Genève, 5mai(APIC/Angelica Roget) Un médecin, prêtre catholique, le
docteur Christian Aurenche, a été distingué par l’Organisation mondiale de
la santé (OMS) mercredi 4 mai à Genève. Le médecin français, qui soutient
une approche communautaire de la santé au Cameroun, a été récompensé par le
prix Sasakewa d’un montant de 100’000 dolars. Cette récompense a été
partagée avec Madame K.S. Roestam, responsable d’un mouvement communautaire
en Indonésie.
Le docteur Aurenche s’est fait remarquer par ses efforts en faveur du
développement sanitaire des habitants du nord du Cameroun, et notamment de
la région de Tokombéré ou vivent environ 60’000 personnes. Depuis 1975, le
prêtre-médecin oeuvre au développement d’un centre de promotion de la santé
lié à un hôpital rural de mission appartenant à l’Eglise camerounaise.
Médecin généraliste, le docteur Aurenche soutint sa thèse en 1964. Après
son service militaire en République centrafricaine, il entre au séminaire
et devient prêtre en 1970. A Tokombéré - ou il vit depuis plus de vingt ans
-, il est ce que l’on nommait autrefois un "médecin de campagne", c’est à
dire un docteur qui pratique une médecine générale et même la chirurgie.
Sans tenir compte des accouchements, Christian Aurenche pratique de 10 à 15
interventions chirurgicales par semaine. Le montant du prix servira à
l’achat de bicyclettes, camion, matériel technique, a déclaré le docteur
Aurenche qui a bien voulu nous accorder une interview.
A.R. Docteur Aurenche, vous pratiquez ce que l’on nomme des "soins de
santé primaire". Qu’est-ce que cela signifie au Cameroun ?
C.A. Tout simplement tout ce qu’une communauté peut faire à son niveau
pour être en bonne santé. Aussi bien la prévention que la promotion :
apprendre à être en bonne santé. Tout ce qui est faisable au point de vue
encadrement et aide technique. Il s’agit d’une conjonction entre la
participation de la communauté, le village et l’hôpital.
A.R. Comment cela se passe-t-il ?
C.A. En Afrique, c’est plus facile que dans les pays du Nord. Il y a
moins de mauvaises habitudes. Quoique ces approches soient aussi valables
pour les pays industrialisés. C’est ainsi qu’en définitive on expérimente
actuellement au Sud une approche comunautaire en matière de santé qui
pourrait être exportable vers le Nord...
A.R. Vous êtes à l’écoute des malades, des villageois, c’est la base de
votre approche, je crois ?
C.A. Oui, aussi bien moi-même que tous les médecins qui viennent
travailler avec moi doivent consacrer la moitié de leur temps à écouter et
discuter avec la population.
A.R. Dans quel but ?
C.A. Il s’agit d’abord d’établir des relations de confiance. Voir
comment trouver la solution à ses problèmes, chercher quelles capacités
elle peut développer. Une relation de confiance rend deux fois plus
inventif. Bref, il s’agit d’établir un climat de confiance fondé sur la
connaissance mutuelle.
A.R. Est-ce facile ?
C.A. Non, pas toujours. On est souvent questionné, interrogé. On nous
demande ce que l’on peut apporter. Il faut alors que le médecin accepte de
descendre de son piédestal. Pas toujours simple.
A.R. Les médecins qui vous assistent acceptent-ils facilement cette
condition ?
C.A. Il s’agit d’une condition de départ qui fait partie du contrat.
Malgré cela, ce n’est pas toujours facile à accepter. En réalité il y a
souvent un grand étonnement lorsqu’on réalise la grande disponibilité que
cela requiert. Sans parler de l’exigence de se remettre en question que
cela implique également...
A.R. Comment cela se passe sur le plan pastoral ?
C.A. Je suis également responsable de la paroisse. Il y a environ 2’000
"sympathisants". Dans la région il y a près de 800 baptisés, mais parmi eux
certains sont peut-être déjà morts ! Ce qui compte, c’est que le monde
bouge, les religions traditionnelles s’interrogent. Je crois que l’Evangile
est une clé de lecture pour un changement de vie.
A.R. Qu’entendez-vous par là ?
Je crois que la partage, la vie communautaire, la reconnaissance de
l’autre, la vie rurale, l’encadrement des jeunes, de nombreuses stratégies
actuelles peuvent se lire à travers l’Evangile. (apic/ar/ym)