Genève : le Père Nolan ferme partisan (250288)
Genève, 25février(APIC) Comme le gouvernement sud-africain devient de
plus en plus autoritaire et répressif - le ministre de la Loi et de l’Ordre
Adriaan Vlock ne vient-il pas d’interdire les activités politiques de 17
organisations anti-apartheid - il ne reste plus que la pression internationale pour que l’Afrique du Sud se démocratise. Tel est du moins l’avis du
Père Albert Nolan, aumônier des étudiants en Afrique du Sud, de passage
cette semaine à Genève dans le cadre de la campagne de carême.
Dans une interview accordée à l’agence APIC, le Père dominicain Albert
Nolan a relevé que la violence est une question d’une rare gravité en Afrique du Sud : "C’est surtout le gouvernement qui fait un usage régulier de
la force... la violence du peuple est très limitée." Le document "Kairos" destiné à provoquer une réflexion dans les Eglises - comprend la réaction
populaire mais sans l’encourager. Mais il est clair, poursuit-il, que dans
un texte destiné aux Eglises (qui en ont discuté, précise-t-il, mais dont
on ne pas dire qu’elles s’en inspirent encore) on ne peut pas soutenir le
recours aux armes. Certains, cependant, comme le pasteur Frank Chicane, directeur de l’Institut de théologie contextuelle, estiment qu’il est nécessaire de se défendre avec des armes face à la violence du pouvoir.
Pas de recul de l’Eglise catholique
Alors que quelques secteurs limités des Eglises - l’Eglise réformée
blanche notamment - sont prêts au compromis avec le régime de Pieter Botha,
les Eglises majoritaires demandent un boycott international des relations
avec l’Afrique du Sud. A ce propos, le Père Nolan dément formellement les
bruits que les "lobbies" sud-africains en Suisse et dans d’autres pays
d’Europe ont fait courir au sujet d’une révision de la position adoptée par
l’Eglise catholique. Elle s’en tient fermement à la Lettre pastorale des
évêques de 1986 sur les pressions économiques affirmant : "Il semble que la
plus efficace des formes de pression non-violente qui reste soit la pression économique".
Les Eglises et l’ANC
Au sujet des rapports entre les Eglises et la résistance armée du
Congrès National Africain (ANC), le Père Nolan relève que pour certains,
"l’ANC est trop lié au Parti communiste... D’autre part son recours à la
lutte armée provoque la désapprobation de certaines Eglises. Par contre, la
plupart des Eglises approuvent sa revendication d’élections libres et son
combat pour les droits de l’homme." Et le dominicain sud-africain de poursuivre : "Je ne crois pas que l’on puisse envisager le futur de mon pays
sans l’ANC, qui est le mouvement le plus représentatif. D’ailleurs, les
Eglises ont rencontré ses responsables qui désirent intensifier les contacts".
La dramatique situation dans son pays a convaincu le dominicain Albert
Nolan de renoncer aux honneurs pour être aux côtés de son peuple : alors
que le Chapitre général des dominicains il y a quelques années avait décidé
de l’élire en tant que Maître général de l’Ordre, il a souhaité rester en
fonction en Afrique du Sud, s’y sentant plus utile qu’à Rome. En Afrique du
Sud, il manque de théologiens et cette nouvelle fonction au niveau international n’aurait certainement pas eu un impact suffisant dans le pays même :
"entre le prestige de la charge proposée et l’urgence de la situation dans
mon pays, je n’ai pas hésité", a-t-il relevé. Après l’avoir élu, le Chapitre général des dominicains a accédé à son voeu et a accepté sa démission. (apic/pp/be)