Genève : Menaces de suspension des relations judéo-chrétiennes (030189)
Genève, 4janvier(APIC) "Il y a une très grande émotion dans la communauté
juive partout et si le carmel d’Auschwitz n’est pas déplacé avant le 22
février, si rien ne se passe, cela aura des conséquences très sérieuses", a
déclaré mercredi 4 janvier M. Gerhard Riegner, co-président du Conseil directeur du Congrès Juif Mondial (CJM) à Genève. Dans une interview accordée
à l’agence APIC, M. Riegner a évoqué la possibilité de la suspension de
toutes les relations entre la communauté juive et le Vatican.
M. Riegner, qui se refuse à faire trop de publicité à cette affaire
"dans l’intérêt de la chose", affirme cependant qu’ "il faut laisser les
choses se développer : la date fatidique, c’est le 22 février". "A cette
date, poursuit-il, l’accord de Genève d’il y a deux ans a été signé le 22
février et dans cet accord, on s’est engagé dans un délai de deux ans à
transférer le carmel; pour le moment, le carmel est toujours là!". Il
relève cependant que du côté juif, on ne peut pas intervenir formellement
avant que cette date n’ait expiré. "C’est au côté catholique de respecter
cet accord", lance M. Riegner.
"Réticences polonaises"
A l’occasion d’une rencontre à Paris, le mardi 20 décembre, en présence
des cardinaux Lustiger (Paris), Decourtray (Lyon), Danneels (Malines-Bruxelles) et Macharski (Cracovie), du Père Fumigalli, secrétaire de la Commission romaine pour les rapports avec le judaïsme, et de M. Théo Klein,
président du CRIF et des membres du CMJ, précise M. Riegner, "les cardinaux
ont convenu qu’ils sont tenus par l’accord de Genève et ils se sont engagés
à le faire respecter". "Il reste peu de temps, mais cela, c’est leur affaire", déplore-t-il. La conséquence pourrait en être la suspension des relations continues entre la communauté juive en général et le Vatican jusqu’à
ce que l’accord soit exécuté. Ces relations concernent notamment le Comité
de liaison permanent entre la communauté juive et le Vatican
Les difficultés, pour Gerhard Riegner, viennent de Pologne : "le cardinal Macharski a rencontré de très fortes oppositions du côté de l’Eglise
polonaise, de ses collègues, pour l’exécution de cet accord". "J’ai l’impression que les difficultés ne viennent pas du Vatican, au contraire, ditil, mais qu’elles viennent d’une Eglise polonaise qui n’a pas encore été
atteinte par toute la nouvelle théologie commencée par Vatican II". Et de
regretter que c’est seulement récemment que la Conférence épiscopale polonaise a établi une Commission pour la relation avec les juifs et que les
documents du Vatican sur les relations avec les juifs n’avaient jamais été
traduits en polonais.
Il attribue ce manque "probablement en partie à l’antisémitisme de la
société polonaise, en partie au fait qu’il n’y a presque plus de juifs en
Pologne - 5’000 environ - et en partie au fait que la préoccupation principale de l’Eglise polonaise était de se maintenir comme une forteresse face
au pouvoir communiste, de montrer au régime la structure éternelle et immuable de l’Eglise catholique et alors de ne pas laisser entrer des vents
modernes, les nouveaux enseignements de Vatican II". La communauté juive,
souligne le co-président du Conseil directeur du CJM, considère "que tout
ce qui concerne Auschwitz est chargé d’émotion à tel point que personne ne
peut le contrôler; Auschwitz est devenu le symbole de la Shoah, de l’Holocauste, et nous avons mis en garde l’Eglise pendant plusieurs années maintenant : malheureusement, on a compris à Rome, mais on n’a pas compris jusqu’ici en Pologne". (apic/be)