Genève : le pasteur Laszlo Tökes dénonce la complicité des (290390)
Des pasteurs qui ont collaboré avec la Securitate
Genève, 29mars(APIC) Le pasteur réformé roumain d’origine hongroise,
Laszlo Tökes, qui vient d’être nommé évêque d’Oradea, a dénoncé jeudi à
Genève la complicité des Eglises de Roumanie durant la dictature de
Ceausescu et le silence du Conseil oecuménique des Eglises (COE), "qui doit
se libérer du carcan de la diplomatie".
Celui qui a succédé comme évêque d’Oradea à Mgr Laszlo Papp, l’évêque
qui l’avait fait déporter et qui est aujourd’hui réfugié en France, a précisé au cours d’une conférence de presse au siège du COE à Genève que d’autres responsables de son Eglise s’agrippent à leur poste, comme ceux qui le
persécutaient avec la Securitate, Gyula Tunyoghy et Karoly Székely, respectivement curateur et doyen à Cluj.
Tout en reconnaissant que l’absence de liberté en Roumanie l’empêchait
d’avoir une connaissance précise des prises de position du COE, Mgr Tökes a
mis le doigt sur certaines contradictions, comme le fait de condamner fermement l’apartheid en Afrique du Sud et de se montrer tolérant à l’égard du
régime de Ceausescu. Selon le pasteur roumain, la situation dans les pays
de l’Est était pourtant comparable à celle de l’Afrique du Sud.
"Le COE, ainsi que d’autres théologiens, a été manipulé par le régime
roumain", a-t-il affirmé, comme d’ailleurs les gouvernements occidentaux.
Il a formulé le voeu que dorénavant le COE se montre plus clair à l’égard
des pays de l’Est, car sa tolérance a été très dommageable. "Les régimes de
l’Est étaient les ennemis les plus dangereux de la foi. Le COE aurait dû
avoir une attitude plus décidée contre l’athéisme et parler clairement de
persécution".
"En Transylvanie, ce sont les Roumains les agresseurs"
Questionné sur les récents troubles sanglants de Tirgu Mures, le pasteur
d’origine hongroise a affirmé qu’il n’y avait pas d’affrontement bilatéral,
et que "ce sont les Roumains les agresseurs, téléguidés par un groupe fascisant qui prétend que les Hongrois veulent annexer la Transylvanie. Rien
n’est plus faux!". Il déclare que ce sont des calomnies également répandues
par la télévision, l’agence de presse roumaine "Rompress" et quelques journaux. Concernant la collaboration de la hiérarchie des Eglises réformée et
orthodoxe avec le régime déchu, il a considéré que les diverses démissions
d’évêques réformés et du patriarche orthodoxe Teoctist étaient positives et
qu’il fallait se garder de toute chasse aux sorcières.
Réaction du pasteur Jornod : probable déclaration publique du COE
Interrogé par Radio Cité à propos du silence du COE, le pasteur JeanPierre Jornod, membre du Comité central du COE, a relevé que lors de la
réunion du Comité central à Moscou en été 1989, le Conseil avait exprimé
des critiques contre le régime de Ceausescu. "Peut-être n’étaient-elles pas
assez dures, mais c’était difficile, car tout le monde disait que la situation en Roumanie n’était pas catastrophique, et les représentants des Eglises roumaines demandaient que l’on ne prenne pas position". Le pasteur Jornod, qui rappelle que le pasteur Emilio Castro, secrétaire général du COE,
est intervenu personnellement auprès des Eglises et des autorités roumaines, n’exclut pas que le COE fasse une déclaration publique à ce propos et
qu’il confesse ses erreurs. (apic/pp/spi/be)