Genève: Liberté et religion (081089)
Genève, 8octobre(APIC) Paul Viallaneix, ancien professeur de littérature
française et directeur depuis 1985 de l’hebdomadaire protestant français
"Réforme" était vendredi dernier invité aux XXXIIe Rencontres internationales de Genève, qui se sont déroulées à l’Université, afin de parler de la
liberté et religion. Entrant dans le vif du sujet, il a montré en quoi la
liberté et religion entretiennent un conflit permanent et pourquoi la raison doit intervenir "pour confondre les ruses de la religion".
Selon Paul Viallaneix, le conflit entre la religion et la liberté est
inévitable. Toute religion suppose en effet, selon lui, l’exercice de l’autorité et impose une contrainte, alors que toute liberté implique l’autonomie du sujet et la libre expression de son choix. La religion a tendance à
étendre démesurement le domaine du sacré, à élever des interdits et des
dogmes, a-t-il déclaré avant de poursuivre: "Elle construit une casuistique
comme si elle devait se prononcer sur tout". Paul Viallaneix cite l’exemple
du Vatican qui, selon lui, "s’immisce dans le secret de l’alcôve pour décréter le licite et l’illicite, le bien et le mal".
La discipline qu’elle assure, en tant qu’institution, relève-t-il, "se
double d’une autorité qu’elle prétend détenir par une délégation céleste.
Ainsi la porte est ouverte à un pouvoir totalitaire". Et l’orateur de soulever le paradoxe entre une religion qui prétend intégrer, c’est-à-dire accueillir et rassembler et qui produit l’intégrisme qui mène à l’exclusion.
Les religions contemporaines
Selon Paul Viallaneix, la critique moderne, confiante dans l’enseignement d’un Auguste Comte, a cru naïvement qu’on était entré dans l’âge
scientifique et que l’âge théologique était définitivement terminé. D’où sa
myopie, son incapacité à comprendre ces religions poliques qui ont marqué
notre siècle de tant d’horreurs et de crimes. La même incompréhension s’est
manifestée face aux nouvelles théocraties comme par exemple le fanatisme de
l’islam chiite de Khomeini, a-t-il constaté.
Dès lors, a-t-il dit, le protestantisme de Lucrèce "Tantum potuit religio suadere malorum" datant de 2’000 ans reste d’actualité. De même que le
cri de Voltaire ’Ecrasons l’infâme’ doit-il nous inspirer".
Recours à la raison
Si notre siècle a connu le recul de la pratique religieuse, a poursuivi
le conférencier, cela ne signifie pas du tout son dépérissement. Au contraire: "Le lien religieux durera autant que l’homme, car il a besoin de
conjurer l’angoisse face à la vie et à la mort. D’où le recours nécessaire
à la raison, à l’esprit logique, afin de débusquer les ruses de la religion".
Selon Paul Viallaneix, le combat de la raison contre les méfaits de la
religion doit se poursuivre et s’approfondir. Il estime que pour préserver
la liberté, et pas seulement celle de la pensée, la raison doit laïciser
sans cesse tout ce que la religion sacralise. Mais ce combat pour la liberté, relève-t-il en outre, se poursuit aussi sur le terrain de la religion.
Car cette liberté nous a été donnée par l’Evangile. Le recours à la parole,
à la liberté évangélique représente une thérapeutique contre les dangers de
la religion, a estimé en conclusion le directeur de "Réforme". "Et ceci est
d’autant plus vrai depuis l’avénement de la Réforme qui a marqué un retour
à l’Evangile et un progrès de la laïcisation". (apic/pp/pr)