Genève: Patriarcat de Moscou et Vatican renouent le dialogue (020392)
Genève, 2 mars(APIC) Le dialogue entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise catholique romaine a repris lundi dans les locaux de la représentation
du Patriarcat de Moscou à Genève. Les négociations sont menées, du côté
catholique, par le président du Conseil pontifical pour la promotion de
l’unité des chrétiens, le cardinal australien Edward Idris Cassidy, et le
secrétaire du Conseil, Mgr Pierre Duprey. Du côté russe, c’est le
responsable des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite Cyrille (Kyrill) de Smolensk, qui dirige la délégation orthodoxe.
Les entretiens, qui durent jusqu’à mardi, permettent d’examiner les possibilités de rétablir un dialogue normal, après la difficile phase que
viennent de traverser les relations entre les deux Eglises, qui a culminé
avec le refus du Patriarcat de Moscou d’envoyer des "délégués fraternels"
au récent synode romain sur l’Europe. Deux problèmes principaux sont à
l’ordre du jour: la question uniate, et le "prosélytisme" catholique en
Russie, où le Vatican est accusé de vouloir mettre sur pied des "structures
ecclésiastiques parallèles" en territoire orthodoxe.
Les tensions entre l’Eglise russe et l’Eglise catholique ont pour origine notamment la décision du Vatican de rétablir des évêchés catholiques en
Russie dans des zones où traditionnellement les orthodoxes sont largement
majoritaires. En Ukraine, c’est la restitution des bâtiments confisqués à
l’Eglise catholique de rite byzantin (uniate) lors de son interdiction par
Staline en 1946 qui fait problème aux orthodoxes.
Mgr Francesco Colasuonno présente le point de vue catholique
Dans une interview publiée en français par les Nouvelles de Moscou le 28
janvier dernier, le nonce apostolique Francesco Colasuonno, représentant du
Saint-Siège en Russie, et le métropolite Cyrille de Smolensk commentent
l’état actuel et les perspectives des rapports entre l’Eglise orthodoxe et
l’Eglise catholique sur le territoire de l’ex-URSS, après de refus du Patriarcat de Moscou de se faire représenter au Synode romain sur l’Europe.
"Le refus de l’Eglise orthodoxe russe d’envoyer ses représentants au
Synode du Vatican a chagriné tous les catholiques, commente Mgr Colasuonno.
Il y a encore deux ans, nos relations étaient fraternelles, les rencontres
se déroulaient dans un esprit d’oecuménisme authentique. A présent les relations sont moins chaleureuses. Il semble que cela se soit produit au moment où l’Eglise gréco-catholique, interdite autrefois, a obtenu, après
plus de 40 ans de clandestinité, un statut légal sur le territoire de l’exURSS. Les fidèles de cette Eglise - et leur nombre est considérable - ont
tout mis en oeuvre pour obtenir la restitution des immeubles appartenant à
cette Eglise avant 1946, année du Concile de Lvov tristement célèbre et qui
les avait attribués à l’Eglise orthodoxe".
"La reconnaissance, par le pape, des diocèses catholiques de rite oriental et l’érection de diocèses nouveaux, de rite latin, sur le territoire de
l’URSS ont encore compliqué la situation. Au début de l’année dernière, 10
évêques de l’Eglise gréco-catholique ont été légalisés et 5 évêques de
l’Eglise catholique-romaine ont été désignés en Ukraine. Au printemps dernier, le Saint-Père a désigné deux nouveaux évêques en Lettonie, deux en
Biélorussie, deux administrateurs apostoliques pour la Russie et un pour le
Kazakhstan".
"Toutefois, et je le déclare très nettement, poursuit-il, ces actions
n’ont rien à voir avec une atteinte aux droits et aux sphères d’influence
de l’Eglise orthodoxe en Ukraine, en Biélorussie et en Russie. Il y a depuis longtemps dans ces pays des personnes de confession catholique, mais
jusqu’à ces derniers temps, ils n’avaient pas de paroisses, ni d’églises,
ni de prêtres. Même aujourd’hui, alors que la situation s’améliore, il y a
sensiblement moins d’églises catholiques qu’avant: ainsi, à St-Pétersbourg,
il y avait, dans les années 20, 13 églises catholiques contre 2 à l’heure
actuelle; à Moscou 3 contre 1; en Sibérie 44 contre 4".
"L’objectif majeur de l’Eglise catholique est de satisfaire les besoins
spirituels des croyants. A cet effet, des paroisses ont été créées même là
où elles n’existaient pas auparavant, même au Kazakhstan. C’est que des
événements cruels ont obligé des Allemands, des Polonais, des Lituaniens, parmi lesquels les catholiques sont particulièrment nombreux - à changer
contre leur gré de lieu de résidence. Il faut peut-être noter que l’Eglise
orthodoxe russe elle aussi a créé des paroisses là où elle n’en avait pas
auparavant: dans les pays d’Europe et d’Amérique où ont émigré des personnes de confession orthodoxe".
Le métropolite Cyrille de Smolensk présente le point de vue orthodoxe
"Dans les années 1960, malgré une nouvelle vague de persécutions contre
l’Eglise dans notre pays, on a vu naître l’espoir de rétablir l’unité chrétienne: le clergé de l’Eglise orthodoxe russe a établi des relations avec
le clergé catholique de différents pays et on a pu instaurer un dialogue
théologique. Ces rencontres avec des frères vivant dans la liberté étaient
très importantes pour nous. C’est précisément à cette époque que Vatican II
a déclaré qu’il considérait l’Eglise orthodoxe comme égale pour ce qui est
de la présence en elle de la grâce divine".
"La situation en effet change lorsque l’Eglise gréco-catholique, recouvrant ses droits en Ukraine occidentale, a pratiquement privé les chrétiens
orthodoxes de leurs églises et de leurs biens. Ces églises avaient été
"aimablement offertes" à notre Eglise par Staline et les paroisses avaient
été "rattachées" au culte orthodoxe sur ordre du régime. L’Eglise orthodoxe
n’a pas prêché la "croisade" contre ses frères catholiques. Au moment où
l’Eglise gréco-catholique a cessé d’exister légalement, de nombreux uniates
ont décidé de se joindre à l’Eglise orthodoxe. Tant bien que mal, une partie considérable des anciennes paroisses uniates ont été sauvées de la profanation, des enfants recevaient le baptême, des milliers de jeunes gens
ont reçu une formation théologique".
"Aujourd’hui, tout en saluant le rétablissement des droits légitimes de
l’Eglise gréco-catholique, nous nous souvenons que des millions d’orthodoxes vivent en Ukraine occidentale. Je suis vraiment désolé que les grécocatholiques, qui ont longtemps souffert injustement, fassent actuellement
souffrir d’autres chrétiens. Le problème ne peut être résolu que sur la base d’une reconnaissance de l’existence des communautés orthodoxes et grécocatholiques dont chacune a le droit d’exister et de posséder des églises.
Les églises doivent être réparties équitablement en se fondant sur la libre
expression de la volonté des croyants, la majorité devant se soucier fraternellement de la minorité".
"Un autre fait est venu également compliquer nos relations avec l’Eglise
catholique. En Russie, et tout d’abord à Moscou, en Sibérie et en ExtrêmeOrient, les missionnaires catholiques se comportent comme s’ils se trouvaient parmi des païens qu’il faut convertir, et précisément au catholicisme.
Nous autres, membres du clergé orthodoxe, ces missionnaires refusent même
de nous rencontrer. Devons-nous alors considérer que les principes oecuméniques de Vatican II restent toujours en vigueur? Si nos deux Eglises sont
égales devant Dieu et conduisent dans la même mesure au salut éternel, la
conversion d’un orthodoxe au catholicisme est une absurdité".
"Notre Eglise respecte la liberté de prédication, le droit à chacun de
changer de convictions. Mais la fidélité aux rapports fraternels que nous
avons depuis de longues années avec les catholiques romains, ne nous permet
pas, par exemple, d’ouvrir une paroisse quelque part dans un pays catholique non dans le but de répondre aux besoins pastoraux de fidèles russes,
mais dans celui de convertir des catholiques à l’orthodoxie. Notre clergé
qui exerce son ministère dans les pays occidentaux parmi l’émigration russe, maintient des contacts permanents avec le clergé catholique et cherche
à maintenir des rapports fraternels entre les deux Eglises".
"Malgré ces problèmes, je crois en la force des promesses du Sauveur
concernant l’unité de ses disciples. C’est pourquoi je suis convaincu
qu’une position de principe dans un dialogue bilatéral est incompatible
avec la haine aveugle envers les catholiques qui gagne malheureusement en
ampleur parmi une partie de nos fidèles. Eprouver de la haine, ce n’est pas
"lutter pour l’orthodoxie".
"Il n’y a pas que Vatican II qui ait reconnu les Eglises catholique et
orthodoxe comme Eglise soeurs. Les théologiens orthodoxes, dans leur immense majorité, ont reconnu et reconnaissent la validité des sacrements dans
l’Eglise catholique. Cela signifie que tout passage de l’orthodoxie au catholicisme est un erreur, et cela détruit la confiance entre les Eglises.
Je souhaite de tout mon coeur que nos Eglises servent les hommes ensemble,
sans rivalité ni concurrence mais en s’entraidant fraternellement."
(apic/sop/mp/be)