/bd)