Enjeu : l’autonomie du journal par rapport aux Eglises
Genève, 7septembre(APIC) Le Comité de direction de "La Vie protestante"
(VP), un journal au service des Eglises protestantes romandes, mais jusqu’à
maintenant juridiquement indépendant d’elles, a décidé de licencier Freddy
Klopfenstein, directeur et rédacteur en chef de la VP depuis 1974. "Nous
n’avons aucun reproche professionnel à lui faire, c’est un journaliste et
un directeur remarquable", tient à souligner Michel P. Schaller, président
du Comité de direction. Ce qui est en jeu, en fait, c’est l’autonomie du
journal par rapport aux Eglises, qui souhaitaient depuis longtemps avoir
plus d’influence sur la ligne rédactionnelle de la VP.
Depuis trois ans environ, l’Association éditrice de la VP et les Eglises
avec lesquelles elle a passé des conventions étaient entrées dans un débat
difficile. Les Eglises attachent une importance nouvelle à l’information,
précise M. Schaller, et depuis quelques années il y a eu des tentatives de
créer une société anonyme dont les Eglises détiendraient les parts majoritaires. Quatre Conseils synodaux romands avaient invité leur Synode à
prendre des parts dans cette S.A. à créer. Cette proposition a été rejetée
en mars dernier par l’Association de la VP, juridiquement propriétaire du
titre. Dans ce débat, F. Klopfenstein a pris clairement position en faveur
de l’autonomie du journal. M. Schaller se demande si les Eglises reviendront maintenant à la charge avec leur proposition de S.A.
L’Association souhaite éviter toute rupture, précise-t-il, et se prépare
à faire cet automne une place importante aux Eglises dans le Comité directeur, pour qu’elles aient leur mot à dire plus directement. Dans le Comité
de direction à venir, elles se verront offrir 4 sièges sur 9. Son président
pense que l’Association aurait pu trouver une formule satisfaisante pour
les Eglises à l’intérieur même des structures juridiques existantes.
C’est l’EREN, l’Eglise réformée évangélique neuchâteloise, qui poussait
à la création d’une S.A. et au partage des responsabilités entre le directeur et le rédacteur en chef. En ce qui concerne la conception du journal,
"dans l’Eglise protestante romande, c’est un peu la quadrature du cercle,
relève M. Schaller, car il y a ceux qui veulent que l’on soit plus théologique et ceux qui sont contents de la formule actuelle : comment les Eglises vont-elles s’entendre pour faire plaisir à tout le monde ?" Une étape
est quand même franchie : pour beaucoup de membres et de groupements de
l’Association de la VP, tout changement passait par le départ de F. Klopfenstein, opinion qui n’est pas partagée par son président.
Comme toute presse d’opinion, la VP doit lutter depuis des années - le
problème se posait déjà du temps de son prédécesseur - pour se maintenir,
mais ce n’est pas là l’élément déterminant, précise F. Klopfenstein. A la
rédaction à Genève, Marie-Claire Lescaze, responsable de la mise en page, a
d’ores et déjà remis sa démission par solidarité. F. Klopfenstein devrait
quitter ses fonctions le 31 janvier prochain et aucun successeur n’a encore
été pressenti. Il pense que l’avenir du journal n’est pas mis en danger et
espère que l’on maintiendra la ligne d’autonomie par rapport aux Eglises,
en trouvant "une formule genre SSR". Le rédacteur de la VP n’est pas amer :
il assume son engagement et savait qu’il courrait des risques : "Je ne voulais pas d’un journal qui reçoive des mots d’ordre". (apic/be)