Conférence dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne"
Genève, 8novembre(APIC) "Si les Jésuites ont été confesseurs des rois, il
est faux de voir en eux des intrigants politiques", a affirmé le Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’hebdomadaire catholique romand
"L’Echo illustré" au cours d’une conférence qu’il donnait mercredi 7 novembre en compagnie d’Alain Woodrow, journaliste au "Monde". Une conférence
qui s’inscrivait dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne" genevoise
destinée à marquer le 450e anniversaire de la fondation de la Compagnie de
Jésus et le 500e de la naissance de son fondateur Ignace de Loyola.
Le Père Longchamp a affirmé que les Jésuites n’ont pas de tactique de
pouvoir, que leurs objectifs et leurs méthodes n’ont pas varié au cours des
siècles. La vocation du Jésuite est de promouvoir la justice en vivant dans
une communauté de prière et de travail afin de bâtir un monde à la fois
plus humain et plus divin.
Fondée le 15 août 1534 par une dizaine d’étudiants dont les futurs saint
Ignace de Loyola et saint François-Xavier, la Compagnie de Jésus compte aujourd’hui 25’000 membres présents sur tous les continents. Les Jésuites se
sont acquis une réputation grâce à leur formation et à l’enseignement
qu’ils dispensent dans 1’300 instituts. Depuis 1973, 32 d’entre eux ont
payé de leur vie leur engagement pour la justice.
Leur spiritualité, puisée dans les "Exercices spirituels" de leur fondateur, s’est traduite dans leur audace missionnaire. A la mort de saint
Ignace, en 1556, les Jésuites sont déjà parvenus jusqu’en Inde, au Brésil
et au Congo. Ils créent des collèges réputés. A toutes ces réalisations répondent des expulsions, des emprisonnements, des tortures et des massacres.
Au cours de son histoire, a précisé le Père Longchamp, la Compagnie a été
chassée de 74 pays. Supprimée en France dans le dernier quart du XVIIIe
siècle sous la pression gallicane, elle a été rétablie en 1814. Au XIXe
siècle elle se voit persécutée en Suisse, où le mouvement radical se fortifie. Les Jésuites sont chassés du pays en 1847. L’interdit pesant sur eux,
inscrit dans la Constitution fédérale de 1848, n’est supprimé qu’en 1973.
Vatican II, un tournant dans l’histoire de la Compagnie
Alain Woodrow a quant à lui a souligné le changement intervenu dans la
Compagnie de Jésus depuis le Concile Vatican II et l’élection comme général
des Jésuites du Père Pedro Arrupe, en 1965. Les Jésuites, a-t-il relevé, se
sont investis plus que d’autres dans le tournant opéré par Vatican II. Le
Père Arrupe a ramené la Compagnie aux sources, insistant sur le service aux
pauvres et rappelant qu’Ignace de Loyola prêchait dans la rue. En 1974, le
général de l’Ordre a fait adopter un décret qui définit le service de la
foi et la promotion de la justice comme les objectifs prioritaires de l’action des Jésuites.
Le Saint-Siège s’inquiète de cet engagement résolu. Jean Paul II en particulier estime que la Compagnie va trop loin. Une crise éclate. L’obéissance dont les Jésuites font preuve convainc le pape, qui autorise la Compagnie à élire, en 1983, un nouveau général, le Père Peter-Hans Kolvenbach.
Celui-ci reprend et développe l’héritage du Père Arrupe, fondé sur l’idée
d’inculturation, caractéristique des Jésuites (le Père Ricci en Chine en
est le plus bel exemple), au risque d’encourir une condamnation de Rome.
L’inculturation se révèle aujourd’hui plus qu’indispensable dans une Eglise
dont le centre de gravité se déplace hors de l’Europe, a affirmé Alain Woodrow. Le Père Kolvenbach a réussi à rétablir la confiance entre le SaintSiège et la Compagnie tout en rappelant avec force la valeur du décret promouvant la foi et la justice. En remettant l’accent sur l’éducation en lien
avec la justice, le général des Jésuites souhaite que l’Ordre dispense le
savoir aux pauvres.
Alain Woodrow et le Père Longchamp viennent de publier aux éditions
Jean-Claude Lattès un ouvrage intitulé "Les Jésuites, histoires de pouvoir". (apic/sr/cor)